Voyou : “Les codes de la pop music ne sont pas aussi simples que ça”

Après l’EP On s’emmène avec toi (2018) et un premier album joyeusement intitulé Les bruits de la ville (2019), sur lequel on retrouve le duo avec Yelle, Voyou continue son ascension sur le devant de la nouvelle scène française. Compositeur et arrangeur, multi-instrumentiste et chanteur - tout cela à la fois -, il nous avait déjà séduit avec une pop joyeuse faussement naïve, parfois mélancolique, mais toujours poétique. À présent, c’est à travers l’EP Des confettis en désordre qu’il nous offre un peu plus de ce personnage authentique et haut en couleur. Mais qui se cache vraiment derrière ces accents de trompette et ces dessins colorés ? Rencontre.


Voyou (c) Felipe Barbosa
(c) Felipe Barbosa

Officiellement sorti il y a deux mois de cela, ce sont sept titres que Voyou s’est décidé de réunir sur Des confettis en désordre. Sept titres déjà bien connus de son public, dont les douces reprises de “Teenage Fantasy” (de Jorja Smith) et “Jardin d’hiver” (d’Henri Salvador).


De son vrai nom Thibaud Vanhooland, l’artiste originaire de Lille continue de peindre des scènes de vie quotidienne dans ses chansons. Seulement, ici, celles-ci se veulent sans doute plus mélancoliques qu’à l’accoutumée. Entre une relation amoureuse qui s‘essouffle (“Le confort”) et un retour à l'enfance (“La cour d'école”), en passant par un carnaval métaphorique (“Carnaval”), Voyou est un artiste qui ne cesse jamais de raconter des histoires.


Voyou : un musicien avant tout ?


Trois ans : c’est l’âge qu’avait Voyou quand il commence, à l’initiative de son père, à apprendre à jouer de la trompette. Vingt-cinq ans et quelques plus tard, l’artiste ne semble pas décidé à se séparer de son instrument fétiche. Tant mieux. Car avant d’être chanteur, Voyou est un musicien - un multi-instrumentiste pour être exacte - incontestable, mais qui ne s’arrête pourtant pas qu’à ça. “Disons que le fait de commencer aussi jeune m’a aidé à ne jamais me définir. Je n’ai pas eu besoin de prouver que j’étais un musicien, ce qui m’a évité de perdre en sensibilité et m’a permis d’apprendre la technique avant tout. Je suis venu au chant après la musique, et non l’inverse.


D’ailleurs, ses premières armes, c’est en tant que musicien pour trois formations qu’il les a faites. C’est à Nantes - qui, en opposition à Lille, est “sa ville musicale” -, à une époque où la scène locale est en pleine ébullition, qu’il collabore avec le groupe de rock Rhum for Pauline, le duo pop Elephanz et le projet électro Pegase. Rien que ça. De cette période, il en retient qu’il travaillait beaucoup et qu’il en apprenait tout autant : “Je travaillais plus de 40 heures par semaine. J’ai beaucoup appris, en termes de technique, et ai découvert beaucoup de musiques. J’ai fait des tournées pendant dix ans avec ces groupes-là. Je dis souvent que ce sont comme mes années d’études ou mes stages. J’ai vachement appris de toutes les réussites et de tous les échecs des frontmen”. Des expériences qui servent encore énormément à Voyou donc.


Voyou, (c) Felipe Barbosa
(c) Felipe Barbosa

Une pop moderne aux influences variées


Finalement, après une dizaine d’années passées à jouer au sein d’autres groupes, Voyou se décide à débuter un projet solo. C’est d’abord en “balançant ses premiers morceaux” sur Internet que ce dernier se lance. En 2018, sort alors un premier EP intitulé On s’emmène avec toi, sur lequel l’artiste oscille entre un jeu de trompette entraînant (“Seul sur ton tandem”), des accords de guitare et des synthés envoûtants (“La légende urbaine” ou encore“Les soirées”). Puis, en 2019, arrive l’album Les bruits de la ville. Pop frôlant parfois l’électro (‘“Les bruits de la ville” feat. Yelle), pop cuivrée (“Papillon”), composition au piano à en crever des cœurs (“Il neige”), ou pop à l’inspiration bossa-nova et autres sonorités brésiliennes (“À nos jeunesses”), la musique de Voyou s’affiche ainsi comme une pop rafraîchissante, qui se nourrit de rencontres en tous genres et de voyages aux quatre coins du monde.


Alors, la pop a-t-elle été un choix évident pour ce multi-instrumentiste aux influences variées ? Pas vraiment. Il explique : “Je crois qu’on ne choisit pas ce que l’on veut faire finalement. Il y a des choses que l’on est capable de faire, et d’autres non. Rhum for Pauline était un groupe de rock, le projet Pégase était plutôt électronique. Le groupe Elephanz est, parce qu’il existe toujours, un projet beaucoup plus pop et plus mainstream. C’est un artiste qui a un vrai sens de la mélodie et de la structure. Parce que les codes de la pop music ne sont pas si simples que ça ! C’est pas si facile de faire un truc simple !”. On le rejoint sur ce point.


Voyou : un éternel enthousiaste qui dessine le monde qui l’entoure ?


Puis, il y a cette chose marquante qui revient constamment chez Voyou : c’est cette capacité à raconter des histoires et à emmener ses auditeurs.trices en voyage. Qu’il adopte un point de vue extérieur (comme sur On s’emmène avec toi), raconte des anecdotes dans lesquelles il devient le sujet principal (“Les trois loubards”, sur Les bruits de la ville) ou dessine la vie du quotidien (“Le confort” et “La cour d’école” sur Des confettis en désordre), l’artiste le fait à merveille. Peu importe le thème choisi, même s’il effleure parfois la mélancolie ou la tristesse du bout des doigts, celui-ci s’applique toujours à souffler comme un vent d’optimisme sur la scène pop française.


Mais, où puise-t-il son inspiration ? Laisse-t-il libre court à son imagination ?Je suis beaucoup inspiré par des dialogues de films, par les gens dans les cafés… Je m’amuse avec leur vie pour peindre des émotions plus fortes, car je n’ai pas prétention à penser que ma vie est plus intéressante que celles des autres.” Par exemple, Voyou raconte qu’il aurait trouvé bizarre d’employer le pronom “je” dans “Le confort”, titre qui dépeint “une relation qui ne nous convient plus, de laquelle on ne sait pas comment sortir”, comme c’est une histoire qui est arrivée à beaucoup de monde. Pour “La cour d’école”, c’est une toute autre chose. “L’idée, ce n’était pas tellement d’être défaitiste, mais plutôt de faire un constat sur le monde et ses inégalités. Le second couplet parle de l’égalité des chances.” Loin de lui l’idée de pointer du doigt, mais les inégalités dans les cours d’école semblent être le miroir de notre société. Dans tous les cas, l’artiste est observateur du monde qui l’entoure.



En attendant la suite, qui nous réserve bien des surprises, notamment un projet de musiques instrumentales et peut-être de nouvelles chansons pour un second album, Des confettis en désordre (Entreprise / A+LSO), est disponible sur toutes les plateformes de streaming.


Propos recueillis par Laura Gervois