Unschooling : la spontanéité avant tout

Né de l'échappée d'un ex-membre du groupe de rock MNNQNS, Unschooling ne fait pas dans la dentelle. Les belles mélodies pop sont bien souvent recouvertes de guitares distordues et bruitistes, portées par des rythmiques aussi faussement complexes que diablement énergiques. A l'occasion de la sortie de l'EP Random Acts of Total Control, troisième disque de la formation rouennaise, nous avons discuté avec Vincent, tête pensante et figure de proue du projet. Rencontre.

A première vue, difficile de ne pas comparer Unschooling à MNNQNS : un même centre de gravité, Rouen, et des membres passés par les deux groupes. Pourtant, les nombreuses incursions pop soutenues par FatCat Records trouvent moins leur place dans les projets signés chez Howlin Banana. Comme son nom l'indique (ou pas, difficile à dire pour être honnête), l'EP Random Acts of Total Control est un joyeux bordel naviguant entre rock régressif, noise abrasif et (parfois) pop adolescente : "'J'ai toujours eu plus ou moins le cul entre deux chaises. J'oscille entre la pop la plus naïve qui soit et un côté beaucoup plus bruitiste ; j'essaye de mêler ces deux facettes dans mes morceaux. C'était déjà un peu le postulat avec MNQNS, que j'aurais tendance à considérer comme un projet plus pop et plus convenu."



Pour comprendre l'énergie créatrice qui l'anime, il faut savoir qu'Unschooling est avant tout le fruit d'expérimentations en studio : "J'ai enregistré la plupart des pistes dans des bureaux désaffectés qu'on louait à côté de Rouen avec d'autres musiciens. Je les avais aménagés comme un home-studio et je m'en servais pour faire les morceaux avec mon ordi et un peu de matos. C'est souvent tout bête : je prends ma guitare, parfois sans même la brancher et je trouve les sons comme ça, acoustiquement. " Inspiré par des groupes de noise rock tels que les Canadiens de Women, les explorations de Vincent découlent d'un goût manifeste pour la spontanéité : "Mes enregistrements ont un peu organisés à la manière d'un cadavre exquis : je ne sais jamais quelle partie va suivre et je ne me concentre que sur de petites sections, que j'ajoute au fil du temps. Le projet laisse beaucoup de place à la spontanéité,. On a toujours enregistré sur des magnétos, avec un process analogique, et on a toujours fait en sorte de conserver les accidents. "



Les erreurs bienheureuses sont d'ailleurs gardées à chaque étape du processus créatif, en commençant par l'écriture : "Certaines paroles de la chanson "Boo Boo Dragon" me sont venues en regardant la vidéo d'un berger irlandais qui parlait un vieux dialecte de chez lui. J'ai mis les sous-titres automatiques, qui a traduit cette langue vers l'anglais et ça donnait des phrases complètement lunaires..." Des approximations qui n'empêchent pas un véritable travail de conception et de création, à en voir le clip de "Social Chamelon", réalisé à partir de minutieux collages en stop motion : "Je ne savais pas du tout comme faire ça au départ. J'ai juste utilisé un logiciel de montage et j'ai fait image par image. Sauf que ces images ne duraient quelques fractions de secondes à chaque fois. Ça a bien pris 3-4 mois."



D'abord créature de studio, le projet Unschooling s'est progressivement sculpté à l'image de ses musiciens, de passage pour alimenter la formule live du groupe : "Le live n'a pas grand chose à voir avec les versions studios, ça sonne souvent plus tight et plus énergique. Ce sont deux mondes à part : le studio est un process introspectif dont les concerts en sont l'aboutissement. A l'avenir, je souhaiterais donner beaucoup plus de place aux membres de Unschooling ; ils ont petit à petit apporté leur touche au groupe, et la formation est stable depuis maintenant six mois. Cela nous laisse de quoi envisager la suite..."


Effectivement, car comme dit ce proverbe que nous venons nous-même d'inventer sur des bases plus ou moins empiriques : "Après trois EPs vient l'album." En attendant, Random Acts of Total Control d'Unschooling est disponible sur toutes les plateformes de streaming :


Propos recueillis par Elie Klarsänger