Uèle Lamore : "Je fais ce que j'aime !"

Uèle Lamore est une artiste passionnée, à la fois cheffe d’orchestre, arrangeuse et compositrice. Après son EP Tracks sorti en 2020 qui nous a donné un avant-goût de son talent en solo, elle revient cette année avec son premier album, LOOM. Elle l'a enregistré au London Contemporary Orchestra au sein duquel elle opère en tant que Associate Conductor & Arranger depuis 2019. Rencontre.


©Antoine de Tapol

Salut Uèle, merci de prendre le temps de répondre à mes questions ! Tu interviens dans différents secteurs de la musique, et tu sors cette année ton premier album solo, LOOM. D’où est-ce que tu tires ton inspiration ?


Je suis un peu hyperactive (rires), ce qui explique beaucoup de choses. J’ai l’angoisse de ne rien faire. Pour mon inspiration, je me nourris de différentes disciplines comme la science, la biologie, le cinéma... J’ai une famille qui est dans l’art, ce qui est hyper inspirant. Tout ça me mène à avoir beaucoup d’idées que j’exploite et que je développe. Parfois je me demande s’il n’y a pas un quota d’idées qu’on peut avoir dans une vie et une fois atteint, on n'en a plus jamais... (rires).


Quand tu dis que tu t’inspires de la biologie par exemple, qu’est-ce que tu entends par là ?


Par exemple je me suis intéressée au développement de la vie qui part du stade moléculaire pour atteindre celui de cellulaire, puis de multi cellulaires pour enfin créer des organismes. Ça m’a donné envie de retranscrire cette idée de construction dans la musique en partant d’un élément qui en englobe plusieurs jusqu'à créer un microcosme. Et avec le morceau fini, on a l’impression qu’il se passe plein de choses, avec comme racine un même code génétique. C’est ce qu'il se passe quand je ne sors pas du studio pendant un an…(rires)


Tu dis dans plusieurs interviews que tu ne sais pas ce qui t’a poussé vers la musique, arrives-tu toutefois à identifier aujourd’hui ce qui te permet de t’épanouir dans cette pratique ?


Je ne sais pas trop, je pense que c’est l’étendue des possibilités et le fait de pouvoir créer quelque chose avec peu. Ce côté immédiat me plait beaucoup. On a le résultat tout de suite, à l’inverse du dessin et de la peinture qui nécessitent probablement plus de travail. Avec la musique, on tape sur un piano et on a une mélodie. C’est ça que j’aime, l’instantanéité.



Comment as-tu réussi à surmonter les remarques que tu entendais au sujet de trouver un « vrai métier », de faire de « vraies études » ?


Honnêtement, j'en avais rien à faire (rire), je m’ennuyais tellement au lycée. Quand on me disait que c’était une mauvaise idée de me lancer dans cette voie, je trouvais ça aberrant. C'est dommage de dire ces choses-là à des jeunes et de leur faire croire que leur choix post-bac va définir toute leur carrière. On nous dit qu’il n’y a pas de métiers dans les voies culturelles et qu’on ne gagnera pas notre vie, c’est un problème symptomatique en France, on considère l’art comme étant un loisir et non pas une carrière. Mais finalement ça a été un moteur pour moi, parce que plus on me disait de ne pas le faire, plus j’en avais envie (rire).



"Avec la musique, on tape sur un piano et on a une mélodie, c’est ça que j’aime : l’instantanéité."



Après tes études aux États-Unis tu es partie aux Pays-Bas rejoindre le Metropole Orkest de Jules Buckley, était-ce un choix instinctif ?


Non, je réfléchis beaucoup mes choix. Un jour le guitariste de Norah Jones avait donné une masterclass dans mon université, et il nous a dit que peu importe ce qu’on veut faire, il faut toujours essayer de travailler avec la personne la plus compétente. C’est un conseil que je garde précieusement et c’est pour ça que c’était une évidence pour moi de me rapprocher du Metropole Orkest. Et je pense aujourd’hui qu’il faut en effet toujours aller vers ce qu’il y a de plus prestigieux, se fixer des objectifs hauts et se donner les moyens d’y arriver en se motivant soi-même.


J’adore cette mentalité ! Tu penses que le fait d’être allée aux Etats-Unis t’a influencée dans ce sens ?


Complètement. Je n'aurais absolument pas eu cette vision des choses en restant en France. Aux Etats-Unis, il y a une forme de compétition, dans le sens positif du terme. C’est une façon de voir les choses de façon décomplexée, une envie d’essayer jusqu’à y arriver. On m’a instruit ça quand j’étais là-bas.



" Ça a été un moteur pour moi parce que plus on me disait de ne pas le faire plus j’en avais envie. "



Tu as créé l’Orchestre Orage en 2017, c’était très audacieux de créer un tel mélange des styles en France où ça n’existait pas encore, et en 2019 tu rejoins le London Contemporary Orchestra, que t'apportent ces deux accomplissements ?


Les deux n’ont rien à voir. J’ai fondé l’Orchestre Orage, c’est mon projet. Tandis que le London Contemporary Orchestra est un ensemble qui existait déjà. C'est un des plus prestigieux aujourd’hui, je pensais y travailler dans 10 ans. C’est fou de me dire que j’y suis aujourd’hui ! Les conditions de travail sont incroyables, on enregistre dans les meilleurs studios du monde, on travaille avec des artistes que j'adore. C’est un rêve parce que je suis dans un orchestre qui a un niveau exceptionnel et je fais ce que j’aime !


Artwork Uèle Lamore

Qu’est-ce que ça t’apporte concrètement d’aller au London Contemporary Orchestra dans ton travail ?


Ça me permet de développer d’autres projets comme par exemple mon premier album LOOM, que j’ai enregistré là-bas. Ça m’enrichit aussi parce qu’il y a des joueur.se.s exceptionnel.le.s qui poussent leurs instruments au maximum, ce qui est hyper stimulant.


En parlant de ton album LOOM, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus à ce sujet ?


Oui, il sort enfin cette année ! En fait, ça fait 2 ans qu’il est terminé. Depuis j’ai signé chez Sony ce qui est très cool ! Et après ça, j’ai eu envie de lui donner un coup de neuf, ce que je suis en train de faire. Les premiers singles sortiront entre juin et juillet et l’album en novembre… Maintenant il faut que je respecte les deadlines… (rire)



C’est comment de travailler sur un projet dont tu es totalement maîtresse ?


C’est trop cool ! Je fais les choses à mon idée ce qui est super. Quand je suis cheffe d’orchestre je suis au service de l’ensemble alors que là je fais mes propres compositions, ce qui va aussi avec tout un tas de responsabilités. Ce qui est très chouette dans ce projet c’est que j’ai signé avec Sony Europe donc je suis en lien avec l’Allemagne et l’Angleterre avec qui je partage la même mentalité.


Et pour terminer, qu’est-ce que tu rêverais de faire dans le futur ?


J’adorerais faire la BO d’un film d’horreur comme Get Out, je trouve que c’est dans ces productions-là qu’elles sont les meilleures ! J’attends ça depuis longtemps. Et sinon j’ai très envie de faire du live avec mon disque !


Propos recueillis par Agathe Pinet