Ténéré : "Ce qui me fascine dans le métier de production, c’est d’aller dans le fond des détails"

Début novembre, Ténéré sortait son premier EP Be My Guest chez Nowadays Records. De l'électronique aux nombreuses influences, cet EP est avant tout le fruit de belles collaborations. Il y a quelques jours, nous lui avions dédié une chronique. Aujourd'hui, on a la chance de pouvoir échanger avec lui. Interview.

© Ella Hermé

Hello Ténéré, tu vas bien ? Tout d’abord, ton nom de scène évoque le nom d’un désert mais aussi le modèle d’une moto. Quelle définition te correspond le plus ?

Ça va bien, merci pour cette interview !

Il y a l’explication poétique et l’explication un peu beauf mais j’aime bien les deux ! Avant que ce soit une moto, c’était quand même le « désert des déserts », l’épreuve la plus redoutée du Paris-Dakar dans les années 80. Du coup, Yamaha avait sorti un modèle du même nom pour évoquer le voyage, les grands espaces, l’aventure qui fait rêver. Je fais beaucoup de voyages à moto et ce sont des thèmes que je veux aussi évoquer dans ma musique.



Raconte-moi ce qui t’a conduit jusqu'au monde de la musique.

J’ai toujours voulu faire ce métier mais ça m’a pris du temps d’assumer et de faire ce qu’il faut pour le faire. Petit, j’étais un peu le punk de la famille dans le sens où je suis le seul à m’être barré du conservatoire assez tôt, mais paradoxalement, je suis le seul à faire de la musique aujourd’hui. Je viens d’un milieu un peu traditionnel où subconsciemment tu savais qu’il fallait faire des études un peu sérieuses. Du coup, j’ai fait des études qui n’ont rien à voir : de l’électronique, de l’orthophonie, des sciences du langage mais ce que j’aimais c’était la musique. J’ai donc fini par trouver un entre-deux : ingénieur du son. À peine arrivé à Paris, j’ai monté ma boîte pour faire de la musique de publicité et petit à petit, je me suis construit un réseau. Au même moment, j’ai monté Vendredi donc finalement je n’ai jamais vraiment bossé en tant qu’ingénieur son. Ça a juste été un prétexte.



Vendredi était ton premier projet musical avec lequel tu as sorti trois EP et remixé des titres comme « La Vérité » de François & The Atlas Mountains.

C'est un duo qui a duré 3 ans. « La Vérité » était un de nos premiers remixes et on en a fait pas mal. Ça me stimule d’avoir une matière extérieure, ne pas partir d’une page blanche, retourner l’harmonie des morceaux et essayer de leur donner une vibe complètement différente. C’est aussi pour ça que j’aime bien bosser avec d’autres artistes.


Comment est-ce que tu as rencontré Nowadays Records ?

À la fin du projet Vendredi, j’ai préféré continuer en solo. Je cherchais un label assez éclectique car Ténéré est à la croisée de plein de genres. Contacter Nowadays Records me semblait logique, c’est même le premier label que je suis allé voir et ça l’a fait direct !



En parallèle, tu avais aussi lancé des petits formats, les SlowMondays. Peux-tu nous les décrire ?

J’avoue que j’ai arrêté car ça prenait un temps de fou mais toutes les semaines, je me lançais le défi de filmer un plan séquence de 30 secondes en slow motion. À ce moment-là, c’était l’été donc je bougeais pas mal et je filmais plein de trucs, l’exercice était de mettre ça en musique. Ça s’appelait les SlowMondays parce que je sortais ça tous les lundis.


« Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'émotion », c’est vrai que ça résume assez bien ton album ou plutôt ton EP ?

Techniquement, c’est plutôt un LP car il fait plus de six titres. Pour moi, un album, c’est vraiment une démarche particulière. Il faut qu’il y ait un concept, que les morceaux aient été composés dans le but d’être ensemble, comme un seul bloc. Et puisque des titres étaient déjà sortis sur des singles, c’est vrai que je voyais plus ça comme un EP.


Parle-moi un peu de tes influences musicales pour Be My Guest.

Sur cet EP-là, il y a une bonne louche de sonorités Soul, R’n’B et Hip-Hop. Après, il y a aussi une dimension orchestrale car j’ai grandi dans une famille de musiciens, dans un contexte de musique classique au conservatoire, donc c’est vrai que j’aime bien mélanger ça.


Au-delà des influences musicales hyper variées, cet EP est une invitation aux collaborations !

L’EP Be My Guest, d’où son nom, est vachement ouvert sur les featurings et il y avait cette track du même nom, qui est une espèce d’instrumentale super breakée déconstruite. J’avais vraiment envie de faire poser un gros ricain mais ça ne donnait pas le rendu que je voulais donc on l’a laissé comme ça. Du coup, c’est une invitation pour que les gens se l’approprient, rappent, dansent ou chantent dessus.


Il y a un clip qui a été réalisé pour le morceau « Be My Guest », peux-tu nous en dire plus ?

C’est fou parce qu’on n'a pas énormément communiqué dans ce sens-là mais spontanément, Paul-Etienne Luca nous a contactés. Il nous a dit qu’il aimait trop ce track-là et qu’il aimerait bien faire une vidéo de danse avec un pote. Du coup, il a filmé et monté le clip qu’on a sorti. C’est vraiment un track qui reste ouvert. Si on a des trucs cool, pourquoi pas faire un jour un EP avec plein d’interprétations, des remixes, des raps. J’espère qu’on en recevra d’autres !


Si tu devais penser à une anecdote sur cet EP, laquelle me donnerais-tu?

Il y en a des milliards. C’est vraiment l’EP des collaborations, d’où Be My Guest. Pénélope vivait dans une petite maison sublime au milieu des montagnes, dans les Cévennes, Moka Boka vivait en Belgique, Clara Sergent à Tours et Sabrina Bellaouel est parisienne. Tu n’avais pas deux featurings dans la même ville, j’avais vraiment l’impression de faire un EP itinérant. Quand je réécoute ces morceaux, ça me rappelle tous ces souvenirs de voyage.

Sinon, « Gone Away » est le track le plus vieux de l’EP. Je l’ai fait à l’hôpital parce que j’avais mal soigné une grippe qui avait empiré. J’ai été hospitalisé pendant dix jours et ça m’a fait une grosse introspection sur la fragilité de la vie. C’était la seule fois de ma vie où je n’avais pas mon matériel, donc j’ai imaginé les accords et les refrains dans ma tête. Quand je suis retourné chez moi, j’ai mis le morceau en musique, je l’ai envoyé à Sabrina, que je ne connaissais pas, et je l’ai appelé « Gone Away » car il parle de la vitalité qui peut te quitter du jour au lendemain.


Qu'utilises-tu comme matériel pour composer ?

Je ne suis pas un gros geek du matos, je préfère avoir peu de matériel que je maîtrise bien. Je fais 80% de ma musique avec mon Fender Rhodes. C’est un piano électrique, et le Prophet 08. C’est un peu mes deux instruments phares, dont je ne me séparerai jamais.


Lorsque tu composes, c’est de la création totale ou tu te bases sur des samples ?

Je m’enregistre beaucoup donc je me sample moi-même. Je peux enregistrer une jam de 40 minutes sur mon Rhodes, puis je vais réécouter et sélectionner des passages, c’est en général comme ça que je compose. Le seul sample de tout l’EP est d’une chanteuse des années 70 sur « A Qui l’Honneur ».


À côté de la musique, tu as d’autres projets ?

Je ne fais pas que de la musique, je compose aussi pour la publicité. Quand je fais de la musique pour moi-même, je me prends vraiment la tête, j’ai l’impression que c’est à la vie, à la mort. Ce que j’aime dans la musique de pub, c’est que tu mets moins d’affect donc ça te permet de te libérer. D’ailleurs, j’ai fait le morceau « And On » à partir de boucles que j’avais composées pour une publicité.


Si tu pouvais réaliser la collaboration de tes rêves, avec qui ce serait ?

Le gars qui a fait que je fais de la musique et qui m’obsède depuis toujours, c’est James Blake. Si je pouvais le rencontrer et collaborer avec lui, ce serait encore mieux. Quand j’écoutais sa musique en 2008, il était complètement inconnu et ça m’a mis une claque comme je n’en avais jamais eu avec aucun autre artiste. Pour la première fois de ma vie, j’avais l’impression d’entendre la musique que je recherchais depuis toujours.


Pour ceux qui ne le connaissent pas, laquelle de ses tracks recommanderais-tu ?

« CMYK », c’est une des tracks qui m’a fait péter un câble. Je n’aurais jamais imaginé qu’un artiste qui a fait quelque chose d’aussi futuriste et avant-gardiste réussirait à percer. Ce mec, c’est un génie !


Qu'écoutes-tu en ce moment ?

Je saigne pas mal de Mad Rey, mais en venant, j’écoutais « Mont Blanc » de Blasé, par exemple. Quand je me suis émancipé du cadre un peu classique de ma famille, le hip-hop était le premier truc que j’écoutais avec le rap français. Il y a une espèce d’efficacité avec très peu de choses dans cette musique et c’est ça qui m’attire.


Pour finir, as-tu une ambition future, un projet ?

Je sais que je pars de loin parce que j’ai tendance à fournir mes morceaux. J’assume grave cet EP, je le trouve beau et bien produit mais à l’avenir, j’aimerais bien réussir à faire un truc très différent, épuré et méga efficace. Les productions de trap, par exemple, se ressemblent toutes mais il y en a qui sont à chier et il y en a qui te font péter un câble ! Pourtant, c’est toujours les mêmes éléments. La différence est dans les micro-détails et c’est ça qui me fascine dans le métier de production, c’est d’aller dans le fond des détails. Rechercher l’efficacité dans la simplicité en fait !



Merci beaucoup pour ce moment Ténéré, on a hâte de suivre tes projets à venir !

En attendant, Be My Guest est disponible sur toutes les plateformes de streaming.


Propos recueillis par Clara Jouaux-Savinien

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Production : production@tourtoisiemusic.com
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