Sean : rappeur intemporel à l'esprit fantastique

Rappeur marqué à l'univers marquant, Sean nous a offert 8 titres avec son dernier projet MP3 + WAV sorti en novembre dernier. Dans un monde mêlant mafieux et créatures fantastiques, sur des prods dansantes et d'autres plus kickantes... Sean ne cesse de nous dévoiler de nouvelles facettes de son rap, récemment mises en clips dans des vidéos lyrics sous le talentueux regard de Lokmane. Nous avons rencontré l'auteur d'À moitié loup à l'écart de sa meute : portrait d'une étoile montante du rap qui n'a pas fini de nous éblouir.


Salut Sean ! Peux-tu te présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne te connaitraient pas ?

Sean – Je m’appelle Sean, j’ai 22 ans depuis quelques jours. Je fais du rap depuis maintenant 2 ans, et si vous ne connaissez pas ce que je fais, je vous invite à aller écouter ça !


Dans la dernière vidéo « Fanzine » de Waxx, l'artiste Louane te cite parmi les artistes qu’elle apprécie le plus, ce qui nous a finalement fait remarquer qu'au fil de tes projets, tu as fait peu de featurings (excepté la collaboration avec le rappeur Azuul Smith). Est-ce un choix ou simplement le fait que tu n'aies pas eu de réelle envie de collaborations jusqu'à maintenant ?

Au début c’était vraiment un choix, une volonté de montrer ce que moi je fais vraiment, ce qui passait d’abord par le fait d’être solo sur mes titres, et d'aller chercher ce qui me plaisait le plus de faire. Aujourd’hui, j’ai emmagasiné plusieurs titres en featuring, et c’est maintenant une envie de ne pas vouloir les sortir trop tôt.


Est-ce que tu penses qu’un featuring avec Louane est quelque chose que tu pourrais envisager un jour ?

Ouais carrément, après je pense que j’aimerais lui écrire un titre, comme d’autres artistes à l’image de Damso ont pu le faire. C'est une artiste qui majoritairement interprète ses titres, cela me plairait beaucoup.


Tu aimerais écrire pour d’autres artistes également ? Est-ce que cela t’ait déjà arrivé auparavant ?

Ouais, de ouf j’aimerais trop ! Ça m’est déjà arrivé de travailler sur des titres de Yassine ou Vadim parce que c’est mes gars, mais je ne leur ai jamais écrit une chanson, je les ai simplement aidés dans l'écriture de leurs morceaux.


Tu as sorti tous les titres de ta mixtape sous forme de video lyrics : est ce que tu peux nous en dire plus sur la direction artistique de ces vidéos ? Est-ce que l’idée était de toi ?

MP3 + WAV est né d’un cambriolage le soir de la fête Nationale, le lendemain on m’a appelé pour me prévenir du vol et donc de la perte de tout ce que nous avions enregistré jusque-là. Ce jour-là avec Roodie, on a vraiment réfléchi au projet MP3 + WAV, et c’est comme ça que le projet est né. On s’est dit qu’on allait récupérer tous les exports sur nos mails, d’où le nom de l’album. Puis on voulait vraiment sortir le projet vite, mais on n’a pas eu cette chance avec les grandes vacances qui arrivaient.


On s’est donc posé avec Lokmane dans l’idée de ne pas faire de clips, mais de travailler un visuel. Au début, j’étais plutôt parti sur quelque chose en 3D, on a essayé de chercher un truc qui collait avec le son et donnait une cohérence à un projet qu’on ne voulait pas clipper.

De là est venue l’idée de faire une vidéo lyrics où l’on raconte une histoire, illustrant pleins de moments d’une soirée, et voilà ce qui donne la soirée MP3 + WAV. C’était une bonne façon de rebondir, sans clipper et dans un format un peu nouveau, entre la vidéo lyrics et le plan séquence, il ne se passe rien mais en même temps rien que dans un geste il peut se passer pleins de choses.


Le but c’était vraiment de faire des vidéos lyrics.

Le pitch quand on a tourné c’était de faire des plans séquences, qui seraient de véritables tableaux pour illustrer les sons. Contrairement à À moitié loup qu’on avait vachement fait dans la spontanéité, MP3 + WAV représente la période où j’ai réécris, parce qu’avant j’écrivais beaucoup moins et passais plus de temps en studio. Ici ce sont des textes que j’ai eu le temps de mûrir chez moi et que j’ai recraché, je trouvais ça important aussi que tout le monde puisse comprendre les paroles. Je ne pensais pas forcément que cela allait marcher aussi bien, à la base ce projet c’était un peu pour ne pas jeter un an de travail. Je me suis dis que si je ne sortais pas ces sons, c’était un peu une victoire pour eux (ndlr : les cambrioleurs) et une grosse défaite pour moi (rires)…


Est-ce que finalement tu dirais que ça a apporté du bon ce cambriolage ? Que tu as peut-être produit quelque chose de mieux que ce qui était prévu initialement ?

C’est un mal pour un bien, pas forcément pour le projet en soi, mais plus dans le sens où j’ai rebondis archi vite, et maintenant je sais comment je réagis face à des situations comme celle-là. Ça m’a donné une dalle, je n’ai fait qu’aller en studio. Tu sais lorsque tu rencontres quelqu’un et qu’on te demande quel est ton métier, que tu dis « je fais de la musique », si derrière tu n’as pas de musique à montrer, c’est quand même frustrant. Ça m’a donné une déter de ouf, et aujourd’hui j’ai autant de matière que lorsque je me suis fait cambriolé, alors que c’était issu d’un travail de 2 ans, là ça fait seulement 3 mois… Et cette productivité c’est quelque part grâce à ce cambriolage et cette sortie d’album prématurée que je l'ai acquise.


Les concepts de tes clips sont souvent très forts et assez marquants, on pense notamment au clip d’À Moitié Loup (réalisé par Lokmane) ou dernièrement au clip du titre "Le Bon la Brute et le Truand", il y a cette image de l’ange déchu : où puises-tu cette inspiration entre mafieux et univers fantastique ?

C’est exactement ça, j’ai toujours trop kiffé tout ce qui est fantastique. Je viens d’ailleurs de découvrir une série incroyable : « His Dark Materials », série se déroulant dans un monde parallèle, dans laquelle chaque personne a un « démon » qui représente son âme et sa personnalité, il est incarné par un animal.

Et toi, sais-tu quel serait ton animal totem, ton « demon » ?

Je pense que ce serait un loup, car avec mes gars on est très organisés, mais tout seul je suis quelqu’un de très désorganisé. J’ai besoin de ma meute, j’ai besoin de voir les gens, je ne suis pas trop un solitaire en vérité.


Sur ton premier projet, il y avait cette dualité incarnée avec le personnage de Mercutio, ces « deux toi ». Sur le suivant, il y avait à nouveau une opposition illustrée par l’homme et l’animal avec À moitié loup. Est-ce que sur ton nouveau projet tu y retrouves encore une certaine duplicité, par exemple avec « le bon » et « la brute » ? Est-ce que tu penses d’ailleurs qu’il faut être un peu des deux pour s’affirmer dans l’industrie musicale et dans la vie de manière plus générale ?

Je pense que sur MP3 + WAV, il n’y a plus trop ce jeu d’ambivalence entre deux entités, mais il y a vraiment plusieurs entités, plusieurs extrêmes. Ce n’est plus une médaille, ou bien pile ou face comme sur les précédents projets. Je parle sur ce dernier projet de pleins de gens, de pleins d’émotions différentes. Pour répondre à la deuxième partie de ta question, je ne pense pas qu’on ait besoin des deux pour réussir, pour réussir il faut juste être soi-même, et si être soi-même c’est effectivement être les deux, tant mieux. On est tous un équilibre de pleins de trucs, l’important c’est d’être vrai, authentique, et surtout rester soi-même. Il ne faut jamais regarder ce que font les autres, sinon tu seras toujours déçu.


Ce qui est assez incroyable sur ce projet, c’est la diversité des sonorités. On passe de titres très dansants comme « Première nuit » (même si la thématique est moins joyeuse) à des prods beaucoup plus sombres comme « Bye bye », mais ce projet reste quand même plus solaire que le précédent. Peux-tu nous en dire plus sur la manière dont tu écris au quotidien ?

Je me nourris beaucoup de ce que disent les gens, comme je le disais je suis toujours entouré de monde, j’ai besoin de voir des gens, de vivre des choses. Ensuite, écrire ne prend pas beaucoup de temps, car c’est souvent pleins de choses que j’ai noté, des choses dont je me suis souvenu… Par exemple, le titre « Le temps d’un été » est vraiment issu d’une conversation que j’ai eu avec un pote à moi. C’était la rentrée, et il me racontait qu’il avait rencontré une fille pendant l’été, qu’il était dans le charme pendant deux mois, mais que c’était simplement le temps de cette période, que depuis il l’appelait, il n’y avait plus rien entre eux. Je m’inspire de tout, parfois même, si je m’embrouille avec quelqu’un dans la rue, l’expression qu’il va utiliser, le ton qu'il va employer, je vais m’en resservir dans un de mes titres.

On a parfois l’impression que tu présentes ta propre temporalité, je pense par exemple à À Moitié Loup que tu as sorti en deux parties, ce qui reste peu commun comme procédé, ou encore que tu cultives un peu la lenteur dans tes derniers clips malgré leurs nombres. Tu es finalement un peu à contre-courant de tout ce qui se fait face à l’accélération des sorties, et à la sur-présence des artistes, est-ce un parti pris ? Ou encore une fois tu te laisses porter ?

Je pense que c’est un peu des deux ! Je me suis laissé porter mais en même temps c’est devenu un parti pris. Tu peux voir par exemple dans certains de mes clips, il y en a beaucoup où le cadre posé est intemporel. Sur toutes les dernières vidéos lyrics, il n’y a aucun rapport à 2020, tu ne peux rien relever de 2020, même le téléphone que j’utilise tu ne sais pas s’il est du futur ou s’il est du passé. Tout ça c’est un accord très tacite, un peu comme dans les films fantastiques où tu ne sais pas si tu te trouves dans le passé ou dans le futur. C’est la force d’être intemporel, d’être immortel (rires).


Nous avons une petite question capillaire : après les cheveux longs, tu as eu les cheveux rouges, puis les cheveux verts… Quelle est la prochaine étape ?

Je ne sais pas, une autre couleur ? Là, je suis au mulet, mais le mulet est blond. À l’image de ma musique, je ne me pose pas de limites pour mes cheveux. Pour la petite histoire, j’ai fais ma coloration rouge quand je suis parti en Colombie avec Azuul Smith pour tourner le clip d’ « hiver ». On est passé devant un salon de coiffure, ils avaient l’air trop cool, on s’est posé avec eux. Ils nous ont un peu matrixé, Azuul s’est fait rasé la tête en laissant des points bleus, et moi j’ai fait tout rouge. Le lendemain on clippait.


Pour finir, Tourtoisie soutient les artistes émergents, est ce qu’il y en a certains auxquels tu aimerais donner de la force ?

Il y en a pleins… Il y a tout un label qui s’appelle Bluebird Music, qui est tenu par un de mes reufs, et dedans il y a Yassine, lui il est vraiment très très fort… Pour moi, c’est même plus un artiste émergent, c’est un artiste accompli mais qui n’a pas la visibilité qu’il mérite. Vadim aussi qui est le 2ème artiste du label, c’est un des seuls mecs avec qui j’ai fait beaucoup de titres qu’on a jamais sorti… Et il y a une rappeuse qui s’appelle Cannelle aussi, à suivre fort !


Par Apolline Pournin