Refuge : “Je cherchais une manière honnête de faire de la musique.”

Refuge, Florian Bertonnier de son vrai nom, vient de signer son grand retour avec un second album intitulé Hunger. Quatre ans après la sortie de Brokenbird (2016), l’artiste nous livre ici un album hybride et unique, dans lequel il allie une pop bouleversante et des beats électroniques à des sonorités indiennes. Hunger sonne ainsi comme un renouveau, autant pour l'artiste que pour les auditeurs, car il invite chacun d'entre eux à se libérer de tous les carcans et à renouer avec son identité.


© Margot de Kerangat

D'abord, comment vas-tu en cette période étrange ?


Super ! Je suis hyper content de la sortie de l’album et même qu’il arrive maintenant, à un moment un peu particulier du fait que l’on soit enfermé… Cette ambiance, ça me va bien pour sortir mon album. Pour moi, cela résonne.


Comment le projet Refuge est-il né ?


J’ai fait la Nouvelle Star quand j’avais 19 ans. Quand j’en suis sorti, j’avais vraiment besoin de créer un projet qui ne montre ni mon nom ni mon visage, de pouvoir créer quelque chose d’un peu rassurant, comme un cocon.


D’où l’idée d’un Refuge… Quatre ans se sont donc écoulés depuis la sortie de ton premier album Broken Bird. Qu’est-ce qui a changé pour toi, que ce soit personnellement ou musicalement ?


Il y a tellement de choses qui ont changé. J’ai beaucoup d’affection pour ce premier disque mais c’était vraiment un disque de bébé… Il s’agit surtout de chansons au piano, qui parlent d’adolescence, d’enfance, de rupture… Il y a vraiment une séparation. Dès qu’il est sorti, j’ai eu l’impression de me débarrasser d’un poids et de pouvoir commencer à me construire vraiment, à poser des fondations en me demandant qui je suis, autant dans la musique que dans la vie. À la suite de cet album, j’ai fait plein de concerts avec mes copains musiciens, dont Igor (Ramonatxo) qui a réalisé le nouvel album. C’est lui qui m’a montré comment enregistrer et créer de la musique sur ordinateur. Ca m’a permis d’aller un peu plus loin, de montrer un peu qui j’étais et d’être plus épanoui.


Peut-on justement aborder le processus de réalisation de ce second album intitulé Hunger ? Comment t’es-tu organisé avec Igor Ramonatxo ?


Avant qu’il ne soit réal de cet album, il a joué comme musicien dans Refuge. Il a rejoint le projet live juste avant la sortie de Broken Bird. On s’est toujours dit, en blaguant, que ça allait être cool le jour où on ferait un truc ensemble. Puis, on s’y est mis officiellement. On s’est retrouvé chez lui et il m’a demandé d’écrire des mots sur des petits papiers. Comme des mots-clés que je voulais retrouver dans cet album : “intense”, “monde”, “terre dévastée”, “mélancolie”… on a commencé comme ça. On a ensuite fait de longues sessions d’expérimentation où on écoutait des choses, on mélangeait des percussions avec des beats électroniques... Après, on est parti deux semaines en résidence. C’était très long et un peu dur car parfois on n’arrivait pas à prendre de décision. Mais au final, il n’y a vraiment rien qui soit laissé au hasard. C’est vraiment sa rigueur à lui qui a fait ça.


© Margot de Kerangat

On découvre alors cette pop intense et mélancolique mélangée à des sonorités indiennes. Quelle est la place de tes origines dans ta musique ? Quelle importance ça a pour toi de “questionner tes origines et de les confronter au quotidien” ?


J’écoute de la musique populaire indienne, de Bollywood, depuis que je suis vraiment jeune. Ma mère est née à la Réunion et j’ai beaucoup de famille là-bas, où il y a un mélange de cultures avec notamment des influences indiennes. J’ai été habitué à ces sonorités depuis toujours. Mais, ce n’est qu’une fois que le premier album est sorti que j’ai eu besoin de questionner mon identité et mes origines. J’ai commencé à me poser énormément de questions sur qui je suis, d’où je viens… J’ai réalisé que d'une certaine manière, mes origines font partie de moi. Ma mère a grandi sur une île à 10.000 km d’ici, c’est important que je le mette en avant, car ça fait partie de qui elle est et donc de qui je suis. J’avais envie de mettre des choses comme ça dans ma musique parce que je cherchais une manière honnête de faire de la musique.


“Hunger” représente donc à la fois une naissance et la fin d’un monde. Tu as notamment construit toute une symbolique autour d’un lieu, tu parles d’“un décor idéal pour le début et la fin du monde”. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus là-dessus ?


L'île de la Réunion est une île volcanique. Je suis allé plusieurs fois, avec ma famille, au Piton de la Fournaise. C’était un peu l’endroit où on faisait de grosses randonnées. En fait, c’est un décor totalement incroyable, de terre noire à l’infini, qui m’a inspiré. Une fois, j’y suis allé et ça m’a donné des vertiges de réaliser que de cet endroit totalement dévasté est née l'île entière. En même temps, ce volcan était encore en activité : une éruption volcanique énorme pouvait éteindre toute la vie. Je trouvais ça hyper beau, l’endroit de la naissance et de la fin.


Dans cette même idée, tu puises ton inspiration d’oeuvres littéraires, aux histoires profondes. Je pense notamment à “Nawal”, qui évoque le personnage du même nom dans la pièce Incendies de Wadji Mouawad, ou encore à l’électrifiant “Lion’s Tear” qui rappelle le lion du Monde de Narnia. Il y a quelque chose d’un peu solennel là-dedans.


Oui. J’ai lu beaucoup d’auteurs comme Wajdi Mouawad, Laurent Gaudé… Dans la première chanson de mon premier disque, il y avait déjà une référence à Incendies. Ca me suit un peu, mais je trouvais que ça résonnait bien avec le décor que j’avais envie de planter. C’est une histoire dans un pays fictif, dans laquelle on a créé des personnages, un conflit et des sentiments qui les dépassent. Il y a quelque chose d’universel là-dedans. Je trouvais le personnage de la mère qui chante hyper beau. On retrouve toute la douleur du monde dans son chant. Pour Narnia, c’est pareil - c’est marrant comme tout est lié. « Lion’s Tear » parle de ce lion créateur qui revient sur la Terre qu’il a créé pour découvrir à quel point elle a été ravagée.


Cet album est donc un peu universel mais aussi personnel. Tu t’inspires du monde qui t'entoure pour raconter des histoires. Tu y abordes aussi tes peurs, tes doutes et tes blessures. Qu’est-ce que cela représente pour toi de te dévoiler autant ?


Au début, j’avais l’impression que je faisais un album qui n’était pas vraiment à propos de moi, mais plutôt sur les choses que je voyais et qui me touchaient. En fait, les choses ne me touchaient pas par hasard. Quand, par exemple, je parle de corps, cela évoquait un rapport au corps compliqué chez moi dont il fallait parler. J’ai aussi une bonne proportion au drama (rires). J’ai un peu abandonné le fait de trop contenir mes émotions et de garder la face. J’ai globalement abandonné le fait d’être l’archétype de l’homme. Ca me paraissait assez naturel de parler des émotions, de parler d’histoires d’amour… C’est comme ça qu’on avance aussi, en exprimant les choses.


On ressent d’ailleurs que ton univers questionne certains stéréotypes, notamment de genre. Est-ce que tu te considères queer ?


C’est délicat car je me considère facilement comme queer et, en même temps, je ne suis pas du milieu, je ne sais pas vraiment ce que c’est. J’aime juste mettre des robes sur scène et me maquiller dans la vie. J’aime écouter mes émotions sans me demander si cela serait plutôt perçu comme masculin ou féminin. Je m’en fous et c’est en ça que je me considère queer.


Sari, bijoux, chorégraphies indiennes… On retrouve dans ton univers visuel, jusque dans tes clips, tout un tas d'éléments qui rappellent les sonorités indiennes de ta musique. Il y a aussi des symboles dans ces images, comme par exemple, le bouquet de chardons que l’on retrouve sur la pochette de l’album. Comment parviens-tu à retranscrire cet univers en images ?


Par rapport à l’image, Margot (de Kerangat), qui a pris les photos et avec qui j’ai tourné des teasers pour l’album, y est pour beaucoup. Dans son mood à elle, il y a quelque chose d’hyper floral, de doux… C’est elle qui a apporté cette touche-là, avec les fleurs... Il y avait cette envie d’avoir quelque chose d’un peu christique, d’un peu madone sur la pochette de l’album. C’était vraiment son apport dans mon univers et je trouve que ça va bien avec la dureté du paysage, la mélancolie et le reste.



Le mot de la fin : elle sera faite de quoi, la suite ?


Pour l’instant, c’est pas mal. Des concerts, si j’ai le droit de sortir (rires)… Refuge, je le vois vraiment comme un projet sur le long terme, avec lequel j’ai envie de faire plein d’albums. On verra bien.


Le nouvel album de Refuge, Hunger, est disponible sur les plateformes de streaming.



Propos recueillis par Laura Gervois.

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