Rattrapages 2020 #1

Mis à jour : avr. 5

Comme le reste du monde, l’équipe de Tourtoisie vit aujourd’hui confinée aux quatre coins du globe, chagrinée de voir ses concerts reportés, mais motivée par une flopée de nouvelles idées. D’abord, à l’heure du confinement, le rapport au temps se transforme. Ce dernier s’étend, nous laissons pantois, sans savoir comment l’employer. Pourquoi ne pas profiter de cette aubaine pour vous parler de tous les projets de ce début 2020 qui vous ont échappé ? Pour les retardataires dans l’âme, cette session rattrapages est faite pour vous. 


© Capture d'écran du clip de Laylow, TRINITYVILLE

28 février – Laylow, TRINITY [Digitalmundo]


Album phare de ce début d’année, Trinity apparaît comme l’aboutissement artistique d’un artiste en progression constante après déjà quatre excellents projets, dont le dernier Raw Z est une référence de la scène rap underground actuelle. Laylow est depuis presque 5 ans le chef de file d’un rap digital toujours très poussé, oscillant entre cloud et bangers peroxydés lui permettant d’exprimer déprime, rancoeur et déceptions sentimentales. 


Très attendu, Trinity était l’album qui devait permettre à Laylow de décoller l’étiquette “niche” et de s’imposer en tant qu’acteur majeur du rap francophone aux yeux du grand public. Avec un historique Olympia complet et plus de 10 000 ventes en première semaine, le pari est déjà plus que réussi pour le Toulousain.


Version Beta torturée et très sombre du Her de Spike Jonze, Trinity décrit la relation entre le rappeur et un logiciel éponyme “de stimulation émotionnelle”. Tristesse, violence, passion, solitude... chaque sentiment y est décuplé et retransmis en musique. Bien aidé par des prods éclatantes (Dioscures, Sofiane Pamart …) et un casting juste et à son service (Wit, Lomepal, Alpha Wann, S-pri Noir, Jok’air), Laylow a champ libre pour exprimer tout son talent. Intensité maximale et constante, flows variés et mélodies directes, dur de ne pas prendre sa claque à l’écoute de l’album. 


Laylow perfore avec Trinity les frontières entre niche et grand public à l’aide d’un premier album sans concession artistique qui s’impose d’ores et déjà comme un classique. Après quatre projets toujours plus poussés, Trinity marque l’apogée et la fin d’un cycle pour Laylow, enfin à sa juste place parmi les meilleurs rappeurs francophones.


Alexandre Magois



28 février – Christine & The Queens, La Vita Nuova [Because Music]


Un an et demi après la sortie de son second album intitulé Chris, Christine and the Queens a bouleversé la scène internationale en dévoilant un EP surprise, dans lequel l’artiste y mêle français, anglais, espagnol et italien. Composé de cinq titres inédits et d’un titre bonus, La Vita Nuova prouve à ceux qui en doutaient encore que son immense talent n’a d’égal que sa force et sa sincérité.


Entre percussions énergiques, synthétiseurs entraînants et textes poétiques, avec La Vita Nuova, Chris reste fidèle à son univers musical. Réalisé par Ash Workman (Metronomy, Coeur de Pirate...), qui avait déjà travaillé sur son premier album, Chaleur humaine, on découvre ici un univers marqué par une pop aérienne, grisante, empreint d'émotions.


Porté par le fabuleux “People I've Been Sad”, La Vita Nuova nous fait l’effet d’un véritable voyage cathartique : douloureux mais nécessaire et libérateur. Que ce soit à travers l’intense “Je disparais dans tes bras”, la douce et mélancolique ballade “Mountains (we met)” ou encore la mélodie synth-pop de “La vita nuova” (chanté en duo avec l'Américaine Caroline Polachek), Christine and the Queens exorcise ses démons. Avec La Vita Nuova,littéralement “la vie nouvelle” en référence à la première oeuvre de Dante, l’artiste vient ainsi nous conter ses peurs, soigner ses blessures et panser les nôtres.


Laura Gervois



6 mars - Mikano, Melting Balloons [HRCLS Records]


Peu sont les élus de la nouvelle scène hip hop française s’exprimant en anglais à tirer leur épingle du jeu. Si Rilès a su trouver un succès en France et à l’international, les nouvelles étoiles montantes de la discipline se nomment plutôt Gracy Hopkins, Fang the Great, Sika Deva ou encore Mikano. 

Ce dernier, que l’on a notamment pu voir sur scène lors du Top 10 Ricard 2019 ou en concert surprise lors de la deuxième édition d’Inseine, a sorti début Mars son troisième EP. Produit par le toujours génial Sutus, Melting Balloons vient graver le talent de Mikano dans nos casques et sur nos enceintes. 


Plus qu’un projet rap auquel on aurait pu s’attendre, ces neuf titres retranscrivent en réalité une savante fusion des différentes influences (RnB, nu-Soul, Hip Hop…) de leur auteur. S’il nous offre tout de même quelques phases de pur kickage en ouverture et clôture de l’EP, Mikano impressionne ici par le volume de son chant, à travers lequel il mène l’auditeur d’un mood à l’autre en jonglant avec les différentes prods, d’ailleurs si réussies que l’on pourrait leur accorder une chronique à part entière. 


Avec Melting Balloons, Mikano a trouvé la recette pour décrocher les mâchoires de son audience et enfin s’élever dans des sphères supérieures. Son talent et sa complémentarité artistique folle avec Sutus ont abouti sur un EP sans faille qu’on écoute en boucle depuis sa sortie. Si tu veux le soutenir en ces temps difficiles, le vinyle est d’ailleurs disponible ici


Alexandre Magois



20 mars – Bon Voyage Organisation, La Course [L’Invitation Musicale]


Après l’excellent Jungle ? Quelle Jungle ? sorti en 2018, les intrépides de Bon Voyage Organisation nous avait habitué à des sons tropicaux et dansants. La Course ne fait pas exception à la règle. Sorti le 20 mars, le disque s’éloigne des rivages pop du premier opus pour voguer vers des océans plus influencés par le jazz. 


Dans La Course, le synthétiseur est roi, comme l’annonce brillamment le morceau introductif du disque, “Nocturne 305”, avant de basculer vers des envolées explosives au saxophone. Éclectique, le disque s’offre de grands moments de calme et de volupté, comme le très lent et presque envoûtant “Chanson” auquel s’ajoute l’introduction du morceau suivant, “Un Américain à Tanger”, débutant avec le bruit intemporel des vagues qui éclatent sur le rivage. “La Course” s’achève lui  dans un concerto de chants propres à la chaleur nocturne – entendez par-là, quelques grillons intrépides –, après sept minutes de pure extase.


Adrien Durand et son équipe se sert finement de ces interludes pour mieux percuter son auditeur. Ainsi, “Un Américain à Tanger” prend neuf minutes pour installer une ambiance assurément puisée dans un volet des aventures James Bond, période 1960. Il faut toutefois attendre l’éloquent “Un Américain en danger” pour que le rythme s’accélère et que la tension monte, avec notre envie d’en découdre sur le dancefloor de notre salon. 


Lolita Mang



27 mars – Pierre Rousseau, Musique Sans Paroles [Beats in Space Records]


Après s’être échappé de l’excellent duo Paradis et d’avoir composé avec Nicolas Godin, moitié du duo Air, il était temps pour Pierre Rousseau de nous gracier d’un projet solo. C’est comme par surprise qu’a fleuri entre nos mains le très poétique Musique Sans Paroles, à peine annoncé par le single très brut “Paris”. Loin de des beaux mots qui avaient fait le succès de Paradis, mais proche de sa house cotonneuse, on retrouve ici un Pierre Rousseau en grande forme pour un six titres 100 % instrumental trempé dans la synth pop des années 80 et flirtant avec l’ambient. Des compositions minimales qui ne sont pas sans rappeler les débuts d’un certain Richie Hawtin…


L’amour des machines de Pierre Rousseau transpire d’entre tous ces morceaux, à commencer par les sirènes qui résonnent au loin en introduction. Le titre liminaire de l’EP, également intitulé “Musique sans Paroles”, dément pourtant ce nom bien caduque : on peut y entendre la voix de la Japonaise Mana Haraguchi (également connue sous le nom de Velvet Jean), qui présente sobrement l’opus. 


Musique sans Paroles est le premier disque d’une trilogie qui sortira au fil de 2020, et dont le second opus est prévu pour le mois de juin. 


Lolita Mang



Nous avons également aimé… 


14 Février - Alfa Martians, Prima : cinq titres entre Henri Salvador et Cesaria Evora enrobés d’une tendresse folle. Un projet parfait pour respirer en confinement, dans lequel chaque instrument s’inscrit dans un mix léché au service du trio harmonisé.


14 Février - Captaine Roshi, Contre Attaque : le rappeur de Pigalle rebondit sur l’excellent Attaque pour clore ce premier chapitre de sa carrière et s’affirmer comme l’un des rappeurs les plus prometteurs du moment. Un dyptique intense à (re)découvrir de toute urgence. 


28 Février - Franc Moody, Dream in Colour : Mélange solaire entre nu-disco, électro-funk et pop, Dream in Colour est un album qui n’aurait pu avoir un nom plus approprié. Franc Moody livre ici onze titres frais et légers portés par un groove omniprésent, grâce à des synthés bondissants et une basse diablement efficace. Un projet qui ne fait pas l’erreur de tomber dans le kitsch, pour notre plus grand plaisir.


20 Mars - Kendal, Inferno: Pour terminer sur une explosion solaire, et parce que l’italo-disco a cette faculté à toujours nous cueillir lorsque l’on en a besoin.

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