Polycool : "la limite entre le sérieux et ce qui ne l'est pas est de plus en plus floue"

Mis à jour : oct. 18

Polycool, c’est une musique décalée qui vise toujours juste, c’est le mystère de La Crampe ou encore la coolitude d’un seigneur citron. Le Seigneur Citron, c’est l’égérie qui donne justement son nom au premier album du groupe parisien : Lemon Lord, un treize-titre fait maison, acidulé et sans pépin. Les quatre boys nous racontent leur passion pour la musique où le sérieux s’égare pour laisser place à l’absurde.



Comment Abraxas est-il devenu Polycool ?


Jonas : C’est lors d’un voyage spirituel en Inde, on a vu un bidon d’eau dans la rue avec écrit “Polycool” dessus, et c’était décidé. C’est vrai.

Solal : C'était particulièrement un beau bidon d'eau.

Léon : C’est sûrement le Seigneur Citron qui nous l’a mis sur notre chemin.

Tino : On voulait déjà changer de nom pour des raisons administratives, et puis ça nous a permis de trouver un second souffle.


Ça commence à faire un moment que vous jouez ensemble, où et quand est-ce que vous vous êtes rencontrés ?


Solal : Tout a commencé dans ma chambre, sous ma mezzanine.

Jonas : C’était au collège ! On a commencé notre groupe juste après la tragique période “baby rocker”, je pense que ça nous a donné envie de faire les choses différemment.

Léon : On s’est rencontrés entre la fin de la Tecktonik et le début de l'avènement de la pop anglaise (Late of the Pier, Metronomy). Tino : Au fond, on avait envie de faire comme Pascal Obispo et Mika, devenir des étoiles montantes de la pop en France et remplir des Zéniths, donc on a laissé nos skates de côté et on s’est attelé à nos premières chansons. Je me souviens d’un de nos premiers lives, à l’Elysée Montmartre, j’ai sauté dans le public et j’ai été malaxé par tout le monde (je n’étais même pas majeur jadis).


En écoutant Lemon Lord, on pense tout de suite à la clique des « slackers » nord-américains (Mild High Club and co...).


Léon : C’est des artistes qu’on aime écouter mais dont on ne s'inspire pas forcément pour composer.

Jonas : On les adore, mais je trouve que c’est un peu les artistes qu’on utilise à tout va pour comparer les groupes d’aujourd’hui, donc, à mon sens, ça ne veut presque plus rien dire. Je pense aussi qu’il faut distinguer les influences d’intentions et les influences de sonorités.

Tino : Jamais entendu parler de ces artistes. Solal : Croyez le ou non, mais on s’est plutôt inspiré de Snoop Dog et de Kendrick Lamar pour certains sons de batterie dans l’album.


C'est quoi le cool ?


Jonas : C’est un mode du micro-ondes.

Léon : Je crois que ça veut dire “frais” en américain.

Tino : Le cool, c’est un chien saucisse qui est allongé sur une chaise longue fumant une énorme clope avec une citronnade entre les pattes, tout ça en regardant Rubber à la télé.

Solal : Le meilleur exemple du cool c’est La Crampe, le 5ème membre du groupe.



Vous arborez un look décomplexé, avec un côté dandy excentrique et décalé (« John Lemon ») et vous mettez en scène tout un monde peuplé de figures emblématiques (Seigneur Citron, La Crampe…) plus ou moins subversives que l’on retrouve par ailleurs dans une BD. Tout ça, c’est pour la blague ou c’est du sérieux ?


Tino : Personnellement, je ne fais jamais les choses à la légère. Si je dois faire quelque chose de décalé ce sera toujours avec beaucoup de sérieux et vice versa.

Léon : Au début on s’est amusé à imaginer tout ça, après c’est devenu sérieux. Maintenant c’est une religion.

Jonas : J’ai l’impression que la limite sérieux/pas sérieux est de plus en plus floue, voire inexistante, c’est une marque de notre temps. Pour beaucoup de projets, comme Thundercat, Donny Benet, Salut C’est Cool, Faux Real, quelle est la réponse ? C’est cette sincère ambiguïté qu’on aime.

Solal :Chacun voit midi à sa porte”.


On a mentionné La Crampe, vous pouvez nous en dire plus sur cette collaboration avec cette personne étrange qui semble tout droit sortie d’une dark room berlinoise ?


Solal : il m'envoie souvent des MP avec des photos de lui. Depuis le temps, j'avoue être curieux sur son identité. À part ça, c'est un génie des temps modernes.

Léon : Son seul but est de faire de l’ombre à Polycool. Je ne sais pas qui c’est mais je suis fan.

Jonas : L’album de La Crampe, c’est une ode à la spontanéité. Je pense que sa musique sera redécouverte dans 20 ans et qu’on comprendra enfin son sens caché.

Tino : J’ai rencontré La Crampe dans une cave du Berghain. On le prend pour quelqu’un de violent mais pas du tout. Ses clips sont très émouvants.

La Crampe : Merci mes fans, allez voir mon site web : http://polycool.cool/LaCrampe


Dans Lemon Lord, on trouve beaucoup d’odes au soleil, à l’amour, à la détente, bref des chansons pop avec de très belles compositions mais aussi des titres plus expérimentaux avec notamment "Gravitational Collapse"… comment s’est déroulé le processus de création et de parution de l'album ? 


Léon : La composition est venue naturellement durant les deux années avant l’enregistrement, et après avoir mis nos idées en commun, une odyssée de 22 morceaux a pris forme. On en a sélectionné une dizaine et écrit quelques-uns en plus. En parallèle, on écrivait l’histoire du Seigneur Citron.

Tino : En réalité, c’est au cours d’une descente d’Ayahuasca que le Seigneur Citron m’est apparu la première fois. On a découvert que les chansons étaient déjà entièrement dans notre tête, il ne restait plus qu'à les enregistrer!

Solal : Heureusement, on eu la chance d'être bien entourés. Entre autres par Alexis Fugain de Biche, qui a su comprendre nos maquettes et les sublimer, tout en sachant nous remettre dans le droit chemin quand on s'égarait trop. Pour mettre tout ça en images, on a pu compter sur nos amis vidéastes de longue date Clément Métayer et Léo Schrepel. La sortie de cet album a demandé beaucoup d’organisation et n’aurait pas pu voir le jour sans l’aide de Sophie Newman, notre manageuse. Merci à eux ! (Et à tous les autres, ils se reconnaîtront).

Jonas : Sans label, c’était un travail gigantesque d’organiser la sortie de l’album. La création de l’artwork, la production du vinyle, les clips, la presse, le merch, les concerts, on fait presque tout nous mêmes. Tous ces sujets ont rempli nos cerveaux pendant un an et demi. La sortie, c’était un moment étrange, entre émotion et excitation. Au final, on a eu des articles très agréables dans la presse, une release party géniale, et on a reçu des beaux messages du monde entier pour nous remercier de l’album, notre vinyle voyage, et tout ça c’est parfait.


C'est quoi votre actualité du moment ? 


Léon : On compte bouger de Paris, tenter l’Allemagne et la Suisse d’ici cet été.

Solal : On a déjà beaucoup d’idées et des maquettes en pagaille, mais vous l'avez compris, ça nous prend du temps de mettre tout ça au propre.

Tino : Des tournées à venir en effet, j’attends ma prochaine expérience mystique afin d’écrire de nouvelles chansons.

Jonas : Si Monsieur Koichi Hagiuda (ministre de la culture du Japon) lit cette interview, nous souhaiterions venir faire une tournée chez vous. Merci.


Le mot de la fin ?


Jonas : Bulbizarre.

Tino : Sagittaire.

Léon : Polyfrais.

Solal : Croustibat.



Polycool est à retrouver en concert le 14 mars prochain au Hasard Ludique, dans le cadre de la soirée Populous #6 by Tourtoisie Music.


Propos recueillis par Jules de Saint-Michel.


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