Plan Clip #9 (spécial animé) : Claire Laffut, Moussa, Panache! …

Mis à jour : mai 14

Parce que les clips sont parfois de véritables bijoux, dignes de chefs-d'œuvre cinématographiques ; qu’ils sont le reflet visuel de l’univers musical de l’artiste. Parce que l'œil de l'équipe réalisation d’un clip a également son importance ; parce que leur vision artistique et leur rôle ne sont pas à négliger. Parce que mettre la musique en images donne parfois une seconde lecture à un morceau, on a souhaité analyser tout ça, pour vous : voici la rubrique Plan Clip.


Alors que le confinement touche à sa fin en France, nous vous avons concocté un numéro spécial. Au programme : une sélection de nos clips animés favoris, sortis durant cette période, qui fut certes compliquée, mais qui n'aura pas su mettre un frein à la créativité artistique.


Moussa, “Surface”

Une silhouette élancée, découpée devant le bleu du ciel, domine une dune de sable. C’est ainsi que Moussa décide de se présenter au monde, sur la pochette élégante de son premier EP, Surface. Un quatre titres aussi puissant que doux, bâti sur des mélodies cotonneuses et des textes languissants. Après avoir dispersé plusieurs titres au cours des dernières années (dont les sublimes "Cabrioli", "Lou Ferrigno", "Elément") et assuré les premières parties du groupe bordelais Odezenne, le chanteur met enfin les deux pieds dans la cour des grands.


Quelques semaines après la sortie de Surface, Moussa revient avec un clip entièrement composé d’extraits de films ou de séries d’animation japonaise. Si les long-métrages de la maison Ghibli ont la part belle, bien d’autres oeuvres cultes se mêlent à ce montage. Le carnet maudit de Death Note, l’héroïne perturbée de Perfect Blue, réalisé par Satoshi Kon, ou encore le motard de Akira, que Moussa évoquait déjà dans le morceau Bleu Ciel. Un mélange de créations angoissantes et sinistres, teintées d’histoires troubles et d’hémoglobine. Une imagerie à mille lieux du texte de “Surface”, baignant plutôt dans l’innocence des premières amours.


© Perfect Blue, Satoshi Kon (1997)

Ma p’tite copine elle est bonne / On s’fait des bisous sur le banc” déclare le chanteur sur une production vaporeuse. Loin des terreurs apocalyptiques de Akira, “Surface” est un hymne aux amours d’été, sur des airs de ritournelle adolescente, qui correspond aux paysages apaisés d’Hayao Miyazaki, de Kiki, la petite sorcière à Si tu tends l’oreille. Moussa loue ces moments de plénitude passés à se prélasser comme à s’enlacer, avant de glisser vers des thèmes plus sombres : “Tombe pas amoureuse j’suis une bombe” prévient-il. “Fallait pas m’traiter d’sale arabe / J’te nique ta grand-mère sous l’préau” assène-t-il sur la fin du morceau, toujours sur une mélodie aussi douce que ses mots sont tranchants.



Lolita Mang


Claire Laffut, “Étrange Mélange”


Deux ans après la sortie de son premier EP Vérité, Claire Laffut revient avec « Étrange Mélange » - un nouveau single pour lequel elle a collaboré avec le producteur et multi-instrumentiste Gaspard Murphy. Parce que la talentueuse chanteuse belge est également plasticienne, ce titre s’accompagne d'une animation originale, reprenant une toile qu’elle a réalisée, intitulée « Mirage de l’Amour fini ».


Le clip s'ouvre en gros plan sur une palette de peinture - on y voit Claire Laffut elle-même qui, du bout de son pinceau, insuffle la vie à cette oeuvre. Les spectateurs.trices sont très vite immergé.e.s dans cette mystérieuse toile. L’effet est immédiat. La peinture, que la caméra ne laisse entrevoir que par détails, devient alors une ouverture sur un monde qui n’est plus que souvenirs. Sur fond de guitare tropicale, l’artiste belge vient ainsi nous compter l’histoire d’une « passion révolue qui atteint un point de non-retour avec ses regrets (...) et ce désir qui demeure ».


La peinture aux couleurs flamboyantes évolue sous nos yeux grâce au sublime travail effectué par le studio de création vidéo Eternitease, accompagné de Claire Laffut et Samy Ayachi à la réalisation. L’air s’empreint d’un mélange étrange, certes, mais euphorisant, entre sensualité (« on fait d’étranges mélanges / salive des anges, suçons du diable ») et nostalgie (« je rêvais d’une autre histoire, mais nos destins se séparent »). Ce ciel de toutes les couleurs vient alors nous bouleverser, changeant du tout au tout comme pour venir illustrer « la dérive aux larmes, des rires aux drames » à la perfection.


Non sans rappeler le réalisme naïf du Douanier Rousseau, « Étrange Mélange » nous fait l’effet d’une véritable évasion simplement magique. Alternant entre plans d’ensemble et gros plans (Rafael Deprost à la caméra), la vidéo dévoile au fur et à mesure des symboles très forts : un serpent qui grimpe à l’arbre et recrache un coeur humain, une échelle en or qui évoque « la montée et la descente de l’amour », ce mystérieux jeune homme assis face à l’horizon, dont le visage restera inconnu jusqu’à la fin.

Le premier album de Claire Laffut est à paraître prochainement.


Laura Gervois



Panache!, "Magnetic"


Un an s'est déjà écoulé depuis la sortie du premier EP éponyme de Panache!. En attendant de pouvoir dévoiler un nouveau projet, le quintet à la dream pop aussi funky que voluptueuse nous propose une alternative à leur morceau « Magnetic ». Cette adaptation, magnifique et envoûtante, vient s'illustrer d’une lyrics vidéo animée et colorée.


Réalisée par Mathilde Vogt, qui prouve ici toute l’étendue de son talent et de son imagination, « Magnetic » vient mettre un peu de couleur (violet pastel) dans notre quotidien bien monotone. L’illustratrice, qui mêle « références à la vie quotidienne et éléments hors du sujet» à une certaine poésie, est parvenue à transformer les transports en commun en un dancefloor sensuel et enivrant. Deux niveaux de réalité bien différents qui se confondent à merveille.


De tous les personnages, une seule devient vite le centre de l’attention : cette jeune femme, tout de noir vêtue, qui danse d’abord seule, puis au milieu d’une foule en connivence. Une femme qui nous fascine, si bien qu’il devient difficile de la quitter des yeux. C’est intentionnellement que Vogt fait surgir cette idée d’obsession - une obsession dénuée d’arrière pensée, presque saine -, en ajoutant à son dessin des néons et des yeux déclinés en plusieurs motifs. Le magnétisme du titre, obtenu grâce à un refrain entêtant et une ligne de basse omniprésente, se retrouve alors transposé à l’écran.


Vogt retranscrit ici l’univers musical de Panache! à la perfection, tout en laissant libre cours à son interprétation personnelle. Combinaison idéale d’une pop funky d’un côté, puis d’un univers graphique mystérieux et poétique de l’autre, « Magnetic » s’impose ainsi comme une oeuvre d’art hypnotisante. « Magnetic » est donc « une déclaration d’amour aux inconnu.e.s » où chaque personne y trouve sa place.


Laura Gervois



Zuukou Mayzie 667 ft. Freeze Corleone 667 - “Qui-Gon Jinn (Combat Final) S01/E12”


Connu pour ses featurings avec Oklou, Lala&ce ou encore Doums, le rappeur Zuukou Mayzie, membre du collectif 667, passe à présent à l’étape supérieure avec la compilation Primera Temporada (667 x Jeune à Jamais). Ce nouveau projet, qui prend la forme d’une mini-série animée, retranscrit à l’écran son identité musicale si singulière, à mi-chemin entre rap et pop culture. « Qui-Gon Jinn (Combat Final) S01/E12 » feat. Freeze Corleone 667 en est la parfaite illustration.


L’auteur-interprète fait toujours preuve d’éclectisme, influencé aussi bien par l’eurodance que l’électro. Accompagné de Freeze Corleone, il signe ici un rap franc, frôlant la nonchalance, chargé en punchlines et en références. Réalisé par Lancelot Bernheim aka You’re So Cool et 667 Entertainment, cet épisode spécial nous plonge dans les aventures futuristes et post-apocalyptiques des deux rappeurs, entre fabrication de drogues, mise en place de dictature militaire, et combats spatiaux (Denis aux effets visuels).


Une géante référence à la pop culture et une ode au 667. Si le maître Jedi Qui-Gon Jinn (Star Wars) est la plus évidente, de nombreuses autres références se glissent tout au long du titre et du clip, de Stargate au Seigneur des Anneaux, en passant par Pokémon, Les zinzins de l’espace, ou encore Pirates des Caraïbes, Même la boisson Fanta fait des apparitions furtives. D’après un dessin de Zebla, l’épisode se démarque de par une ambiance unique, telle une bande dessinée obscure et légèrement comique.

Primera Temporada est disponible sur toutes les plateformes de streaming depuis le 9 avril dernier.


Laura Gervois


Pléthore, “Home”


Faisant suite à un premier EP intitulé L, Pléthore nous a récemment surpris avec la sortie du morceau « Home ». Avec ce clip animé, le quatuor aux influences jazz et électroniques nous propose un voyage hors de l’espace-temps, dans une dimension lointaine difficilement identifiable mais si rassurante. Une expérience sensorielle qui n’a rien d’étonnant car le groupe d’architectural soul s’applique, depuis ses débuts, à entretenir une relation entre espace et son.


L'ascension sera progressive mais intense. Si ce clip en noir et blanc commence tout en douceur, il en annonce rapidement la couleur. La figure de Pléthore - un homme casqué - regarde par la fenêtre avant de s’évader dans un monde imaginaire. Nous découvrons alors un dessin très structuré, très géométrique, au sein duquel les possibilités semblent infinies. « You better stay home » scande le chanteur, comme pour entrer en résonance avec les récents événements. Seulement, son ton n’a rien de moralisateur. « Your thoughts can drift away » ajoute-t-il, car, oui, « Home » se veut être une invitation aux rêves.


Une réalisation et une animation de Maxime Baïle (studio Bijoute) faite à partir d’un dessin original de Camille Lemeunier. Au fin fond du désert ou en apesanteur dans le cosmos, les percussions et les synthétiseurs de Pléthore résonnent à merveille. Loin de la réalité, ce personnage énigmatique, qui marche droit devant lui, se retrouverait-il ainsi seul face à lui-même ? Une chose est sûre, c’est qu’avec cet animé, Pléthore réalise une prouesse : le groupe nous aide à nous évader tout en invitant chacun à « réfléchir à notre fonctionnement actuel et comment changer les choses au sortir de cette crise… ».

Découvrez « Home », un titre écrit et enregistré tout au long du confinement.


Laura Gervois


Tonton Widcoq, "1984" feat. iTo Music


De sa plume acérée mais habile, Tonton Widcoq (du label Bringue) s’applique toujours à nous transporter, et ce de plus en plus loin. Seulement, le rappeur ne se contente pas d’utiliser des mots pour nous faire voyager - les images y sont également pour beaucoup. A l’instar du titre « Insouciant », Tonton Widcoq dévoile un second clip animé, derrière lequel on retrouve à nouveau Dewey Bah Vasy. Avec « 1984 feat. iTo Music », les deux artistes continuent de nous conter leurs histoires.


La lenteur. C’est la première chose qui nous saute aux yeux quand on visionne « 1984 ». Loin d’être une chose négative, cette lenteur nous permet de prêter attention à chaque élément du dessin, si riche en détails. Une ville industrielle qui tombe en ruines. Des personnages noirs et blancs, seuls face à leur désespoir, qui nous entraînent peu à peu dans leur chute. Des bras bioniques. Des jets d’encre noire qui coulent sur leurs joues… Vous l’aurez compris, le clip, au style digne d’un véritable animé, prend très vite des allures de fin du monde.


Entre des changements de plans très pertinents et une sélection de couleurs un peu passées, nous voici immédiatement happés dans cet univers unique. « 1984 » vient alors mettre en images un rap aux paroles profondes, qui traduisent un certain mal de vivre, sans être dénuées d’une touche d’espoir. « Par ici, on saigne. À Paris, ça devient si nocif, ouais je veux me barrer d’ici » dit la voix de Tonton Widcoq qui résonne dans nos têtes.


Laura Gervois


Le Motif, "NEXT"


A l’origine producteur et topliner (notamment pour des artistes tels que Booba et sa soeur Shay), Le Motif a récemment dévoilé un nouveau single et clip intitulé « NEXT ». L’histoire «d’une relation amoureuse du XXIème siècle, entre désir et rejet, haine et amour » que l’artiste belge a souhaité mettre en images. Une véritable vidéo-collage à travers laquelle il laisse libre cours à son imagination.


Confinement oblige, cette vidéo, pour laquelle il a fait appel à Ady&Matt à la réalisation et Jo&Co à la production, a été tournée dans son salon. Le fond vert laisse rapidement place à des paysages surréalistes et disproportionnés dans lesquels Le Motif se met en scène. L’artiste se dédouble, puis se téléporte d’un champs de tournesol à un volcan en éruption. Une jeune femme, malheureux objet de toute son attention dont il ne peut se défaire, surgit à plusieurs reprises. Les couleurs vives matchent parfaitement avec ce titre aux sonorités entraînantes.


« Réelle introspection émotionnelle sur la relation avec l’être aimé », « NEXT » vient illustrer une relation amoureuse moderne dans toute sa splendeur : fusionnelle, compliquée et tumultueuse. Le Motif et son équipe ont ainsi parfaitement réfléchi la direction artistique du clip. Les éléments surréalistes viennent ainsi illustrer un perpétuel combat, une forte dualité entre ce que la raison d’un côté, et ce que nous dit notre coeur de l’autre.

Laura Gervois


Geeeko, "Crazy" ft. Tsew the Kid


Difficile de parler la scène rap qui fourmille à Bruxelles en ce moment sans évoquer de Geeeko. Après s’être mis en scène dans plusieurs clips, dont le fabuleux double clip « Fuckd Up / Fendi » de Johann Dorlipo, le rappeur dévoile à présent une vidéo animée en 2D pour son nouveau single « Crazy » en featuring avec Tsew the Kid (extrait de la mixtape RÉEL).


Dessiné et animé par l’illustrateur et motion designer Thomas Silvert, le clip de « Crazy » dévoile un même plan fixe. Sur celui-ci, se trouvent deux personnages masculins dos à dos qui ressemblent comme deux - quatre - gouttes d’eau aux deux artistes. Si le dessin paraît simple, ce n’est qu’une impression. Car toute la direction artistique a été pensée pour représenter l’univers musical et visuel de Geeeko, jusque dans le choix des couleurs (un bleu et vert fluo).


« Crazy » vient alors nous conter une relation qui s’épuise, qui n’est plus qu’à sens unique. À l’écran, une fille entame une longue et interminable chute - symbole de sa folie et de son acharnement. En parallèle, les mots de Geeeko et Tsew the Kid se font brutes et francs. «Crazy » nous fait l’effet d’une claque.

La mixtape Réel est disponible sur toutes les plateformes de streaming.


Laura Gervois

TOURTOISIE MUSIC

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