Plan Clip #5 : Laake, Ian Caulfield, BAASTA!, P.R2B & Yseult

Mis à jour : oct. 7

Parce que les clips sont parfois de véritables bijoux, dignes de chefs-d'œuvre cinématographiques ; qu’ils sont le reflet visuel de l’univers musical de l’artiste. Parce que l'œil de l'équipe réalisation d’un clip a également son importance ; parce que leur vision artistique et leur rôle ne sont pas à négliger. Parce que mettre la musique en images donne parfois une seconde lecture à un morceau, on a souhaité analyser tout ça, pour vous : voici la rubrique Plan Clip.


Pour le grand retour de notre rubrique Plan Clip, ce n'est pas trois ni quatre clips que nous allons vous présenter, mais bien six. Six clips, tous aussi singuliers les uns que les autres.


LAAKE, "Run"


Avec son nouveau clip "Run", sorti le 31 janvier, Laake dévoile le premier extrait de son premier album O et nous emmène en voyage en l’espace de quatre petites minutes.


Un décollage tout en douceur avec un plan tourné au drone qui montre la mer et les rochers des côtes Normandes, installant bien le décor de ce clip réalisé par Vincent de la Rue et produit par Paume. Puis, nous revenons sur terre et suivons ce mystérieux protagoniste qui se balade dans les collines. Depuis les cieux, le jeune homme aperçoit une barque dans laquelle se trouve un vieux pêcheur qu’il semble reconnaître : les perturbations commencent.


Nous voici alors pris dans une course folle, alternant les plans drônes (opérés par Kevin Lomprez) et les plans subjectifs, caméra à l’épaule, qui s’équilibrent pour donner un côté aussi anxiogène que planant. Comme pour nous laisser respirer juste avant l’étouffement.


Un superbe jeu d’acteur de la part de Lucas Mortier qui court, déterminé, à la recherche de quelque chose dont on ignore la nature. Il rentre dans une transe totale, allant jusqu’à s’étrangler lui-même. Puis, ce dernier se jette à l’eau, c’est le crash, et il nous noie avec lui grâce à la caméra sous-marine.


© Vincent de la Rue, "Run" de LAAKE

Mais, quand on arrive enfin à destination, quand on retourne à la barque vue précédemment, on se rend compte que le pêcheur n'y est plus présent ; c’est notre jeune protagoniste qui a pris sa place. On finit enfin par reprendre doucement notre respiration...


Un clip tout en finesse qui réussit à nous narrer une histoire, tout en étant hyper esthétique et poétique. Un joli challenge : une vidéo en parfaite harmonie avec ce son planant du producteur de musiques électroniques Laake, qui nous tient en haleine jusqu'au bout.



Ian Caulfield, "Pas grand chose"


Après un projet musical en anglais, Ian Caulfield revient avec tout autre chose. Si l'artiste conserve son nom de scène, c'est bien la seule chose qui reste inchangée. Car, si la langue dans laquelle il chante est différente, son univers l'est tout autant. On vous invite à plonger la tête la première dans cet univers justement si singulier, grâce à un premier titre et clip, qui sont bien loins d'être "Pas grand chose".


Dès le début du clip, la caméra, pourtant très rapide, dévoile vite le contexte : Ian Caulfield y incarne un personnage enfantin dans une cabane au fond d'un bois. Celui-ci "dessine ses rêves sur du papier froissé". Le lieu, les dessins accrochés au mur, les vêtements jusqu'à ses gestes, le reflet dans le miroir... Tous les éléments ont été réunis pour nous faire penser à un enfant. Un effet voulu, finalement logique, qui vient ainsi parfaitement illustrer cette pop juvénile, pour lequel il a enregistré avec les chorales de la classe de CP de l'école primaire de Sillery et la chorale onze/douze ans de l'école de musique de Sannois.


© Nicolas Garrier, "Pas grand chose"

Ce clip dévoile peu à peu ce monde d'enfant, soit un monde d'amis imaginaires, de rêves et de cauchemars. Un monde fantastique et irréel. À l'image de la musique de Caulfield, l'atmosphère qui y plane est un peu étrange, quoique teintée d'une mélancolie douce et poétique. Ce sentiment est le résultat d'une technique et d'un montage au point d'un côté – le jeu entre lumière et obscurité n'y est certainement pas pour rien, et de l'incroyable décoration d'Ingrid Faye (cheffe décoratrice) et d'Arthur Deshayes (décorateur maquettiste) de l'autre.


À mi-chemin entre le Big Fish de Tim Burton et le Paranoïd Park de Gus Van Sant, ce clip, écrit, réalisé et produit par Nicolas Carrier, ne cache pas son intention : nous confronter directement à un univers fantasmagorique, où influences littéraires, références cinématographiques et rêves d'enfants se mélangent, représentant ainsi parfaitement la voix rauque et juvénile de Caufield.


Les plans alternent entre différents éléments effrayants : les ombres du grand méchant loup, une cabane à oiseaux, le visage apeuré de divers protagonistes, cette femme qui tombe dans son sommeil... Et nous, on a l'impression de voyager entre plusieurs univers parallèles.



BAASTA!, "Choisis la vie"


BAASTA!, c'est ce duo post-punk singulier originaire d'Arras. Inspiré de la musique des working class heroes – on peut notamment citer Sleaford Mods et Slaves, le groupe ne doit pas vous être totalement inconnu si vous l'avez déjà croisé en première partie de MNNQS ou The KVB. En attendant la sortie de son premier album PAANIC, prévu pour le 14 février prochain, BAASTA! a récemment dévoilé le clip original de "Choisis la vie".


Si ce clip, signé Fosbury Production, est si original, c'est parce qu'il prend la forme d'un jeu vidéo : un jeu vidéo de type arcade, pour lequel l'écran, en noir et blanc, a été scindé en deux. Ces deux images dévoilent ainsi deux joueurs. Ce sont donc deux narrations différentes qui s'offrent à nous, qui se déroulent peu à peu, mais à l'envers ! À noter également, ce petit effet rétro, qui nous fait voyager dans le temps, et qui est exacerbé par la police utilisée, ainsi que par ces petits cœurs, soit les vies des joueurs, que l'on retrouve en bas à droite de chaque partie.


© Fosbury Production, "Choisis la vie" de BAASTA!

Un jeu vidéo qui semble bien compliqué : deux joueurs face à la vie (et ses tracas). Entre vieux bar de PMU et cuisine où la vaisselle s'empile, l'ambiance est un peu morose. L'atmosphère est un peu triste ; les deux protagonistes semblent perdus, confrontés à leurs démons. Un certain désespoir plane, venant ainsi contraster avec l'énergique musique de BAASTA!. "Arrête l'alcool, la drogue... choisis la vie" déclare alors le chanteur, comme pour venir secouer ces deux personnages égarés. Et il nous secoue aussi, par la même occasion.



P.R2B, "La chanson du bal"


Si le médium premier de P.R2B reste tout de même la musique, celle-ci ne se contente pas d'écrire et composer ses chansons. Diplômée de la FEMIS, Pauline Rambeau de Baralon – de son vrai nom – auto-produit également ses clips. Préparant la sortie d'un prochain EP, elle vient alors nous surprendre avec "La chanson du bal" (produit par Auguste Bas).


Le début du clip est prometteur : le clip s'ouvre en effet sur un mouvement de caméra rapide. Des immeubles. C'est l'étourdissement. Cette scène ne dure que quelques secondes à peine, et nous voilà déjà en train de poursuivre une protagoniste dans les couloirs sombres d'un manoir (il s'agit du Château de Champlatreux). Le contraste des images est fort, et donne tout de suite le ton (chef électricien Colin Lefebvre).


La caméra suit alors ce personnage, incarné par P.R2B elle-même, rejoignant une fête qui bat déjà son plein. Les différents plans rapprochés qui alternent entre le visage de l'artiste et celui d'une autre femme nous font vite comprendre qu'il s'agit d'un souvenir douloureux. On ignore la raison mais une chose est sûre : leur histoire n'est plus. Cette idée est d'ailleurs renforcée par plusieurs procédés techniques : le jeu de lumières qui jaillissent tels des lasers, et puis cet effet où toutes les personnes qui les entourent restent figées.


© Pauline Rambeau de Baralon, "La chanson du bal" de P.R2B

On apporte également une attention particulière à la direction artistique du clip. Les décors somptueux n'y sont pas non plus pour rien : les décors d'Alice Neuville et d'Ophélie Nicolas, les accessoires de Lena Desvigne et le stylisme de Giulietta Canzani s'allient à merveille pour donner cet effet légèrement vertigineux.


Sur une musique intense et puissante, les deux femmes finissent par s'enlacer. Sur d'autres plans, P.R2B danse librement. Si l'émotion est aussi dévastatrice, c'est parce que cette histoire parle à bon nombre. Musique et images ne forment alors plus qu'une seule et même entité. "Ma robe couleur de spleen et verre de gin [...]. Nous avions tout pour nous aimer, même en secret" déclare la chanteuse. Du clip et de la chanson, une douce mélancolie transparaît alors. Celui-ci nous montre bien que, finalement, chez P.R2B, musique et cinéma se confondent toujours.




BONUS : Yseult, "Corps"


Sorti il y a quelques jours, nous ne pouvions pas passer à côté de clip. Extrait de son second EP Noir, Yseult dévoile ici les images de "Corps", qui illustrent une chanson bien personnelle. Réalisé par Colin Solal Cardo, celui-ci est d'autant plus surprenant : il s'agit là d'un unique plan séquence de cinq minutes, filmé en pellicule 35mm Kodak.

Dans ce clip, Yseult donne de toute sa personne : agenouillée sur le sol d'un entrepôt a priori désaffecté, Yseult se retrouve pratiquement nue, ou du moins vêtue d'un habit transparent (Kevin Lanoy au stylisme). Un bras sur sa poitrine, celle-ci chante le combat qu'elle a mené contre son corps pendant des années. Un maquillage magnifique sur le visage (Patrick Lorentz - Esthée Lauder). Des railles l'entourent, formant ainsi comme une boucle autour d'elle, que la caméra va alors s'empresser de suivre. Une métaphore qui prend tout son sens.


Si rien ne semble se passer spécialement, l'atmosphère est cependant très lourde ; l'émotion est forte et intense, et s'abat sur nous comme un coup de tonnerre. Nos yeux sont rivés sur l'artiste. Cette impression est alors grandement renforcée par le lieu, très brut, et la lumière (Blaise Basdevant). Le message d'Yseult résonne dans nos esprits, comme il doit résonner dans celui de bien de femmes, de bien des personnes. Le combat est fini.




Par Tamina Manganas et Laura Gervois

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