Plan Clip #4 : Refuge, Airsouth & Omar JR

Mis à jour : 30 déc 2019

Parce que les clips sont parfois de véritables bijoux, dignes de chefs-d'œuvre cinématographiques ; qu’ils sont le reflet visuel de l’univers musical de l’artiste. Parce que l'œil de l'équipe réalisation d’un clip a également son importance ; parce que leur vision artistique et leur rôle ne sont pas à négliger. Parce que mettre la musique en images donne parfois une seconde lecture à un morceau, on a souhaité analyser tout ça, pour vous : voici la rubrique Plan Clip.


Refuge, "2K16"


Hybride, nostalgique, captivant… Mille mots ne suffiraient pas pour décrire l’univers musical de Refuge, tant celui-ci réussit à nous ensorceler à chaque fois. Après un premier album intitulé Brokenbird (2016) et une tournée, l’artiste prépare son retour pour mars 2020. En prévision de la sortie de son second opus, réalisé par Igor Ramonatxo, celui-ci a dévoilé le clip de “2K16”. Un clip aussi fort que déroutant.


Réalisé par Hugo Pillard, “2K16” a des airs de voyage initiatique ; de voyage à l’intérieur de soi-même. Dans celui-ci, Refuge (Florian Bertonnier, de son vrai nom) entreprend de parcourir une terre dévastée et de conjurer le passé, avec, à ses côtés “une femme à l’aura mystique” (Flavie Paillard). Ces images, à la symbolique forte, viennent accompagner cette pop intense et mélancolique, qui mêle beats électroniques et sonorité indiennes.

© 2K16, Refuge par Hugo Pillard

Le résultat est magnifiquement étourdissant, carrément ensorcelant. Si “2K16” nous fait un tel effet, c’est parce que la narration de celui-ci semble s’aligner sur ces sonorités ; les procédés techniques n’y sont pas pour rien là-dedans. Car, le début du clip est particulièrement lent, mais les plans s’enchaînent ensuite très rapidement. Entre les plans rapprochés, les gros plans sur les personnages (1.21 ; 1.54 ; 2.02 ; 2.13) et ceux sur les détails (les pas effrénés ; les flammes ; le bouquet de charbon bleu…), tout semble surgir sur l’écran. La caméra nous offre parfois une vue en contre-plongée sur l’artiste (0.54 ; 1,31), nous invitant ainsi à le suivre discrètement.


© 2K16, Refuge par Hugo Pillard

D’autres éléments, également importants, ne nous ont pas non plus échappé : les vêtements traditionnels indiens ; la chorégraphie, qui semble faire partie intégrante de ce rituel ; les décors, parfois grandioses (2.34) et la dominance des tons bruns orangés, qui, tous ensemble, contribuent à rendre le tout plus mystique encore.



Le second album de Refuge, Hunger, à paraître en mars 2020 sur le label Pont Futur.


Airsouth, "Glowy" ft. Jumo


Airsouth, protégé du label parisien Kowtow Records (Monolithe noir ; Penelope Antena), a récemment dévoilé un nouvel EP intitulé Exhale. Mis à part une musique électronique aussi expérimentale qu’onirique, le producteur breton et son équipe s’appliquent toujours à créer un univers visuel bien particulier. Entre des pochettes d’album dessinées par l’artiste lui-même et le clip de “Glowy” ft. Jumo, ceux-ci n’ont pas fini de nous surprendre.


Petit bijou pour les yeux, “Glowy” est l’exemple même du clip qui cherche à désorienter les spectateurs et spectatrices, ou, au contraire, à laisser tous les champs des possibles ouverts. Réalisé par Chine Thybaud et Quentin Keriven, celui-ci nous emmène sur les traces d’une mystérieuse femme à cheval poursuivie par, ce qui semble être, une armée de soldates tout de blanc vêtues. Une course-poursuite qui adopte le rythme de la musique.


© Glowy ft Jumo, Airsouth, réalisé par Quentin Keriven

Alors que la caméra tourne dans tous les sens (1.17 ; 2.25) et attaque plusieurs angles, le clip gagne en gravité, en solennité. Les gestes des personnages se font machinaux. Leur regard, vide. Le décor est terne et triste ; de géantes colonnes grises viennent par exemple percer le ciel, gris lui aussi. Chaque détail nous rappelle ainsi une fiction dystopique. À l’image de la musique, le clip de “Glowy” se veut donc sublime et épuré, tout de même un peu brut et brutal.


© Glowy ft Jumo, Airsouth réalisé par Quentin Keriven

Outre la direction artistique, si le clip est aussi énigmatique, c’est parce que l’équipe réal n’a pas négligé la technique. Filmé en un unique plan-séquence remis à zéro à chaque cut, le clip suit une narration reculante et forme ainsi une boucle infinie. Cet effet, qui participe à rendre le spectateur encore plus confus au fur et à mesure qu’il “retombe sur ses pas”, était visiblement souhaité. Comme l’explique Quentin Keriven, le but était de faire en sorte que le spectateur “se rend[e] compte que l’élément déclencheur est identique à l’élément final [et qu’] il se demande : a-t-il été berné ? Est-ce une boucle temporelle ? Libre à lui de choisir…”. L’effet est réussi. “Glowy” nous laisse à la fois éblouis et bouche-bés.


OMAR JR, "Shadowz"


OMAR JR, groupe formé par El Nicolas des Casablanca Drivers et Martin Luther BB King des Naive New Beaters, a récemment dévoilé un tout nouveau clip pour "Shadowz", extrait de l'EP ALOHA 666 (2018). Avec cette Mezcal pop, OMAR JR nous emmène à leur tour en voyage. Un voyage, ou plutôt une quête, chargée en aventures et en émotions.


Bien que la caméra ne dévoile le décor que progressivement, grâce à de gros plans notamment, on se retrouve très vite plongés dans un univers hautement symbolique : une tête de mort, qui évoque le Dia de los Muertos ; un chapelet accroché au rétroviseur ; une Sainte Croix ; un homme, Omar del Diego de la Paz Junior.


© Shadowz, OMAR JR

Cet homme, un gourou sans secte dont le visage est recouvert d'un masque de lucha libre, parcourt le monde au volant de sa Ford Taunus 1979 depuis des décennies. Actuellement au Mexique, dans la province du Guerrero, celui-ci poursuit sa quête dans un seul et unique but : retrouver son père, qu'il n'a jamais connu.


© Shadowz, OMAR JR

Le clip, réalisé par s4v4g3 et Romain Leblanc, a beau être sublime et haut en couleur, il relate tout de même l'histoire d'un personnage en pleine tourmente, qui échoue et se voit dans l'obligation de faire son deuil. Aidé d'un élément, Omar Jr finit par se séparer des seuls objets qui le reliaient à son père, un masque, une chemise, une guitare et une voiture. Un clip bien plus profond qu'il n'y paraît au premier abord.


Omar JR sera en concert le samedi 4 janvier au Bus Palladium.

Par Laura Gervois.

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