Plan Clip #27 : Lujipeka (feat. S.Pri Noir), Elio Cantaclar, Irène Drésel & Mathilda

Mis à jour : juin 7

Parce que les clips sont parfois de véritables bijoux, dignes de chefs-d'œuvre cinématographiques ; qu’ils sont le reflet visuel de l’univers musical de l’artiste. Parce que l'œil de l'équipe réalisation d’un clip a également son importance ; parce que leur vision artistique et leurs rôles ne sont pas à négliger. Parce que mettre la musique en images donne parfois une seconde lecture à un morceau, on a souhaité analyser tout ça, pour vous : voici la rubrique Plan Clip.



Lujipeka, Putain d'époque (feat S.Pri Noir)


Pour ce retour en clip, Lujipeka nous dévoile les images du remix de son titre, sorti en octobre dernier, "Putain d’époque" avec S.Pri Noir.


Lujipeka et S.Pri Noir, c’est une histoire de complicité musicale qui naît du hasard des rencontres. Après s’être croisés à plusieurs reprises en festival, il a été naturellement décidé que les deux rappeurs se retrouvent en studio ensemble. C’est donc avec le compositeur du titre original, Seezy, qu’S.Pri Noir décide de rejoindre le membre de Columbine afin de réfléchir à un texte et l’enregistrer. Si l’on connaît un peu les deux rappeurs, la suite est évidente : la connexion est naturelle et immédiate, le titre sera enregistré en une journée.


Tout comme le clip de la chanson originale, c’est un nouveau projet décalé que nous propose Lujipeka. Si dans le premier clip - que l’on adore -, le rappeur Rennais était impassible face à une horde de zombies dévoreurs de kebab, c’est tout à fait autre chose ici. Toujours dans la nonchalance distinctive de Luji, les deux rappeurs sont assis à un arrêt de bus élaborant le constat de cette “Putain d’époque” dans laquelle ils vivent.


Puis, d’un coup, comme s’ils n'appartenaient pas vraiment à ce monde, ou plutôt comme s’ils ne le comprenaient plus, ils vieillissent et continuent de parler de ce qui se passe autour d’eux. La participation d’S.Pri ajoute un côté plus frontal et moins passif à la vision du monde apportée par ce morceau. Si la version solo adoptait un ton blasé et amer, ce remix est plutôt fâché et acide. On sent que l’accent est mis sur le décalage entre les deux rappeurs et leur époque, mais aussi et surtout sur l’énervement et l’irritation qui en découlent.


Finalement, c’est donc un remix qui propose un double avantage : pour ceux qui connaissaient le morceau original, il s’agit d’une redécouverte toute en nuances de la track - nouvelles paroles, nouveau flow, nouvelle ambiance… -, et pour les autres, c’est une excellente raison d’aller voir le premier clip, pour se rendre compte de l’exercice créatif qu’est le remix (auditif et visuel dans ce cas).


Nathanaël Miric




Elio Cantaclar - Yung Lean


En voilà un très beau premier clip. Elio Cantaclar débarque sur vos ondes, ambiance et look rétro, pour habiter vos oreilles. Nous, on kiffe.


Réalisé par le jeune Hicham B (Aoru), Yung Lean est un clip frais, aux références de cool kids (Sex Education, Malcom, Razmokets), où le chanteur explore ses doutes de carrière. Comme le rappeur éponyme de la chanson, "Yung Lean" se dessine en clair-obscur, paroles déprimées sur une production douce et rassurante. Ici, le jeune Elio exprime l'ennui et le plafond de verre d'une jeunesse des quartiers pavillonnaires, entre ville et campagne, entre deux mondes. Une chose est sûre, l'entêtant "j'suis un peu déprimé j'te le donne dans le mille" vous poursuivra.


Pour illustrer ce premier single, le clip a été tourné dans une maison pavillonnaire, montrant Elio, outsider d'une fête d'après-midi, humeur morose, paupières tombantes. Mention spéciale au petit pas de danse à 2 minutes 48.


Comme une nouvelle ère pour la musique française, Elio Cantaclar associe ici un rap français à des bases de rock indé, avec des paroles lancinantes, loin de l'ego-trip et revendicatrices d'un mal-être. On ne sait pas pour vous, mais nous, on a hâte de voir ce que donnera la suite !


Prisci Adam



Irène Drésel - Bienvenue


Tiré du nouvel album d'Irène Drésel intitulé KINKY DOGMA et prévu pour le mois de juin, voici le premier titre qui le constitue, "Bienvenue". Grâce au clip réalisé par Mika Benard et Gilles Degivry, Irène nous emmène dans un univers énigmatique.


Truffé de symboles, le clip est subtil mais très évocateur. Il se déroule dans un petit cabinet, où Irène et son percussionniste Sizo Del Givry, manipulent des fioles colorées, les expérimentant comme des apothicaires. Grâce à un jeu de cartes florales, Irène, à mi-chemin entre chimiste et diseuse de bonne aventure, nous présente implicitement l'intégralité de son futur album. Sur chacune de ces cartes apparaissent une fleur, le nom d'un titre et sa numérotation associée, indiquant le placement des morceaux dans l'album. La première carte tirée étant évidemment celle du morceau inaugurateur de l’album, "Bienvenue", voici l'invitation à un jeu particulier multisensoriel, orchestré par les deux artistes...


Les jeux de couleurs sont doux et tamisés, dans une palette rosée-bleutée-violacée. Au fil des cartes tirées, les deux acteurs s’échangent des fioles, les inhalent ou les boivent, provocant des effets pas toujours contrôlés, allant du fou rire aux hallucinations. Le panneau scintillant se tenant derrière eux fait office d'indicateur émotionnel des artistes, au fur et à mesure qu'il change de couleur. Enfin, lorsque la cabinet se transforme presque en salle de club embrumée, Irène et Sizo sont plus que jamais emportés par la musique et l'effet des fioles, entre états de transe, danses égyptiennes et compositions de piano sur la console-miroir.


Le décor regorge de détails, comme pour illustrer le travail d’orfèvre de la conception d’un album. Les fleurs sont omniprésentes dans ce clip, tant dans la pièce que sur les cartes divinatoires d’Irène. Sur le dos de celles-ci, on aperçoit le dernier logo d’Irène Drésel incrusté à la manière d’un cachet de cire, symbolisant sa nouvelle identité artistique. Des détails plus personnels se sont aussi nichés dans la scène comme la photo de mariage des grand-parents d’Irène ou le portrait du chien que Sizo Del Givry avait pendant son enfance, près de la petite lampe. Enfin, l’emplacement des deux artistes n’est pas non plus laissé au hasard. Sizo Del Givry se tient à la gauche d’Irène Drésel, comme ils ont pour habitude de se tenir sur scène. Mais alors pourquoi tient-il un arrosoir dans ses mains ? Tout simplement une métaphore qui représente l’apport de ses percussions aux compositions de son binome.


Bien qu’un peu moins techno que les autres morceaux du futur album, "Bienvenue" est une belle expérience, dont la suite sera à suivre au mois de juin ! « Bienvenue, bienvenue, soyez les bienvenus », telle est la phrase répétée par Irène, comme une invitation dans son univers aussi singulier qu'envoûtant…


Clara Jouaux-Savinien




Mathilda - (It Could Have Been) Love


Avec son premier single, (It Could Have Been) Love, Mathilda illustre le retour des années 60 dans la musique actuelle. A son écoute, on est frappé par un univers qui la rapproche de Lana Del Rey, aussi bien dans la mélancolie qui caractérise sa voix que dans les sonorités qui nous enveloppent.


Le clip de ce morceau prend place en Andalousie, plus précisément à Almeria, terres foulées par Tarantino ou encore les frères Cohen. Avec celui-ci, elle présente un travail que l’on peut sans hésitation qualifier de cinématographique. L’artiste l’a co-réalisé avec Johann Dorlipo qui a notamment collaboré avec Disiz la Peste, Luni ou encore Luidji.


Ancré dans un décor western, le clip s’ouvre sur Mathilda, vêtue d’une robe blanche, de dos, regardant par une fenêtre dans la noirceur de la nuit. Elle se retourne, nous regarde avec intensité en fumant une cigarette puis, changement de décor. Elle nous embarque dans les montagnes arides Andalouses et nous la suivons au volant de sa voiture. Cet environnement naturel détonne avec sa robe de soirée noire et son maquillage impeccable. Comme une héroïne moderne qui n’a peur ni de séduire ni de se salir.


S’en suit une rencontre avec un bel homme qu’elle embarque dans des virés nocturnes. Dans cette entreprise, l’artiste apparaît sûre d’elle, presque manipulatrice et déterminée à avoir ce qu’elle veut, quitte à adopter un comportement excessif. Certains plans nous embarquent comme nous aimerions l’être dans une histoire d’amour, avec passion et risques. Mention spéciale à Audrey Le Pladec, styliste, pour les tenues de l’artiste qui jouent un rôle presque central.


Agathe Pinet