Plan Clip #24 : NTO, FLUPKE, Iliona, KLS, Aoru & spilltab

Mis à jour : mars 25

Parce que les clips sont parfois de véritables bijoux, dignes de chefs-d'œuvre cinématographiques ; qu’ils sont le reflet visuel de l’univers musical de l’artiste. Parce que l'œil de l'équipe réalisation d’un clip a également son importance ; parce que leur vision artistique et leurs rôles ne sont pas à négliger. Parce que mettre la musique en images donne parfois une seconde lecture à un morceau, on a souhaité analyser tout ça, pour vous : voici la rubrique Plan Clip.



NTO – "Invisible"


Dans le tournant de sa carrière, NTO surprend de nouveau avec « Invisible », son tout dernier titre qu’il accompagne d’un superbe clip. Après avoir rejoint AllPoints Music (Groupe Believe) l’été dernier, NTO avait sorti des titres comme « The Kid and The Planes » et « Zig Zag », dont nous avions récemment parlé chez Tourtoisie.


« Invisible », c’est un air aussi mélancolique que puissant, qui nous emporte aux côtés d’un garçon introverti. Presque marginal au monde qui l’entoure, il est à la recherche de ce qui pourrait le rendre plus “visible” aux yeux des autres. Entre quête de soi, rencontres et dissipations, il déambule dans la ville, au même titre que dans sa vie. Amour et blessures auront peut-être raison de lui…


D’une vraisemblance surprenante, quasi cinématographique, le clip réalisé par Jean-Charles Charavin (INCENDIE) nous plonge aussi dans la danse, avec une subtile note d’irréalisme. Images précises en tête, NTO a sublimé ce clip avec une rythmique qui lui est si propre : une deep house minimaliste et carrée mais ultra mélodieuse. Pleins d’émotions, le titre clippé se laisse admirer et écouter en boucle !


Clara Jouaux-Savinien




FLUPKE – "IOAHI"


FLUPKE, c’est le projet électronique du strasbourgeois Jérémie Revel, multi-instrumentiste et guitariste des Fat Badgers. Et non, ce n’est pas uniquement le personnage d’une bande dessinée belge ! « IOAHI » est son premier single, annonciateur d’un EP du même nom, qui sortira très prochainement ! Dans celui-ci, se mêleront musique électronique aux influences du musicien, telles que le rock, le jazz ou la funk.


L’instrumentale d’ « IOAHI » se veut aussi hypnotisante que son clip, qui lui, détonne par son aspect décalé et farfelu. Bien que grandement influencé par Jon Hopkins, « IOAHI » rappelle la rythmique envoûtante et dansante du montréalais Robert Robert, comme dans « International National ».


Aux commandes de l’animation de son propre titre, FLUPKE nous laisse entrer dans son univers plutôt loufoque. « IOAHI » a été réalisé à partir d’une seule photo, aboutissant à un résultat aussi étrange que fascinant. Une extravagance perceptible tout au long de son projet, tant par les noms de titres, comme le montre son second single « POIVRE AISSELLE », ou par la mise en scène de sa propre personne dans ce clip.


Clara Jouaux-Savinien




Iliona - “Une autre vie”


Après avoir clippé les singles “Rattrape-moi”, “Moins joli” et “Reste”, tous extraits de son premier EP Tristesse (Artside) sorti en ce début d’année 2021, Iliona continue son ascension sur le devant de la scène pop francophone. Avec ce huit-titres entièrement composé dans sa chambre au cours du premier confinement, et notamment avec “Une autre vie”, la jeune artiste belge parvient à explorer ses sentiments les plus profonds, sans trop en dévoiler. Auteure, compositrice et interprète, elle s’attèle également à l’écriture et la réalisation de ses propres clips. Zoom sur les images de “Une autre vie”.


Filets de lumière jaune dans l’obscurité, gros plan dévoilant de vieilles peintures, flou artistique, animations en noir et blanc… Dès le début, le clip de “Une autre vie” affiche comme des airs d’une véritable oeuvre d’art, entre touches de vintage et onirisme.

Produit par Flora Koffi-Lopez et Marjane Slami, le clip se déroule tout en douceur, accompagnant à merveille cette mélodie sur laquelle une voix lointaine se pose. Nous plongeons alors dans une sorte de “paysage de rêve” poétique, mais ambivalent, car non sans être dénué de regrets.

Les images suivantes s’enchaînent à la même vitesse, mais c’est tant mieux car nous ne sommes pas pressé.e.s. Nous pénétrons dans un manoir légèrement éclairé - en réalité, il s’agit là du musée Van Buuren de Bruxelles. Photos d’une jeune femme, médailles et coupes de championnat… La caméra souhaiterait-elle nous laisser jeter un coup d’oeil à ces quelques extraits de vie ? La mine renfrognée, Iliona apparaît, à table face à cet étrange animal aux yeux tantôt roses, tantôt jaunes. Voici celui que l’on nomme le Monstre (designé par Lia Bertels et conçu par monstre Anicia Echevarria).


Lassitude, solitude et mélancolie sont visiblement les trois sentiments qui dominent tout du long. Face à leurs regrets les plus tenaces, ces deux personnages rêvent d’un ailleurs, d’un quotidien moins terne. Ce clip parvient à si bien mettre en scène cette relation sentimentale qui s’étiole, dans un cadre vintage qui prend notamment forme grâce à la décoration de Sharlotta, au stylisme d’Arpiné Movsisyan et à la coiffure de Catia Nulens. Et c’est pourtant sur une note d’espoir que s’achève “Une autre vie”, qui nous met du baume au coeur.


Laura Gervois




Aoru - "Visière"


Avis aux amateurs et aux dénicheurs : notre homme est un rookie. Dans un rap game flirtant souvent avec la guerre des clones, Aoru débarque avec "Visière", un premier titre progressif et mélancolique. Production planante, gimmicks addictifs et ambiance nocturne : le clip Hicham.B retranscrit avec esthétisme l’atmosphère sombre et introspective du morceau.


Mention spéciale aux plans d’extérieur qui mettent en scène une ballade de nuit à moto, tout en casque et en déprime : "C’est pas des envies, c’est des besoins" : on lui souhaite de les assouvir.


Elie Klarsänger



KLS - "Tu n'existes pas"


Coupe au bol arty et moustache de daron algérien : à mi-chemin entre Nusky et 1,2,3 Soleils (vous savez, le fameux super-album de raï des années 90), KLS est l’étonnante synthèse de deux mondes d’habitude séparés par la Méditerranée. Alors, quand on apprend que le garçon est marseillais, tout tombe sous le sens. Avec son autotune, ses mélodies sucrées tout droit sorties des eighties franchouillardes (Images et Début de soirée en tête), ses rythmes électro empruntées à la scène rap phocéenne (on pense évidemment à Jul) et une pincée de cordes arabisantes pour épicer le tout, KLS porte fièrement l’héritage de sa ville.


Si l’ensemble peut sembler déroutant à la première écoute, on ne peut que valider le mélange unique que propose le Provençal. Dans "Tu n’existes pas", clip constituant le troisième volet d’une série de cinq titres, KLS s’inflige une histoire d’amour vouée à l’échec. Et pour cause, notre homme est seul, tout seul… De quoi parfaitement accompagner une escapade éméchée (ou pas, à vous de voir) sur le Vieux-Port.

Elie Klarsänger




spill tab - "PISTOLWHIP"


Chez Tourtoisie, notre amour pour spill tab est inconditionnel. A chaque nouveau titre, le duo français basé à New York repousse les limites des styles : les mélodies résolument pop de la chanteuse Claire Chicha n'attendent qu'à être agrémentées par des arrangements à la fois ambitieux et efficaces. Les productions sont triturées, ralenties et distordues, donnant à leur bedroom pop - à priori inoffensive - le mordant nécessaire pour nous mettre de grandes gifles.


Sur le récent "PISTOLWHIP", la recette est simple, sans jamais tomber dans l’évidence. Une chanson : deux minutes et 16 secondes, un beat oscillant entre de jolies percussions d’un côté et des guitares qui tachent de l’autre. Un clip : une moto, un grain rétro, des santiags et un décor de western. Que demander de plus ?


Elie Klarsänger