Plan Clip #22 : La Femme, L'Impératrice, Alice et Moi, Møme, Kemmler

Parce que les clips sont parfois de véritables bijoux, dignes de chefs-d'œuvre cinématographiques ; qu’ils sont le reflet visuel de l’univers musical de l’artiste. Parce que l'œil de l'équipe réalisation d’un clip a également son importance ; parce que leur vision artistique et leurs rôles ne sont pas à négliger. Parce que mettre la musique en images donne parfois une seconde lecture à un morceau, on a souhaité analyser tout ça, pour vous : voici la rubrique Plan Clip.


La Femme - Foutre le bordel


La Femme est de retour, et cette fois pour de bon. Après les singles “Paradigme”, “Cool Colorado” et “Disconnexion” où les trompettes étaient reines, retour aux guitares surf et aux batteries énervées. “Foutre le bordel” porte bien son nom, et fait faire aux auditeurs un grand bond au début des années 2010.


Côté clip, si Lux Æterna, le dernier film de Gaspar Noé, vous a rendu aveugle, nous vous déconseillons de vous tenir trop près de votre écran. En deux minutes à peine, animations psychédéliques et couleurs ultra-pops envahissent tout, dans un grand n’importe quoi qui, étrangement, fait beaucoup de bien.

Conçu à partir des illustration de Marlon Magnée, chef de file du collectif, le clip rend hommage aux thèmes précurseurs qui ont construit l’imaginaire de La Femme : les vagues du Sud Ouest de la France, les femmes terrifiantes, le rock. Surtout le rock, un peu sale et déglingué. "Ma copine a mis les voiles / Et moi j'me la colle à Pigalle / Et ça va être sale” scandent les chanteurs, comme un mantra punk pour faire revenir la fête en 2021. Quand est-ce qu’on y retourne ?


Lolita Mang



L'Impératrice - Peur des Filles


Sa majesté présente son dernier OVNI.

« Peur des filles », le dernier titre du groupe groovy français L'Impératrice que l'on ne présente plus, n'est définitivement pas passé inaperçu cette semaine.


En décembre dernier, Flore Benguigui, chanteuse du groupe, révélait avoir été victime de violences sexistes dans le monde de la musique. Pour ce nouveau titre féministe aux paroles cyniques et au clip sanglant jubilatoire, on ne peut s'empêcher d'y trouver un certain écho, bien que les paroles tournent ici en dérision la peur du « fléau » féministe et des femmes en général.


Teaser de leur prochain album Tako Tsubo (signifiant littéralement "piège à poulpe", mais figurativement, et plus poétiquement "le syndrome des coeurs brisés") qui sortira le 26 mars 2021 chez Microqlima, le groupe a fait appel à la réalisatrice Aube Perrie (Angèle, Bon Entendeur…) pour réaliser un superbe clip sanguinolent, totalement rétro, à l'esthétique qui rappelle autant les films d'horreurs des années 50 qu'un Tim Burton ou <un Michel Gondry.


Jessie Caron



Alice et Moi - Je suis fan


Alice et moi est enfin de retour. Après deux singles dont nous ne comprenions pas les intentions (“T’aimerais que ce soit vrai” et “Les gens sont cools”), la chanteuse fait revenir son personnage d’amoureuse éperdue - ou très perdue - et totalement psychotique, pour notre plus grand plaisir. Comme la suite logique de “J’veux sortir sortir avec un rappeur”, “Je suis fan” explore les méandres de la passion toxique, de l’adoration abusive et de ce mot, jamais prononcé mais qui pourtant plane dans notre esprit tout au long du titre : celui de groupie.

À la réalisation du clip, on retrouve Emma D’Hoeraene, habituée des campagnes de mode comme de beauté, de Lacoste à Kérastase. Attendez-vous donc à une image léchée – sans mauvais jeu de mot, ou presque – et à un soin particulier accordé aux costumes comme au décor. Cuissardes blanches, gants en latex et porte-jarretelles : tout est là pour illustrer le caractère érotique – voire obscène – du morceau : “J’veux ton odeur sur mes fringues / J’te veux tellement que c’est sale”.

Petit à petit, la lumière tamisée, qui installait une atmosphère de luxure, ne parvient plus à gommer le dégout qui monte face à une Alice et moi qui avale tout et n’importe quoi, entre ketchup, couteau de cuisine et verre brisé. Comme le présage d’un album, on l’espère, qui ne recule face à aucun excès et qui embrasse sans honte les vices les plus impudiques.


Lolita Mang



Møme & Ricky Ducati - I know


Quatre ans plus tôt, Møme révélait son célèbre titre “Aloha”, puis s’envolait pour Tahiti pour réaliser un live paradisiaque pour Cercle. Aujourd’hui, c’est aux côtés de Ricky Ducati qu’on le retrouve avec le titre “I know”, une avant-première de leur album Flashback FM qui sortira le mois prochain.



Mis en image par Paume, le titre “I know” s’inscrit dans une vibe presque rétro-futuriste, ce qui n’est pas étonnant au vu du nom de l’album qui le contient, Flashback FM. Conçu entre la France et Los Angeles, il rend hommage aux inspirations des années 80/90 des deux artistes, et marque un virage tant artistique que musical.


Le clip parait riche en références cinématographiques : un plan sur un satellite gravitant autour de la planète Terre puis un autre sur une plaine rougeoyante et déserte, on oscille entre Gravity et Seul sur Mars. Un plongeon dans le monde aérospatial, ponctué par une montée en puissance musicale.


Les personnages quant à eux, ne sont autres que les effigies des artistes. Sans jamais se toucher, ils évoluent ensemble, flottent et dansent jusqu’à se désintégrer sur le dernier solo de guitare . La symbolique est là : la recherche de l’autre en dépit d’une distance séparatrice. De même, la cohérence visuelle et musicale est perceptible : dans le même album, le titre “Got It Made” reprend les deux hommes-statuettes dans son clip, tout en danse et énergie. Une belle continuité donc…


Clara Jouaux-Savinien



Kemmler - Gris Coeur


Et de 3. Pour marquer la complétion de son album Gris Cœur, Kemmler a sorti le clip de sa chanson éponyme. On parle de complétion car Kemmler a décidé de scinder son album en 3 parties dont les sorties ont été distillées tout au long de l’année. Derrière ce choix atypique, il y a une volonté de sa part de ralentir le mode de consommation de la musique. C’est pour cela qu’il a laissé plus de temps à son public pour s’approprier son album.


Et du coup, de quoi parle Gris Cœur ? Ce titre permet à lui seul de comprendre pourquoi Kemmler a voulu prendre son temps pour sortir son projet. Dans ce titre, il fait le point sur sa carrière mais aussi et surtout sur sa vie, dans un but quasi thérapeutique. Il avait besoin de cela pour revenir sur ses doutes et ses peurs qui le suivent chaque jour.


Kemmler et son équipe ont habilement choisi d’utiliser des plans en vision subjective pour retranscrire ce mal-être et propulser littéralement l’auditeur dans des reconstitutions de scènes clés du passé de l’artiste. On à l’impression de (re)vivre avec lui tous les événements qui le hantent et dans lesquels n’importe qui pourrait s’identifier, notamment la peur de l’abandon, le doute ou le manque de confiance en soi. C’est une véritable introspection pour lui, comme pour nous.


Côté prod, Kemmler à opté pour un style quasi minimaliste, en ne gardant que les instruments dont il avait vraiment besoin, afin que son propos soit véritablement au cœur du titre. De la même manière, il a décidé de poser son texte avec un flow simple et sobre. C’est une approche complètement assumée, il va même jusqu’à s’expliquer dans son texte :


“Ma maison de disque demande un hit et moi voilà les sons qu’je fais,

Je fous la merde, je gâche l’ambiance comme du Kemmler un soir de fête.”


Il s’ouvre pleinement à son public, il ne se cache pas derrière un masque de technique et de flow rapide, il parle tout simplement de sa vie, et parfois même un peu de la nôtre.


Nicolas Demichel


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