Plan Clip #17 : Illustre, SÔRA, Lous & The Yakuza, Mr GISCARD & Bingo Club

Parce que les clips sont parfois de véritables bijoux, dignes de chefs-d'œuvre cinématographiques ; qu’ils sont le reflet visuel de l’univers musical de l’artiste. Parce que l'œil de l'équipe réalisation d’un clip a également son importance ; parce que leur vision artistique et leurs rôles ne sont pas à négliger. Parce que mettre la musique en images donne parfois une seconde lecture à un morceau, on a souhaité analyser tout ça, pour vous : voici la rubrique Plan Clip.



Illustre, “Type Chelou”


Un an après la sortie de l’EP Les mains bleues, Illustre revient avec un premier album intitulé Ille (X-Ray Production). Un opus entre chill trap et turn up hip-hop, dans lequel la rappeuse clermontoise retranscrit à merveille ses émotions et ses valeurs, avec à la fois poésie et virulence. À travers ce projet, elle souhaite déconstruire les stéréotypes de genre et notamment aborder la question de la non-binarité. Extrait de cet album, “Type Chelou” et son clip illustrent parfaitement cet univers sublime et engagé, qui cherche à s’éloigner des codes culturels et sociétaux actuels.


Une maison de poupées, devant laquelle vieilles Barbies et figurines de super héros s’opposent en silence, les couleurs bleu et rose qui entrent en contraste, une police d’écriture qui rappelle un jeu vidéo des années 1990… Le ton est tout de suite donné. Réalisé par Vivi What, le clip de “Type Chelou” installe dès le début “un jeu de miroirs entre féminin et masculin” et s’applique à dénoncer les stéréotypes de genre les plus clichés et les plus absurdes. Absurdes, et pourtant encore bien présents. Puis, gros plan sur le visage de l’artiste, déterminée à détruire ces clichés à l’aide de sa plume aiguisée et de son phrasé assassin.


© "Type Chelou", Illustre

Avec une décoration spécifique en arrière-plan (Pierre Alexandre Martinat), voici qu’Illustre se retrouve à l’écran à présenter deux discours opposés (“depuis quand les hommes sont des femmes ? // depuis quand les hommes se maquillent ?” VS “laissez-moi faire ce que je veux”). Comme pour appuyer ce second propos, la caméra nous dévoile alors différentes histoires. Celles de personnes à l’apparence “décalée” (ou “chelou” comme dirait la rappeuse). Qu’iels soient des tatoué.e.s (Coco & Loïc), des hommes maquillés aux cheveux longs (Thibault Riffault), ou encore des femmes au crâne rasé, tous.tes ont un point commun : iels ont pris la liberté d’être ce qu’iels voulaient être, sans se préoccuper d’une quelconque convention. Un message émancipateur fort, souligné par les mouvements de l’artiste et spécialiste du voguing Valentin Beaufils.


Dans « Type Chelou », la rappeuse Illustre aborde sans faux-semblants les questions du genre, de l'identité et de la diversité [...]”. Véritable ode à l’émancipation, Illustre y exprime sa non-binarité assumée et traite du conflit générationnel dans lequel elle vise à déconstruire les codes prédéfinis pour en créer une vision libre et nouvelle.” Si Illustre amène un vent de fraîcheur et de nouveauté dans le rap game francophone, on espère que sa voix montrera le chemin à d’autres.


L’album Ille est disponible ici et sur toutes les plateformes de streaming depuis le 25 septembre dernier.



Par Laura Gervois



SÔRA x Jazir, “FOOL ME NOW”


Dans la continuité d’un premier EP sobrement intitulé Number One (2018), Sôra s’apprête désormais à dévoiler son premier album (Colligence Records), dont sont extraits les singles “FEEL BEAUTIFUL” et “FOOL ME NOW” (feat. Jazir). Comme l’indique le clip de ce second titre, il semblerait que l'empowerment soit au cœur de ce projet aux influences pop et R’n’B. Retour sur des images sublimes, qui insufflent une force sans nom et soufflent comme un vent d’optimisme en cette période très grise.


Nuit noire. Des trombes d’eau s’abattent sur le parebrise d’une voiture, au volant de laquelle, Sôra elle-même. Et nous qui parlions d’optimisme… Mais, pas si vite. Une bulle de chewing-gum éclate de la bouche de l'artiste, et changement de décor, nous voici transportés dans les années 70. Dans son salon, celle-ci arbore de grosses lunettes, d’énormes boucles d’oreille et une frange courte. Les murs, un papier-peint orange vif aux motifs assez grossiers (Alex Haugmard & Nicolas Bigot à la décoration). Le monde se trouve être tout de suite plus joyeux et coloré.

© "FOOL ME NOW", Sôra

Du salon à son jardin, en passant par une séance de dédicace dans une librairie, la caméra ne cesse de nous téléporter d’un endroit à l’autre. Une chose est sûre : celle-ci s’applique à nous montrer la chanteuse franco-britannique dans une position de force (et toujours dans des tenues plus stylées les unes que les autres, merci Amad Kay). Que ce soit grâce à un plan de haut, dans son transat, ou au volant de sa voiture filant droit sur l’horizon, Sôra semble crier sur une chanson suave et catchy, qu’elle a repris les commandes et qu’elle ne les lâchera pas.


Avec une équipe de qualité à ses côtés (Le Fief et Colligence Records à la production, François Havard et Nathan Ghali à la réalisation), Sôra a ainsi souhaité raconter à l’écran comment une séparation professionnelle lui a permis de regagner sa liberté artistique. Si ce clip est aussi fort, c’est parce qu’il affiche un girl power authentique, mais non sans une once de dérision, qui en inspirera plus d’une, c'est certain.



Par Laura Gervois



Lous & The Yakuza, "AMIGO"


Si on est aussi impatient.e.s de découvrir Gore, le premier album de Lous & The Yakuza, c’est bien parce que la moindre chose que dévoile l’artiste belgo-congolaise nous laisse sous le charme. Entre une musique hybride et moderne, un fervent engagement antiraciste et un univers visuel toujours plus surprenant, la chanteuse ne met rien de côté. Retour sur sa dernière sortie, “Amigo”. Un clip poétique, fort et saisissant, à l’image de l’artiste.


Réalisé par la canadienne Wendy Morgan, “Amigo” ouvre sur les falaises d’Etretat. Le temps est gris, l’air est comme empreint d’une certaine nostalgie. Lous apparaît alors au milieu du décor. La caméra suit discrètement l’artiste qui danse, comme cachée dans les herbes hautes. Ses mouvements sont saccadés. Les plans s’enchaînent progressivement. Habillée d’une tunique noire, des cheveux oranges flamboyants, elle incarne ici une sorcière mystique - on salue d’ailleurs l’incroyable travail d’Elena Mottola (stylisme), d’Aurore Gibrien (maquillage), de Yann Turchi et de Nelson Douala-Bell (coiffure).


Mais, d'un coup, Lous & The Yakuza passe d’un décor à un autre, d’une tenue à une autre… Comme si elle devenait un autre personnage. Tantôt sorcière, tantôt guerrière entourée d’une armée de danseurs, tantôt princesse de la Renaissance sur son cheval, la voici qui endosse, tour à tour, le rôle de plusieurs femmes animées d’une même force énigmatique. L’intensité est à son comble, surtout lorsque les Yakuza se lancent dans une danse effrénée (chorégraphie : Josepha Madoki). “Il s’agit-là des images puissantes que j’avais besoin de voir. Des images qui représentent la force dont j’ai trouvé rêvé” explique la talentueuse artiste (promonews).



Par Laura Gervois



Mr Giscard, "Phô"


Premier single de ce nouvel artiste signé chez RCA (Sony Music), "Phô" frappe fort et juste. Mr Giscard, d’une voix nonchalante et détachée, nargue une histoire d’amour qui se fourvoie. En tout cas que ce soit pour la qualité des textes ou de l’image, on est tombés amoureux de ce morceau.


Tout en contraste, le rythme entraînant du morceau, inspiré par la musique brésilienne qui a bercé l’enfance de Mr Giscard, s’oppose à la nonchalance dans la voix du protagoniste. Une nonchalance également assumée dans le texte qui débute par cette phrase “quand je me lève, j’men bats les couilles, je remets mon slip et je me taille”.



Dans cette première chanson, Mr Giscard se dévoile en contant une vérité crue composée de ressentis complexes et contradictoires. Entre amour et désamour, le protagoniste ne sait pas ce qui le relie à son.sa partenaire : “Mais je ne t’aime que pour de faux” ou “Je n’ai pas très envie de rester avec toi, m’en veux pas olala”, teintée d’un amour indifférentC’est tout mouillé dans tes yeux si tu veux je reste un peu // On va re-salir les draps et après tu m’en voudras nanana”.


Un clip cinématographique avec Jade Legrand et Rod Paradot (César du meilleur espoir masculin) qui poursuit ce contraste. En effet, le clip est un roadtrip fougueux embaumé par la folie des prémices d’une relation amoureuse. Le couple semble être dans une course effrénée et heureuse. Entre jeux, séduction et tendresse, les images de Thibault Dumoulin (réalisateur des clips de Fhin, Hollysiz) dissone du texte désabusé de Mr Giscard (“t’as pas envie d’être toute seule, j’ai pas envie d’être tout seul, toi et moi on essaie mais toi et moi on est seuls”).



Par Prisci Adam



Bingo Club, "Shallow"


“Dans une quête de bonheur perpétuel, un homme décide de se délester de toute question existentielle pour se consacrer pleinement à une vie d'imbécile heureux.” Ainsi est présenté le clip de Bingo Club. En effet, comme un souvenir de vacances, ou une esquisse dans un carnet de voyages, Martin Rousselot (aka Bingo Club), nous offre un titre de fin d’été, tout en mélancolie heureuse et en chill insolent.

Pour cet EP composé sur la route de la Californie, à l’Himalaya en passant ici par le Sahara, Bingo Club nous propose un roadtrip aussi bien musical que visuel. On est plongés au cœur du désert, entre dunes sableuses et vêtements traditionnels. Le tout sur des images avec un effet VHS, dans le grain et le bruit qui “salisse” les plans.




L’instrumental s’étend à mesure que les images en plan large défilent, nous plongeant dans une sensation d’infini. Un effet accentué par la boucle au synthé et les images ralenties, comme pour nous bercer et nous figer le temps d’un instant, dans une ambiance dépaysante et onirique, tandis que le chanteur nous pose la question “when you gotta get shallow ?”



Par Prisci Adam

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