Pianiste, plasticien, fan de Mylène Farmer… Qui est Joseph Schiano di Lombo ?

Mis à jour : sept. 27

Sorti le 28 août dernier, l’EP Sans Contrefaçon de Joseph Schiano di Lombo fait office d’OVNI dans le paysage musical français. Reprendre Mylène Farmer à la manière de deux compositeurs réputés pour leur mélancolie lancinante, il fallait le faire. Et il l’a fait. En deux morceaux, le pianiste surprend et séduit quiconque ne le connaît pas encore. Pourtant, Joseph Schiano di Lombo n’en est pas à son coup d’essai. Une reprise au piano de Jennifer Lopez, des poèmes sur cheveux, des dessins philosophiques… En faut-il plus pour vouloir sauter à pieds joints dans l’univers absurde et éthéré de l’artiste ? Portrait.


Joseph Schiano di Lombo © Rebekka Deubner

Du blanc. Le neutre, le néant, le vide. La page blanche. Se balader sur le compte Instagram de l’artiste Joseph Schiano di Lombo donne envie de disserter sur la poétique du vide, tant tout y est si pâle et délicat. Des touches de piano, une page d’un livre, des sculptures, des draps – le blanc est roi, le beige parfois. C’est comme si ce qui intéressait vraiment l’artiste était le matériau brut, les formes les plus pures et dénuées de tout artifice. C’est également l’impression que donne ses reprises du mythique tube de Mylène Farmer, “Sans Contrefaçon”, au piano. Disparue la voix fluette de la chanteuse, plus de synthétiseurs, oubliez les percussions. Ne restent que des notes jouées à la manière de. Sorties lors de la rentrée sur le mini-EP Sans Contrefaçon, ces réinterprétations/transformations du morceau mythique de la fin des années 80 font une jolie carte de visite au musicien, comme une invitation à pénétrer sans hésitation dans son univers éthéré. Qui es-tu, Joseph Schiano di Lombo ?


Un artiste caméléon


Le nom a tout d'un pseudonyme d’artiste. Pourtant, il n’en est rien. Joseph Schiano di Lombo – le patronyme porte déjà en lui une certaine musicalité, ou plutôt, une musicalité certaine, qu’il embrasse dès ses jeunes années. Bercé par une enfance mélomane, il est d’abord attiré par la clarinette, qu’il pratique jusqu’à l’adolescence. Le déclic, et la passion pour le piano, arrivent aux alentours de sa quatorzième année, alors que Joseph Schiano di Lombo découvre à la télévision le concerto en La mineur de Robert Schumann, joué par la pianiste argentine Martha Argerich. Il faut l’entendre pour le croire.



Sans surprise, passé 18 ans, le jeune homme veut “vivre de son art à Paris, comme le chantent Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans Les Demoiselles de Rochefort. Une fois son bac en poche, il rejoint la capitale pour devenir pianiste. Néanmoins, tout ne se passe pas comme prévu, et Joseph Schiano di Lombo, lassé par l’apprentissage rigoriste de la musique, finit par intégrer les Arts décoratifs de Paris. Une formation qui l’a amené à changer de peau comme de casquette, passant de directeur artistique pour des marques de luxe comme Bottega Veneta, illustrateur pour France Culture et même… écrivain. Son premier roman, en collaboration avec la graphiste Fanette Mellier paraîtra aux éditions B42 en 2021.

Une poétique du vide

“Humusicien” – c’est le néologisme, composé des termes humus et musique, que l’artiste a choisi pour décrire son travail. Avouons-le, le mot semble bien pompeux. Pourtant, derrière les pirouettes lyriques, force est de constater que Joseph Schiano di Lombo sait s’adapter à toutes les formes et matières qui se dressent devant lui. Toutefois, impossible de se défaire de son ADN si singulière.


Illustrations pour France Culture © Joseph Schiano di Lombo

Des campagnes épurées pour la maison italienne Bottega Veneta, où les zébrures du marbre et la texture des fleurs sont à l’honneur, rappelant les constructions à la fois strictes et épurées de l’architecte italien Andrea Palladio. Jusqu’ici, tout semble tourner autour de l’Italie. Mais c’est plutôt au minimalisme japonais que les œuvres de Joseph Schiano di Lombo font écho. En 2015, il s’envole vers le pays du soleil levant pour étudier à l’Université municipale des Arts de Kyoto. L’artiste y rencontre “le mutisme ambiant, conjugué à l'oisiveté involontaire et chevronnée”. Et si l’art, exprimé dans sa forme la plus pure, était moins que ce que l’on croyait ? La question semble se poser constamment dans l’œuvre du Suisse, notamment au travers de ses “Hairku” – poèmes courts sur cheveux réalisés en 2017 dans un salon de coiffure rue Saint-Maur.

Les frontières poreuses du genre


Après toutes ces aventures, Joseph Schiano di Lombo aurait-il abandonné la musique ? Bien heureusement pour nos oreilles : non ! En plein confinement, l’artiste fait un passage remarqué lors du Maison Tsugi Festival, où ses notes de piano apaisent tout un public virtuel, et va même, c’est certain, jusqu’à accompagner quelques séances de yoga. Le même calme qui caractérise les œuvres plastiques de Joseph Schiano di Lombo se retrouve dans ses compositions, ainsi que dans ses reprises mêlant culture pop et compositeurs classiques. Quelques mois se sont écoulés depuis la sortie de “If You Had My Love”, reprise surprenante du titre de Jennifer Lopez. À peine le morceau sorti, que déjà l’envie d’entendre de nouvelles interprétations germe en nous.



Pour les fans de la première heure, le musicien ne tarde pas à sortir deux nouveaux titres au piano, cette fois-ci inspirés par une passion adolescente – et diablement compréhensible – pour Mylène Farmer. Cette fois-ci, Joseph Schiano di Lombo apparaît vêtu d’un grand costume, les lèvres peintes en rouge, sous l’objectif de la photographe Emmanuelle Descraques. Tremble Mylène, la relève est assurée. Pourtant, pas question de chanter les célèbres paroles du tube de la chanteuse à la chevelure de feu. Uniquement au piano, le musicien s’amuse à imaginer le morceau à la manière d’Erik Satie d’abord, et puis comme un Claude Debussy, comme un clin d’œil malicieux aux connaisseurs de l’amitié, mais aussi de la rivalité qui unissaient les deux compositeurs français du début du XXème siècle. Le hasard n’a pas sa place ici. Les deux hommes, proches du mouvement dadaïste, s’intéressent de près au temps, à ces mouvements et ses perceptions. Fait peu connu du grand public : Erik Satie était également un grand amateur de dessin – il en collectionnait des milliers, retrouvés dans son studio. Trompant sa solitude et son ennui, le compositeur s’amusait à créer des histoires invraisemblables et absurdes, tant sur papier que sur piano. Une centaine d’années plus tard, Joseph Schiano di Lombo semble bien parti pour suivre ses pas.


Sans Contrefaçon [Land Arts], disponible.

Par Lolita Mang



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