Ojos : après le saint duo, l’œil nouveau

Holy Two n’est plus, place à Ojos. Après 4 EPs et un album, le duo lyonnais est de retour avec un nouveau projet tout en douceur et en reverb. Retour sur un parcours exemplaire.



Au commencement étaient Élodie et Hadrien, deux lyonnais rencontrés sur les bancs de l’école d’architecture. Lui et sa guitare penchent vers le rock, elle et sa voix plutôt vers le hip-hop. Tous deux se retrouvent dans l’électro. Leurs univers fusionnent pour donner une pop planante puissante. Ainsi est né Holy Two.


Dès leur premier EP, Holy Two, sorti en 2013, on retrouve tous les ingrédients qui font la saveur du groupe. Le synthé lancinant et sombre, la guitare tantôt mélodieuse, tantôt nerveuse, les percussions sans détour, les paroles oscillant entre français, anglais et espagnol nous embarquent pour un voyage musical entre Daft Punk et Pink Floyd. Avec des chansons parfois dansantes comme “La Tal”, parfois mélancolique comme “Rush”, l’EP nous fait passer de l’envie furieuse de sauter sur place à celle de se glisser sous la couette un casque sur les oreilles. On en retiendra surtout le très représentatif Anormal Animal, qui nous fait attendre avec une impatience grandissante le moment où le solo furieux de synthé viendra exploser dans nos tympans. C’est ça, Holy Two : une tension insoutenable qui parcourt les morceaux jusqu’à la folle libération.


L’année suivante sort Eclipse, en feat avec Zerolex. Si les fondements restent globalement les mêmes, le groupe ne se repose pas sur les bases solides posées par le précédent EP, mais décide au contraire de proposer quelque chose de nouveau. En incorporant des sonorités plus industrielles et organiques, le producteur bisontin apporte une dimension aliénante, presque hantée à la pop du duo. Derrière cette quête de nouveaux horizons, on sent que le groupe se cherche.


Il ne va pas tarder à se trouver. À la sortie en 2015 de A Lover’s Complaint, la recette est définitivement la bonne. Dès “Undercover Girls”, qui porte clairement l’EP, le ton est donné. Tout y est : la mélodie qui rentre dans la tête, le refrain transcendant qu’on rêve d’entendre en concert, les influences urbaines qui collent à leur époque. Cette fois, le duo n’hésite plus à piocher ses idées ailleurs. “Face It” se veut plus disco aux accents funk. Le refrain de “Lust” rappelle les plus belles heures de la new wave et donne une furieuse envie de réécouter a-Ha. Après cette avalanche d’énergie et de sensations, “Orchid” apparaît presque comme un rappel des origines du groupe. Plus lent, presque psyché, il nous enveloppe dans sa reverb épaisse pour finir le trajet tout en douceur.



Avec le brillant “Misunderstood”, Holy Two enfonce le clou. On fait pareil, mais en mieux. Les paroles sont plus recherchées, plus personnelles aussi. Après plusieurs projets et autant de tournées, les deux acolytes ont des choses à raconter. Encore étudiants à sa sortie, ils se questionnent sur la vie d’artiste et sur leur avenir. Côté instrumental, on opte pour le rentre-dedans pur et dur, à l’image de l’apocalyptique premier morceau éponyme. On se fait bousculer par les accents horrifiques de “Festin”, au cours d’une errance lyrique et sentimentale qui fait imaginer ce qu’aurait donné une BO de Stranger Things composée par Eddy de Pretto.


L’apogée est atteinte lors de la sortie du premier album du groupe, Invisible Matters. En plus de reprendre leurs meilleurs morceaux, il dévoile de nouveaux titres très pop, à la composition d’une complexité qui n’a rien à envier à celle du précédent opus. L’album est le point culminant d’une montée en puissance qui n’a pas connu de pause. Il est la consécration. Et puis, plus rien. Silence radio.


Ce n’est que cette année que Holy Two refait surface. Enfin presque. Élodie et Hadrien sont bien là, leurs instruments sont restés les mêmes, leur mélancolie est toujours présente. Pourtant, tout a changé. Holy Two est devenu Ojos. Visiblement très inspirés durant le confinement, ils sortent une série de reprise de classiques de la chanson française, allant de Francis Cabrel à Alain Bashung. Le twist : elles sont presque entièrement chantées en espagnol. Clips tournés au portable et en intérieur, compositions minimalistes… On est instantanément absorbé par l’atmosphère intimiste qui se dégage des covers, on se met à espérer un nouveau projet. L’hypothèse est confirmée le 27 mai dernier, date où Ojos dévoile huracán, qui évoque le vide émotionnel ressenti à la fin d’une relation. No siento pena (“je ne suis pas désolée”), chante Élodie. Avec ce nouveau morceau et la promesse d’un nouveau voyage musical, le duo était de toute manière déjà pardonné.


Par Simon Aunai


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