Nuit Océan : « Pouvoir toucher les gens comme j’ai été touché »

Mis à jour : il y a 5 jours

Sorti hier, Fire Divine, le nouvel EP de Nuit Océan, est une balle qui transperce aussi bien l’âme que les tympans. La douceur du chant couplée à la lenteur des productions créent une bulle où le temps s’écoule au ralenti, comme pour mieux nous faire digérer l’instant. Cette émotion brute que l’on ressent, tant sauvage qu’amère, c’est aussi celle de Steve, le Bordelais derrière Nuit Océan. Voilà ce qui l’intéresse, bien loin de la gloire et des paillettes : il veut transmettre.


© Nuit Océan

Salut Steve. Pour commencer, j’aimerais parler de tes voyages, notamment au Zaïre dont tu es originaire, mais aussi en Inde. Tu cites ces derniers comme une source d’influence majeure. Peux-tu nous en dire plus ?


Je devais avoir 5 ans la première fois que je suis parti au Zaïre. J’en ai des souvenirs très précis : la pauvreté de certains contrastée avec les superbes habits des autres… En Occident, on essaie de cacher au maximum cette opposition. L’Inde a aussi a été une énorme fracture. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas voyagé et j’ai été époustouflé là encore par le contraste. Quand tu fais ce genre de voyage, tu reviens en te disant « Bon, je vais arrêter de me plaindre maintenant ». C’est ce dont j’avais besoin pour construire un nouveau projet. J’essaie d’apporter la sincérité que j’ai ressentie là-bas dans ma musique, pour pouvoir toucher les gens comme j’ai été touché.

Beaucoup d’artistes te touchent également, notamment Sade.


J’ai toujours aimé Sade quand je l’entendais passer dans les bars, mais je n’ai appris que récemment que ma mère passait ses CD en boucle à la maison. J’ai baigné dans sa musique sans le savoir. Maintenant je l’écoute toutes les semaines. Elle a une émotion dans la voix incroyable, surtout en live quand elle est accompagnée par ses musiciens. En termes d’influences majeures, j’ai aussi Nirvana.

On n’est pas exactement dans le même registre.


C’est vrai, mais c’est aussi une émotion qui me parle énormément, beaucoup plus brute. C’est totalement moi dans la vie. J’aurais pu essayer de refaire du Kurt Cobain, mais j’aime retranscrire tout ce côté animal dans une douceur qui est la mienne. Ça me permet d’être plus en accord avec moi-même.

Ce côté plus brut, on le retrouve d’ailleurs dans ton EP dans des titres comme « Through My Eyes », un morceau a capella avec très peu de paroles.


Je n’étais pas sûr de le garder. C’est un exercice très compliqué. Quand tu es accompagné d’une production, même si elle est très minimale, tu peux toujours te reposer dessus. Sur ce morceau, j’ai l’impression de me rencontrer moi-même. J’ai un peu de mal avec ça, mais ça me permet de vraiment aller à l’essentiel. Au début, je commence toujours avec beaucoup d’éléments, puis j’enlève au fur et à mesure jusqu’à bien canaliser sur l’émotion pure et dure que je ressens. C’est en ça que je me retrouve dans Nirvana : une guitare, une batterie, une basse, il n’y a pas besoin de plus.

Concernant ton processus de production, tu revendiques une démarche globale qui touche à plusieurs arts. Peux-tu nous expliquer en quoi ça consiste ?


Je suis un gros cinéphile, j’adore l’imagerie des années 90. Pour l’EP, j’ai été inspiré par The OA. Parfois, il va y avoir une scène de 2 secondes que je vais avoir envie de développer. Si j’étais là, si je parlais à cette personne, comment je m’y prendrais ? D’autres fois, je cherche à raconter des histoires à partir des émotions que j’ai ressenties en regardant une œuvre. Cet EP n’est pas que sur moi. Dans « Fire Divine » par exemple, je me mets à la place d’une personne qui cherche à sauver son compagnon de son manque de confiance en lui. J’essaie de me mettre à la place de ces gens, un peu comme un travail d’acteur finalement.

Quand on écoute ton EP, on a une réelle sensation de profondeur, de lourdeur. J’imagine qu’il y a des morceaux qui sont plus personnels.


« Wounds », c’est totalement moi. On est dans la noirceur la plus pure des pensées que je peux avoir. D’où cette sensation, c’est quelque chose bien enfoui que j’essaie de faire ressortir. Peut-être qu’un jour ce sera plus léger, je l’espère. En attendant, ça fait partie de moi. C’est quelque chose contre lequel je me bats tous les jours. Je suis en colère et triste par rapport à beaucoup de choses. La musique est un exutoire. J’arrive pas à tricher avec ça. Je comprends que ce soit dur à écouter pour certains. C’est pour ça que je tente de nouvelles choses.



Dans « Only Love We Had » tu expérimentes justement avec de nouvelles sonorités, à savoir un synthé plus distordu et un beat plus trap que d’habitude. C’est important pour toi de chercher à te renouveler ?


Ouais, tout le temps. Ce qui est bien avec les EPs, c’est que c’est comme des essais, des brouillons. J’aimerais bien me rapprocher du style de Kanye West dans Yeezus mais en étalant plus de profondeur, en ayant la place pour chanter. C’est ce que j’ai essayé de faire avec ce morceau. Ça m’intéresserait d’en avoir plus comme ça. On le ressent pas trop, mais mon instrument premier est la guitare. Donc ouais, je me vois bien explorer cette piste-là, comme peut le faire JPEGMafia. J’adore toute cette violence qu’il peut y avoir dans la musique, mais je ne me sens pas forcément légitime de la retranscrire dans la mienne.

Guitariste donc, mais aussi très porté sur le chant quand on voit l’importance que prend celui-ci dans tes morceaux. Entre l’instru et la voix, lequel vient en premier ?


L’instru, toujours. C’est mon cauchemar de chanter. Je suis tombé dedans par hasard en faisant une collab’ pour un autre projet. J’ai fini par y prendre goût et à raconter des choses avec un micro. C’est pour ça qu’il y a énormément de traitement sur ma voix, comme peut le faire James Blake. Au final, je découvre d’autres aventures où je peux encore plus geeker sur ma voix, au lieu de mettre de l’autotune direct. Maintenant j’adore expérimenter, en partant plus dans les aigus par exemple. Quand j’ai commencé la musique, j’étais plus dans l’instrumental. Là, je suis arrivé à un âge où je me pose des questions sur moi-même. Alors j’ai commencé à écrire, et quand j’ai fini par chanter mes textes je me suis senti plus léger. Aujourd’hui ça me fait du bien de chanter ce que j’ai au fond de la tête.

En parlant du clip que tu as réalisé pour « Wounds », tu as dit : « L’image n’est rien sans le regard que l’on y porte. C’est de notre propre vision que naît la beauté. » C’est quoi, pour toi, la beauté ?


C’est un grand désastre, une grande imperfection. On va vouloir absolument mettre sa mèche de cheveux d’un côté parce qu’on pense que c’est ce qui rend notre style unique, et puis une personne va nous dire qu’elle adore notre boucle d’oreille. C’est toujours autre chose qui ressort dans la perception des autres. C’est pour ça que j’ai dit que la beauté naît avant tout de ce que l’on regarde. Plus on grandit, plus on voit les côtés pourris du monde. Ça me rassure de voir qu’il y a encore des gens qui se battent pour changer les choses, pour proposer des choses différentes, des gens qui ne sont pas tous les mêmes. Je trouve ça magnifique.

Et toi, tu fais attention à ne pas ressembler à d’autres ?


Pas forcément. Au contraire, je revendique mes influences et je pense que ça se ressent dans ce que je fais. Après, j’essaie d’être moi-même et de ne pas imiter quelqu’un d’autre. Je pense que le fait de savoir ce que je veux me permettra toujours d’avoir mon propre style. Aujourd’hui, si tu me demandes quel est le style de Nuit Océan, je suis incapable de te répondre. J’ai toujours été fier de mon côté « outsider ». Quand j’ai commencé, on m’a tout de suite conseillé de monter à Paris, de chanter en français, de faire des trucs plus trap… Sauf que mon but, c’est pas de faire tout comme il faut pour être présent dans les magazines. Je préfère être dans un seul média qui a vraiment écouté mon projet et qui a ressenti quelque chose, ou échanger avec d’autres artistes que j’ai pu toucher. J’aime retrouver cette authenticité.


Propos recueillis par Simon Aunai.


Découvrez le dernier EP de Nuit Océan sur Spotify :


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