Moussa : “Quand j’écris, j’ai l’impression d’être dans un phénomène de compensation”

Dernière mise à jour : 3 févr.

Il est en tête d’affiche de la prochaine édition d’Inseine, qui aura lieu le 3 décembre au Pop Up du Label. Après avoir assuré les premières parties d’Odezenne, distillé quelques singles ici et là, Moussa a finalement sorti le bien nommé Premier, un brillant premier disque en juin dernier. Rencontre.

Moussa © DR

Tu as commencé la musique avec l’alto, puis tu es passé au piano et à la guitare. C’est par ces instruments que commence la composition ?


Je compose au piano et à la guitare, mais en réalité, c’est très chaotique. Parfois ça commence dans la douche ! Plus le temps passe, plus je me rends compte que tous les chemins mènent à Rome. C’est un peu cliché, mais c’est vrai : tu peux être en train de faire de la vaisselle, chantonner à tue-tête… Aujourd’hui je fais quelque chose de nouveau : j’essaie d’imaginer les sons. Au début je les écrivais au piano directement, mais désormais j’essaie de les imaginer avant de les faire. C’est fou ce pouvoir de l’imagination, car tu peux arriver à entendre la musique que tu imagines.

Quel a été le déclic, celui qui t’a fait réaliser que tu allais consacrer ta vie à la musique ?


Il a été très récent. J’ai toujours considéré la musique de manière sérieuse, et même intense. Je me suis toujours demandé ce qu’était la musique, ce que c’était d’écrire : la discipline, pour moi, était très sérieuse. Mais je ne pensais pas tellement à en faire quelque chose avec de vraies ambitions. Récemment, j’ai pris conscience de ce qu’incarnait la globalité d’un projet, son image notamment.

Ça t’amuse, d’explorer ces nouveaux terrains ?


Ça m’amuse, mais c’est aussi effrayant. Tu peux vite craquer… Dans l’image, comme dans l’écriture et la musique, je suis toujours à la recherche de la chose qui va me surprendre. C’est difficile à trouver, cette chose à laquelle tu ne t’attendais pas.

Ta bande de potes a l’air d’avoir joué un rôle plutôt important là-dedans.


Ils m’ont donné des clefs, oui. Des clefs d’écriture, des clefs de composition… Ils m’ont parfois rappelé qui j’étais. On est toujours la moyenne des cinq personnes que l’on fréquente le plus. Il y a Odezenne aussi, que j’écoutais à leurs débuts, avec un interlude qui s’appelait “L’esprit du tank” sur l’album O.V.N.I.



Dans “Bleu Ciel”, tu mentionnais déjà le manga Akira. Tu as aussi réalisé un mini-clip en animation avec des extraits du film, “Surface”, posté sur Instagram. Peux-tu nous en parler ?

Oui, je l’ai fait sur iMovie ! [rires]. C’était pendant le confinement, j’avais besoin de m’occuper. J’adore Akira, Ghost in the Shell et les animés japonais de manière générale. Ils mettent l’accent sur des façons de voir les choses. Par exemple dans Akira… Non arrête-moi, je pourrais en parler pendant des heures !

Ne sois pas timide !


Dans le manga, qui s’étale sur sept tomes, l’histoire va beaucoup plus loin que dans le film, qui ne couvre qu’un tome et demi. Tu aperçois à peine Akira le temps d’un plan : il tourne la tête dans une salle de classe ensoleillée. Dans le manga, en couleur, tu trouves de grandes double-pages sans dialogue. Juste avec les personnages. C’est difficile à expliquer pour moi, mais ça provoque instantanément des sensations. Au niveau des ambiances notamment : cette friction entre la pauvreté extrême de ce néo-Tokyo mêlée à la technologie, l’armée qui prend le contrôle…




Et pour l’écriture qu’est-ce qui t’inspire ? Tu as déjà mentionné Michel Houellebecq…

De Michel Houellebecq, j’ai seulement lu un texte qui s’appelle Rester vivant. C’était à l’époque où je tapais « conseils d’écriture » sur Google dans des moments de désespoir intense ! [rires]. Dans ce texte, on trouve des conseils comme « n’essayez pas de rester cohérent » ou « un style émergera forcement de la somme de vos défauts ». Cette phrase est restée, et elle m’a guérie. Mais en réalité, ce sont les gens qui m’inspirent le plus. Les gens écrivent super bien quand ils parlent. Par exemple, « sors tes sons ou crève avec », que je dis dans Loues, c’est un pote qui me l’a dit.

“Les pires morceaux sont ceux qui existent pour se montrer soi”

Tu mentionnes, dans plusieurs interviews, que la création naît de la frustration. Tu es toujours en accord avec cette idée ?


C’est plus complexe que ça. Imagine que tu rencontres quelqu’un qui t’attire, et qui t’obsède. Si tu mets toute ton énergie pour obtenir cette personne, tu ne fais pas de musique. Alors que si tu te fais rejeter, il y a de très fortes chances que tu fasses une très belle chanson. Beaucoup plus que si tu mets toute ton énergie sur cette personne. Quand j’écris, j’ai presque l’impression d’être dans un phénomène de compensation. Jacques Brel disait dans une interview que l’on écrit ce qu’on rate.


Je comptais te demander si tu écrivais pour séduire, comme avec “Cabrioli”…


“Cabrioli” c’était typiquement ça, c’était pour quelqu’un. Je crois que mes meilleurs morceaux sont destinés à quelqu’un. Les pires, ce sont ceux qui existent pour se montrer soi.


Comment est né ton premier album sorti cette année, Premier ?


N’importe comment ! [rires] De morceaux faits par-ci par-là. À la fin j’avais plein de morceaux, et j’en ai fait ce disque. J’ai un rapport de crainte avec le format de l’album. Ça a longtemps été une pression. C’était donc une manière de casser cette pression-là : il ne pouvait pas y avoir de rapport à l’album, étant donné que je ne savais pas que j’étais en train d’en faire un. Alors que maintenant, je commence à travailler sur un disque plus aligné. On se toise en silence lui et moi.


C’est quoi le meilleur conseil que tu aies reçu ?


Quelqu’un que j’estime m’a dit : “Moussa, arrête, tu vas te faire mal”. Je l’ai longtemps mal vécu, je lui en ai voulu. Ça m’a énervé – c’est une des seules choses négatives que l’on m’ait jamais dite. Et cette phrase m’a beaucoup aidé, car je ne l’ai pas suivie.


Propos recueillis par Lolita Mang

Retrouvez Moussa sur la scène du Pop Up du Label le 3 décembre prochain. Plus d’informations sur la page Facebook de l’évènement.