Lucien & The Kimono Orchestra, le plus japonais des groupes français

À travers trois premiers disques teintés de sonorités japonaises, Lucien & The Kimono Orchestra vogue sur la scène française entre groove et funk apaisés. Aujourd'hui, il revient avec "Piano Matinée". Introspectif et personnel, ce nouveau titre est le premier extrait d'un album piano à paraître le 31 janvier prochain. L'occasion de rencontrer Lucien dans les hauteurs de Pigalle pour discuter de Alejandro Jodorowsky, de voyages vers le pays du soleil levant, et surtout de piano.


Photo par Marine Billet et set design par Mathilde Vallantin Dulac

Bonjour Lucien ! Avec les autres membres du groupe, vous vous êtes rencontrés au lycée. Mais il faut attendre 2015 pour que le projet naisse réellement. C’est une idée qui traînait depuis longtemps et qui a mis beaucoup de temps à prendre forme ?

J’ai toujours fait ma musique seul, ce qui n’a pas beaucoup changé. Mais cette musique a évolué, et a nécessité d’être jouée par un groupe. Avant, elle était plutôt à vocation électronique. En créant le premier EP, en explorant toutes mes influences, je suis sorti de cette sphère électronique, j’en suis arrivée à cette musique qui ne pouvait pas ne pas être jouée live — c’était ridicule. Alors j’ai regardé autour de moi : il y avait Hugo (guitare) avec qui je jouais déjà quand j’avais treize ans ; Augustin, qui n’est plus dans le groupe maintenant, je le connaissais également du lycée.

Tu a été à la tête de ton propre label, Ventura Records, et a également ouvert l’antenne française de Boiler Room. Est-ce que ces deux rôles t’ont aidé, ont nourri le projet de Lucien & The Kimono Orchestra, ou c’est un travail complètement différent ?

À Ventura, on a toujours voulu faire de la musique cinématographique. C’était l’ADN du label. J’y reviens toujours : le nouvel album est complètement inspiré par la musique de films. Quant à Boiler… C’est là où j’ai rencontré Cracki Records. J’y ai également réalisé que je ne voulais pas évoluer dans le milieu purement électronique.

Tu as déjà produit la bande-originale d’un film, l’Âge atomique (2012). Est-ce que tu vois les morceaux de Lucien & The Kimono Orchestra utilisés pour une bande-originale ? Et de quels genres de films, si oui ?

Absolument, c’est l’un de mes objectifs assumés. Je fais déjà quelques musiques de pub. J’ai participé à des musiques de film, mais j’attends impatiemment le moment où l’on me donnera carte blanche, que ce soit pour un film ou un documentaire. Le documentaire est un format génial pour exprimer sa musique.

Un documentaire sur quoi, alors ?

L’espace, évidemment ! C’est dans ce thème que les bandes originales sont les meilleures. Je pense à Hans Zimmer pour Interstellar ou Max Richter pour Ad Astra… Ou encore prochainement, celle de Ryuichi Sakamoto pour Proxima.

Tu as des réalisateurs avec qui tu rêves de collaborer ?

Il faut les répartir en trois catégories : d’abord, ceux qui sont vivants, mais avec qui j’aurais rêvé de travailler avant. Claude Lelouch dans les années 1970 par exemple. Bon, être Francis Lai, c’est mort. Dans les réalisateurs plus récents, il y a les frères Safdie (Good Time, Uncut Gems) mais ils ont un compositeur officiel, Oneohtrix Point Never, qui a été recomposé par une Palme d’Or.

L’idée du triptyque qui lie les trois EPs était là dès la première sortie ? Ou elle s’est développée avec leur création ?

Les deux. J’avais une vision très précise de l’EP à l’avance. Je savais que je voulais faire les deux premiers disques ensemble, un premier solaire, naturel et un second nocturne et urbain. Mais il s’est imposé assez rapidement qu’il manquait un troisième élément plus aquatique et spirituel qui est le troisième EP. Maintenant, j’ai l’impression d’avoir tout dit.

Toi-même si tu es déjà allé au Japon, quelles ont été les images qui t’ont marqué ?

Le lien au Japon est multiple. Déjà, c’est une grosse partie de mon enfance avec les jeux vidéos, les mangas, Miyazaki… Ces choses m’ont marquée à vie. Il y a donc d’abord cette sympathie avec la culture, doublée d’un certain fantasme exotique évidemment. Musicalement, le jazz funk des années 70/80 est un fil d’Ariane des trois premiers EPs. Il y a donc toutes ces entrées culturelles, personnelles, musicales, esthétiques… J’ai fini par m’y rendre au moment de la sortie du premier EP. J’ai sillonné le Japon et toutes les boutiques de vinyles existantes ! C’était honteux… Je suis revenu avec des sacs de vinyles et je me suis plongée dans ces musiques. La réalité était à la hauteur du fantasme !

Dans ton dernier EP, Hayao’s Garden, on peut entendre la voix du réalisateur Alejandro Jodorowsky en introduction du morceau "Le Mékong". Pourquoi ce choix ? Quel est ton rapport avec cet homme, son cinéma ?

Je trouve d’abord la langue espagnole assez dramatique et romantique. Et cet homme est marquant en tant qu’activiste du cinéma… Pourtant le discours que l’on entend dans le morceau n’est pas si romantique : il est tiré d’une vidéo de levée de fonds pour son film Poesía Sin Fin. Il est seul face à sa caméra dans une chambre d’hôtel et s’enflamme contre Hollywood. C’est un discours sur la pureté de l’art, je trouvais ça bien de commencer avec ça. D'ailleurs, je lui ai écrit une longue lettre de déclaration… mais j’attends encore sa réponse.

Tu m’as tout l’air d’être un friand de collaborations : on peut citer le titre "Neptune" sur lequel chante Moodoïd ou avant FM LAETI sur "Ship". Quelles sont aujourd’hui les voix que tu rêves de voir associées à tes morceaux ?

Je travaille déjà sur un prochain album qui sera beaucoup plus pop et chanté, et je collabore pour ça avec des Anglais, des Américains, des rappeurs… Mon but est d’ouvrir et de faire entrer des personnages inattendus !

Passons désormais à ce fameux album piano ! Tu peux nous expliquer comment est venue l’idée de le sortir ? C’était un travail totalement solitaire ou tu as eu de l’aide ?

Le travail musical est souvent solitaire. C’est en live que le travail est collaboratif. Mais la création est très introspective. Cet album a un an, il est né dans une période de creux. Je m’ennuyais un peu, et l’idée m’est venue de jouer du piano quatre heures par jour. Un squelette s’est dessiné, mais faire un album piano alors que je ne suis pas pianiste… C’était compliqué. Mais de fil en aiguille, j’ai fait quelques concerts et j’ai remarqué que ça fonctionnait ! Et quelques mois plus tard je me suis retrouvé aux studios Saint-Germain pour enregistrer cet album, ce qui était impressionnant pour le jeune pianiste que j’étais !

2020 pour Lucien & the Kimono Orchestra, ça ressemble à quoi ?

Il y a d’abord cet album qui sort fin janvier, qui est une manière de montrer mes talents bruts de compositeur, et de me positionner par rapport à la musique de films. Ensuite il y a le concert à la Maroquinerie le 5 février. Et ensuite l’album suivant sur lequel je travaille déjà avec son lot d’expérimentations.

D’ailleurs, la Maroquinerie, ce sera comment ?

C’est une grosse étape pour nous, c’est une salle importante. Il y aura de la surprise, des invités… Il y aura un peu de piano également, c’est d’actualité !

Un dernier mot pour la route ?

Venez nombreux à la Maroquinerie et soyez prêts pour l’album piano. C’est une mise à nu, j’ai hâte de sortir un disque aussi personnel.



Lucien & The Kimono Orchestra sera en concert à la Maroquinerie le 5 février. Retrouvez plus d'informations sur la page Facebook de l'évènement.

Propos recueillis par Lolita Mang

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