Interview : Saint DX

Mis à jour : mai 6

Le 8 novembre dernier sortait SDX, le premier EP d’Aurélien, alias Saint DX. Après une carrière en tandem au sein d’Apes & Horses, ou bien en tant que musicien sur scène aux côtés de Charlotte Gainsbourg, il vogue, avec SDX, vers une première aventure en solitaire. L’occasion de prendre un thé du côté de Beaubourg pour discuter des années 80, de PNL et de la Recherche du Temps Perdu.

Crédit : Charlotte Krieger

Bonjour Saint DX, comment ça va ?


Ça va très bien, même si je n’aime pas du tout cette période. J’attends impatiemment que l’EP sorte. C’est comme être enceinte, ce sont les derniers mois de grossesse. Je n’ai plus qu’une envie, c’est qu’il sorte !


Saint DX, c’est un pseudonyme assez particulier. Tu peux nous en expliquer les origines ? Il semble qu’il y a une histoire de synthétiseur là-dessous…


Exactement : j’ai acheté un DX7 sur le Bon Coin il y a deux ans. J’étais fan de la chanson « Take My Breath Away » de Top Gun et je voulais retrouver le son de basse, qui me fascine depuis toujours. Quand je me suis rendu compte que c’était un DX7, j’en ai tout de suite acheté un. À partir de ce moment, j’ai composé beaucoup de morceaux avec les pré-sets (les sons d’usines de la machine) du DX7. Plus tard, j’allais enfin sortir ma première chanson, mais je n’avais toujours pas de nom. Et puis j’ai rêvé que je m’appelais Saint DX. En réalité, j’ai rêvé que je devais choisir entre Saint DX et Saint Citron DX. J’ai abandonné l’esthétique tropicale…


Tu étais, il n’y a pas si longtemps de ça, la voix du tandem Apes & Horses , dont la fin avait été annoncée sur Facebook pour que chacun poursuive « des projets plus personnels ». Aujourd’hui tu as enfin sorti ton premier EP en solo : quelles conclusions tires-tu de ces deux expériences, si tu devais les comparer ?


Ça n’a rien à voir. D’autant plus que sur Apes & Horses, on a travaillé à deux, puis à quatre à un certain moment. C’est très agréable d’être dans une énergie de groupe : on trouve des idées bien plus facilement. Mais d’un autre côté, c’est un travail de compromis. Tu es obligé de faire avec l’autre. Et avec Pablo, avec qui je faisais Apes & Horses à l’époque, on a eu la chance d’être en symbiose pendant longtemps. Mais est venu un moment où l’on a voulu aller dans des directions différentes. Saint DX m’a fait du bien : il m’a permis d’être libre et d’expérimenter ce que je voulais.


Tu as également fait les premières parties aux côtés de Charlotte Gainsbourg. Qu’est-ce que cela t’as appris ? Qu’est-ce qu’elle t’a appris, peut-être ?


J’ai fait ces premières parties pendant un mois, mais j’ai également été musicien sur scène avec elle pendant deux ans. Ça a été une expérience extraordinaire : celle de voyager partout dans le monde… Je n’ai même pas les mots, c’était juste génial. Surtout en terme d’exigences. Quand je fais un concert en tant que Saint DX, je peux me permettre de récupérer un problème sur scène. Tandis que sur les scènes que fait Charlotte Gainsbourg, il faut une certaine rigueur et du professionnalisme. Et puis tu apprends à vivre en groupe, à ne plus avoir peur de l’avion ni d’être sur une grande scène…


Saint DX c’est un projet à l’esthétique très forte, l’image a une place presque aussi importante que la musique. Quand tu as commencé à y penser, quelles sont les premières images, les premiers sons qui te sont venus en tête ?


Pour les sons, le point de départ a été la bande originale du Grand Bleu. Mais aussi celle de Furyo où l’on croise David Bowie et Ryuchi Sakamoto. La basse du DX7 également, dans « Take My Breath Away ». Et en termes d’images… C’était une esthétique très années 80 qui me plaisait. Je pense au concert de Talking Heads, « Stop Making Sense » où David Byrne arrive avec un ghetto blaster sur scène dans un costume gris. À chaque nouvelle chanson, un nouveau musicien arrive et ça se transforme en concert géant.



Est-ce que tu t’es inspiré également de films ou de photographies pour nourrir ta musique ? Est-ce qu’il y a eu un échange, une conversation entre différents arts ?


Forcément, oui. Je lis beaucoup de livres, donc la littérature influence mon travail et ma manière d’être. La Recherche du Temps Perdu de Proust notamment. Je l’ai lu en 4 ans et ça a été une des plus grandes expériences littéraires de ma vie. Dans l’EP, la chanson « Staccato » a été influencée par un chapitre sur les intermittences du cœur. Je voulais l’appeler comme ça au début… Sinon, en films, je pense à Leos Carax ou Wim Wenders, mais surtout aux bandes originales de films dont je parlais tout à l’heure.


On dit de toi que tu es « l’incarnation du crooner contemporain ». Est-ce que tu es d’accord avec ce terme, et qu’est-ce que tu mets derrière ?


Dit comme ça, c’est très ringard, mais je suis assez d’accord. Quand tu prends la définition de ce qu’est un crooner, je me reconnais complètement dedans. C’est un être sensible. Gainsbourg par exemple était l’incarnation du crooner : quelqu’un d’imparfait… Ça n’est pas du tout l’homme à femmes très masculin auquel on pourrait penser. C’est en réalité quelqu’un de très doux. C’est également un travail entre la voix et le micro : un crooner n’est rien sans son micro. Mais je n’irai pas jusqu’à dire que j’en suis l’incarnation contemporaine !


Qui pourrait incarner le crooner contemporain alors ?


PNL ou Frank Ocean. Ou Hamza aussi ! J’ai l’impression qu’à l’image du crooner on accole cette figure du cow-boy, de la gomina dans les cheveux… Je ne le vois pas comme ça. Un crooner c’est plutôt un babtou sensible. Saint DX c’est l’incarnation du babtou fragile.


Que ce soit entre les visuels ou les sonorités de ton premier EP, ton univers transpire l’émotivité et la douceur, entre ces fleurs, cette photo où tu tiens un chaton, des paroles… C’est un risque, de mettre trop de soi dans la musique ? Ou au contraire une force ?


Les photos ne me reflètent pas si bien : je ne mets pas de costume dans la vie. J’aime énormément les chats mais celui avec lequel on a fait des photos, on l’a trouvé par hasard ! Il traînait dans l’appartement… C’est vrai que j’aime beaucoup les fleurs… Pour moi c’est important, voire fondamental de mettre de soi dans sa musique. Il faut l’exacerber. C’est du moins ce que j’essaie de faire. Quand tu vois Chris(tine & The Queens), elle exacerbe totalement ce qu’elle est.



Tu es très attaché à la culture de l’Asie de l’Est : tu as tourné ton clip « Prime Of Your Life » à Hong-Kong, avec la danseuse Lilian Lo, et on dit que tu as été élevé dans la spiritualité bouddhiste. Ça veut dire quoi ça au juste ?


Mes parents sont bouddhistes, et je l’ai beaucoup pratiqué de mon adolescence à mes 26 ans. Je continue à le pratiquer dans les moments importants de ma vie. C’est quelque chose avec quoi j’ai grandi, et qui m’a beaucoup influencé dans mon rapport au monde, aux autres. Mon deuxième prénom par exemple, c’est Akira. Au début je voulais appeler mon projet comme ça. C’est le maître bouddhiste de mes parents qui m’a donné ce nom. Et pour le clip à Hong Kong par contre, cela tient plutôt de la volonté du réalisateur, David Luraschi. Je n’ai fait que suivre ses idées.


Et donc, dans ton enfance, tu écoutais plutôt des musiques religieuses, ou pas du tout ?


Pas forcément, non. Les musiques qui tournaient beaucoup à la maison c’était d’abord la bande-originale du Grand Bleu, encore une fois. C’est le CD qui m’a le plus marqué quand j’étais petit.


Dans ton EP se trouve une reprise de « Take My Breath Away ». Pourquoi ce morceau en particulier ? Les années 80, en terme musical, c’est une décennie dont tu te sens proche ? Pourquoi ?


Je suis né à la fin des années 80. Je ne les ai pas vécues, j’avais trois ans quand elles se sont terminées. « Take My Breath Away » a été le point de départ de Saint DX avec la recherche de ce son de basse. C’est un des premiers morceaux que j’ai fait pour l’EP. Ça m’a semblé naturel de le mettre là. C’est pour ça aussi que je ne voulais pas que ce soit un album. Pour moi il s’agit plus d’une compilation de neuf chansons avec lesquelles j’ai vécu pendant deux ans. « Regrets » par exemple est sortie il y a un peu moins de deux ans. Comme je n’avais pas encore fait d’objet j’ai voulu compiler tout ça, qu’elles soient toutes au même endroit.


Avant ce titre, on écoute « Xphanie » où l’on t’entend pour la première fois chanter en français ! Qu’est-ce qui fait que tu choisis plutôt l’anglais ou bien le français dans une chanson ?


J’ai toujours uniquement chanté en anglais. Le cheminement a été assez progressif, et assez long. Quand j’étais plus jeune j’étais dans un groupe où je ne faisais que de la guitare, je n’avais pas du tout envie de chanter. Puis je me suis mis à faire les chœurs dans un groupe. Ensuite j’ai pris le micro en lead, mais je blindais ma voix de chorus, de reverb pour la cacher le plus possible. Et tout ça toujours en anglais. Je chantais beaucoup en yaourt à l’époque. Petit à petit j’ai commencé à écrire des textes qui avaient plus de sens, mais c’était toujours assez flou. Et avec Saint DX j’ai continué à chanter en anglais, mais avec une voix bien plus proche du micro et de l’oreille des gens. Et à un moment donné je me suis mis à écrire quelques phrases en français et ça m’a plu. L’acte de chanter est déjà en lui-même une mise à nu, mais alors chanter en français… J’avais besoin de tout ce temps pour le faire. Dans mon premier album, qui viendra plus tard, on trouvera plus de chansons en français.


Enfin, vers la toute fin de l’EP se cache un morceau intitulé « Prince Is Dead », où l’on sent très clairement l’influence de Prince, au-delà du titre. Tu peux nous en parler ?


J’ai composé ce morceau le jour de la mort de Prince. Et c’était en même temps un jour particulier pour moi ; les choses allaient très mal dans mon couple. Alors je me suis mis au piano, j’ai composé le morceau et je l’ai enregistré tout de suite. Ça s’est fait en une seule prise. Je l’ai laissé tel quel, dans sa structure, au niveau de la progression des accords. C’est un morceau où je vais assez loin dans la voix, où je crie beaucoup. J’étais très émotif ce jour-là. Même après en studio, je l’ai gardé comme il était.


Est-ce qu’il y a des morceaux qui ont été à l’opposé de celui-là, que tu as mis du temps à composer et qui ne sont pas venus facilement ?


Oui ! « Prime Of Your Life » a au moins six ans et que je gardais dans mes tiroirs en me disant « je ne sortirai pas ce morceau, il ne me ressemble pas, je ne l’assume pas ». Pourtant mon label, Cracki Records, mes amis… Même ma mère me disait « c’est mon morceau préféré, il faut que tu le sortes ! » Alors j’ai cédé. Mais au mixage ça a été encore une fois douloureux, les semaines étaient difficiles. En fin de compte, j’en suis très content. Je n’ai jamais eu autant de bons retours sur un morceau. Ça en valait la peine !


L’EP sort en novembre. Au-delà de cette date, il ressemble à quoi le futur de Saint DX ?


J’espère beaucoup de concerts. Et depuis un mois, je suis rentré en studio pour travailler sur l’album. Je collabore aussi avec d’autres gens en tant que producteurs. Mais il faudra encore patienter pour en savoir plus.


Interview réalisée par Lolita Mang



Saint DX sera en concert au Point Éphémère le 12 décembre prochain. Retrouvez plus d’informations sur la page Facebook de l’évènement.

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