Interview #11 : Corps



Plus que quelques jours avant la cinquième édition de Populous, la soirée pop de Tourtoisie. Pour venir clôturer notre belle programmation, c'est Corps qui remuera la scène du Hasard Ludique avec ses textes désabusés, comme des cris dans la nuit. L'occasion de se rencontrer à Belleville pour essayer de mettre un visage sur cette entité mystérieuse.


Hello Corps, comment tu vas ?


Ça va très bien ! J’ai hâte de jouer à Paris pour Populous. Je connais beaucoup de personnes au sein de la programmation, Regina Demina, Basile di Manski… Ce sera entre amis !


Avant toute chose, pourquoi avoir choisi ce nom ?


J’avais envie d’un nom qui soit universel. Le corps, c’est quelque chose que chacun a, que chacun porte. Et puis mes textes sont assez charnels. J’aime aussi l’idée que ce soit un mot à la fois singulier et pluriel. Les gens oublient souvent qu’il y a un « s » et prononcent « corpse », ce qui me va aussi car c’est cadavre en anglais ! On retrouve ce côté corps mort… Enfin, c’est un nom français simple, court et facile à retenir.


Avec un tel nom, as-tu pour projet de faire une musique que l’on pourrait qualifier « d’organique » ? Une musique qui parle au corps ? Aux tripes ?


Il y a tellement de jeux de mots à trouver ! Il y a un morceau qui n’est pas encore sorti où je ne fais que des jeux de mots avec corps. Mais il y a également un concept dans ce projet : chaque nom de morceau a un rapport avec le corps : à corps perdu, corps sur l’autoroute… Cette idée me plaisait, de toujours me rapporter au nom du projet.


Et en même temps, tu as un univers musical très anxiogène. Ton premier EP débute par ces mots : « tout est perdu d’avance » Alors pourquoi faire de la musique ? Qu’est-ce que tu espères transmettre via celle-ci ?


Justement, il y a ce côté désabusé, une notion de désillusion qui est un peu un reflet de ce que l’on peut vivre dans notre société. De ce que j’ai pu ressentir dans ma vie, aussi. C’est pour extérioriser le négatif et le mettre sur papier. À savoir que tous les textes sont écrits avant la musique. Tous les morceaux partent du texte, et non l’inverse. Le texte ne vient pas à la fin, il n’est pas rajouté sur la musique. J’aime bien commencer par la fin, avec cette idée de fin du monde qui n’est jamais loin…


En live, tu te présentes ainsi : « J’espère que vous êtes aigris et déprimés, parce que nous, on est pires. » et les gens se lâchent complètement. Comment fait-on naître une telle énergie à partir de l’aigreur et de la déprime ?


Je crois que chacun a une facette un peu sombre. Et qui dit sombre dit besoin de décharger quelque chose, de vider son sac. Et puis c’est pour changer du discours habituel du « j’espère que vous allez aimer mon concert, je suis super heureux de vous voir, c’est super bien vous êtes super beaux ». Souvent les artistes sont très positifs sur scène. Mon idée était d’assumer ce côté sombre, de faire une fête triste. Et le plus chouette, c’est que le public est super réceptif ! Au MaMA festival à Pigalle, il y a un moins, malgré le fait que je chantais faux la moitié du concert et que je ne m’entendais pas du tout, il y avait une vraie énergie. Ça tient sans doute de la salle également, le Carmen, qui est très petite : les gens sont plus proches.


Qu’est-ce qui te déprime d’ailleurs aujourd’hui ? Et parmi ça, qu’est-ce que tu réussis à incorporer, à transformer à travers la musique ?


De voir le monde se casser la gueule assurément, mais est-ce qu’il se casse la gueule maintenant, ou est-ce que ça a toujours été le cas ? On ne sait pas trop. On est surtout dans une époque où les choses se savent beaucoup plus rapidement, on est tout de suite informés. Et puis il y a la ville. Paris est une ville très oppressante, que ce soit dans le métro ou ailleurs, il y a quelque chose de très agressif qui à la fois me repousse et me plaît en même temps. J’habite ici depuis 10 ans, ce n’est pas pour rien !

Mais je ne veux pas que Corps entre dans une dimension politique, du moins pas pour l’instant. Mes textes se nourrissent plutôt de mes ressentis, mes émotions, et sont très liés à des histoires d’amour. J’essaie de faire en sorte que ça reste suffisamment large et abstrait pour être interprétés de plusieurs manières.


Corps ne ressemble à nul autre dans le paysage de la chanson française actuelle. D’ailleurs, Corps n’a même pas de visage. C’est une manière de faire de la musique pour tous ? Qui s’adresse à tous ?


Quand mon premier EP est sorti j’ai écrit « et si le corps était le nouveau visage ? » On est tous des corps, finalement, on a tous la même base. Il est ce qui nous lie tous. Et en même temps, j’ai bien conscience que la musique que je fais n’est pas du tout universelle : soit elle plaît, soit elle ne plaît pas du tout. Il y a des gens à qui elle hérisse les poils et qui trouvent le projet horrible ! Il faut assumer aussi de ne pas faire de la musique pour tout le monde.


Ça passe également par la voix : je pense aux premiers mots de « À Corps ». Quelle incarnation tu voulais donner à ta voix ? Celle d’un monstre abominable, ou plutôt d’un robot ? Et pourquoi sur un morceau qui parle de sexe ?


Oui, un monstre ! Mais comme ce morceau part d’une relation charnelle, il faut imaginer que le monstre se fait manger. Il n’y a pas la notion de virilité, d’homme tout puissant, plutôt d’homme fragile qui se fait aspirer, voire même avaler. Dans les morceaux que je suis en train d’écrire, je continue d’explorer cette notion du sexe aussi, à la fois universelle et bestiale.



Et au niveau des textes, qu’ils soient crus ou complètement déprimés, par quoi ont-ils été nourris ? Poésie, littérature érotique ?


Pas du tout ! J’ai lu quelques livres plus jeunes, mais je ne revendique pas du tout une culture littéraire. J’ai commencé à écrire des poèmes quand j’étais adolescent et après j’ai totalement arrêté. C’est revenu il n’y a pas si longtemps et j’ai décidé d’en faire un projet. Au départ, ces poèmes n’étaient pas voués à finir sur de la musique. Mais oui, j’adore écrire, bien que je n’ai pas de références littéraires du tout.


Quand et comment est née cette envie de mettre tes textes sur de la musique ?


Ça s’est fait assez naturellement. J’avais écrit 4 poèmes et je voulais faire un projet en français. J’aime la chanson française, sans forcément parler de variété. Et je suis beaucoup plus à l’aise en français qu’en anglais. C’est d’ailleurs pour ça que la voix est souvent très monocorde : c’est pour laisser place au texte, plus qu’à la mélodie. Et les arrangements sont volontairement assez simplistes pour la même chose.


Du côté de tes clips, on remarque un point commun : une esthétique très marquée. Des magazines porno suédois des années 1970 pour l’un, Taxi Driver revisité pour l’autre… Corps serait-il nostalgique d’une certaine époque qu’il n’aurait pas vécu ?

Non, pas forcément ! Il est vrai que les textes que j’écris ne sont pas très modernes : on n’y trouve pas de verlan ou de nouvelles expressions. J’utilise des mots que l’on n’utilise plus vraiment non plus. Je m’imaginais donc mal avoir une imagerie très 2019 pour les accompagner. Mais je ne suis pas nostalgique des années 70, je vis quand même dans le présent ! Disons que cette nostalgie est purement esthétique.


Tu parles beaucoup de chanson française. Tu peux nous parler plus précisément de ce qui tourne en boucle chez toi ?


Je suis un grand fan de Brigitte Fontaine, c’est mon idole ! Après j’écoute aussi Alain Bashung, Benjamin Biolay… Mais c’est surtout Brigitte Fontaine : humainement et musicalement. J’ai été très influencé par ce qu’elle a fait. Elle a su se renouveler, s’entourer de grands compositeurs. Et toute cette folie… Elle est très punk ! Pour moi qui viens du rock, j’admirais beaucoup son énergie, et c’est une chose qui me tient beaucoup à coeur.


« Sur l’autoroute » évoque la résignation qui vient en fin d’une soirée bien ratée, dans les dernières heures de la nuit. Quelle serait le meilleur moment de la journée pour écouter CORPS ? Et pour écrire des morceaux ?


J’ai écrit « Sur l’autoroute » en rentrant de soirée très tard en effet. Je marchais sur la rocade, en pleine nuit, à côté des voitures qui passaient à toute allure. Arrivé chez moi, j’ai écrit « j’ai marché sur l’autoroute », et j’en ai fait un texte, entre la route et le constat de fin de soirée, quand tu es un peu éméché. Donc naturellement, le meilleur moment pour écouter Corps, c’est à ce moment-là ! Par contre, l’écriture se fait tout au long de la journée. J’écris par bout, dans le métro ou même dans mon lit. Ça fonctionne par phases : pendant des mois je n’écris rien, et puis au bout d’un certain temps je peux écrire 3 morceaux en 3 jours.




Ce morceau, c’est aussi l’annonce d’un grand voyage. Il ressemble à quoi le futur de Corps ?


Je réfléchis encore, je ne sais pas si ma prochaine sortie sera un album, ou bien un EP. Il y a déjà une dizaine de titres composés ; la prochaine étape est de transformer les maquettes en vrais morceaux, de les enregistrer en studio. Ce sera pour l’année prochaine ! Des nouveaux concerts aussi, à commencer par le Hasard Ludique. Et pour finir des nouveaux clips, qui sont en préparation. Le prochain sera réalisé par Temple Caché, qui était déjà à l’oeuvre pour les deux précédents.


Pour terminer, est-ce que tu souhaiterais ajouter quelque chose, un dernier mot pour la route ?


Faîtes l’amour et pas la guerre. Et sortez couverts !


Corps sera sur la scène de Populous au Hasard Ludique ce samedi 16 novembre. Retrouvez plus d’informations sur la page Facebook de l’évènement.

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