Glauque : "Ce qu’on veut, c’est faire de la musique qui laisse libre cours à l'émotion pure."

Trois titres en trois ans”. C’est une des compétences listées sur le profil Linkedin du groupe belge Glauque. Si ses cinq membres namurois savent visiblement faire preuve d’autodérision, ils ont également su nous séduire avec une composition entraînante et une plume tranchante. Ils dévoilent à présent un premier EP éponyme, qui vient ainsi concrétiser trois années à fouler les scènes. Pour comprendre les rouages d’un groupe qui ne se revendique d'aucun genre musical, nous avons échangé avec Louis, l’un des deux chanteurs.

© Maily Sterkendries

Alors, est-ce que cette première journée s’est bien passée ? Oui, c’est cool. On a eu plein de bons retours. Pour nous, c’est toujours un peu bizarre, comme on ne sort pas de morceaux souvent. C’est toujours un peu la redécouverte du stress le matin même… C’est encore une autre pression, mais on est contents. Glauque se compose d’Aaron et toi au chant, ainsi que de Lucas, Baptiste et Aadriejan aux instrus. Peux-tu me raconter comment est né Glauque, depuis le moment de votre rencontre et votre participation au tremplin Court-Circuit en 2018 ? Au début, j’écrivais et je cherchais des gens pour monter un groupe. J’ai demandé à mon frère qui a fait le conservatoire et il m’a donné le contact d’un ami, Aadriejan. On a donc commencé à deux. Puis, quelques mois après, une première date de concert est tombée - un truc organisé par un pote. Les trois autres membres nous ont rejoint ensuite, mon frère Lucas, son coloc Baptiste qui a aussi fait le conservatoire et Aaron, qui est un de mes amis d’enfance. Ça s’est fait un peu par hasard, tout naturellement, puis le concours Court-Circuit a un peu lancé le truc. Vous êtes donc cinq au sein de cette formation. Comment est-ce que chacun y apporte ses idées et ses influences, de manière à produire ce rap sur fond de musique électronique ? On fait vraiment les choses à cinq pour tout, on est tous sur le même pied d’égalité. C’est peut-être pour ça qu’on ne définit pas trop ce qu’on fait parce qu’on a tous des inspirations différentes. Ca s’est formé avec des personnes, plutôt qu’autour d’un style en commun. C’est vraiment un croisement de tout ça : Aaron et moi écoutions beaucoup de rap français, et les trois autres membres tournaient plus autour de l’électro et du rock, inspirés d’artistes comme Son Lux ou James Blake. Pour résumer, oui, on fait une espèce de rap-électro. Ce qui est compliqué avec le terme de rap, c’est toute la connotation qu’il y a derrière, que l’on ne revendique pas parce qu’on ne s’estime pas légitime là-dedans. On n’aime pas trop mettre de terme aussi par respect. Souvent, les mouvements ont une immense dimension culturelle et sociale.

© Maily Sterkendries

Vous sortez ensuite trois titres en trois ans : “Robot” fin 2018, “Plane” en juin 2019, et “ID8” plus récemment. Avec seulement trois titres, vous parvenez à conquérir les scènes belge et française, et à faire la tournée des festivals (Pete the Monkey, FNAC Live, Cabaret Vert, Dour…). Comment est-ce que vous expliquez ce phénomène ? On a un parcours un peu anachronique par rapport aux autres artistes, à savoir qu’on est un groupe de live avant tout. On n’a pas une énorme notoriété. On n’a pas de notoriété du tout d’ailleurs, mais c’est vrai qu’on a eu la chance de faire beaucoup de concerts. Les gens nous suivent grâce au live parce qu’on joue bien plus que trois morceaux. Ce qui est aussi particulier dans notre parcours, c’est qu’on a quand même un truc d’un groupe “découverte”. On peut jouer devant un public de cent personnes un jour, puis de dix le lendemain. On a pas explosé d’un coup. On a toujours pas explosé d’ailleurs. On est à un stade qui nous permet de faire plein de concerts. Vous dévoilez enfin cet EP, composé de quatre titres, plus une intro et une outro. Comment celui-ci a t-il été conçu ? Dès le début, on disait qu’on ne sortirait jamais d’EP, qu’on travaillerait directement sur l’album. À la sortie de l’été, en commençant à vraiment plancher sur l’album, on s’est rendu compte que les nouvelles maquettes n’étaient pas trop dans la même veine que ce qu’on avait fait avant. Pour que l’album soit cohérent et pour immortaliser les deux premières années du groupe, on a voulu scinder le truc en deux. Pour les morceaux de l’EP, il y a eu un peu de tout. Il y a des trucs qu’on a fait à cinq, il y a des trucs pour lesquels j'ai d’abord écrit, ou bien l’inverse. Maintenant, le schéma serait plus : ils composent et m’envoient un truc, j’écris puis on le travaille ensemble. Mais, pour cet EP, ça n’a pas spécialement été comme ça.

Si les titres de Glauque nous donnent un peu le sentiment d’être happés, l’écriture n'y est pas pour rien. Vos chansons, que tu as co-écrit avec Aaron, traitent, de façon parfois un peu brutale, de sujets tels que la monotonie de l’existence humaine ou la dépendance… D’où vient ce besoin de “poser des questions sans donner de réponses” ? Notre volonté à la base, c’est d’exprimer quelque chose qui est censé être enfoui. La démarche, c’est de mettre en lumière les questions qu’il y a au fond de nous. Dans notre temps, j’ai l’impression que ce n’est pas un truc que l’on fait beaucoup parce que notre esprit est occupé à faire d’autres choses. On ne laisse plus de place à l’ennui et c’est de l’ennui que vient ce genre de questionnement. Le risque, c’est d’être pris pour un artiste engagé, dénonciateur d’une époque ou d’un mal. Nous, ce qu’on veut simplement, c’est faire de la musique ultra subjective, qui reflète l’opinion d’une personne et qui laisse libre cours à l’émotion pure. On parle très peu de sujets sociétaux de manière générale. On n’a pas du tout envie de faire dans le politique. C’est avant tout ça : raconter des choses qu’on a vécues de près ou de loin, ou qu’on a imaginées, et que ce soit sincère.

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D’ailleurs, en parlant de vos textes, celui de “Vivre” est quand même assez fort. En effet, vous y répétez “on est tous voués à vivre”. Quel sentiment souhaitiez-vous transmettre à travers ce dernier titre ? Le but, c’était de prendre cette tournure de phrase qui est assez négative dans l’absolu, et exprimer le fait qu’on n’a pas décidé de venir au monde. On a tous une vie : qu’est-ce qu’on en fait, en fait ? Comment est-ce qu’on fait pour faire un truc avec ? Il y a des gens qui ne réussissent pas ou qui n’ont pas de but dans la vie. C’est un peu une réflexion par rapport à ça : qu’est-ce qu’on a envie de faire, est-ce qu’on a envie de laisser une trace ? Que l’on décide d’avoir un objectif ou pas, le constat est le même : on n’a pas le choix, on doit la vivre, cette vie, alors qu’est-ce qu’on en fait ? Vous jouez également avec tout un univers visuel assez parlant. Rien que le nom du groupe “Glauque”, qui était, à l’origine, une couleur… Ce n’était pas un truc très réfléchi. Quand on le trouve ce nom-là, on est tous dans une pièce. Il nous fallait absolument un nom de groupe pour le lendemain. Au bout d’une demi-heure, quelqu’un a prononcé ce mot-là, en disant que “glauque” était une couleur à la base. C’était marrant d’avoir le double sens et, au final, il s’est avéré que c’était intéressant d’exploiter ça. Ça correspond bien à ce que l’on veut faire. La couleur peut apporter un peu de beauté et de douceur à l’ensemble, donc c’est plutôt un coup de bol (rires). Vous êtes d’ailleurs très impliqués dans cette dimension visuelle. Vous avez notamment réalisé plusieurs de vos clips, dont “Vivre”, qui a été dévoilé en même temps que l’EP et qui se trouve être une compilation de moments de vie. Quelle était l’idée derrière ce clip ? Baptiste avait plein de moments de sa vie enregistrés par sa famille (quand il était petit, les anniversaires, etc). C’est venu de là. On s’est dit que ce serait marrant de faire un clip avec plein de moments de la vie de tout le monde, de gens d’un peu partout, des moments que l’on peut trouver absolument partout sur Internet… Du coup, on a commencé à faire un gros patchwork et à récolter plein de vidéos de trucs qu’on trouvait marrant, de trucs qu’on trouvait beau, de trucs qu’on trouvait triste. C’est un peu né comme ça et ça s’est construit de cette manière.


Il paraît qu’à l’avenir, vous allez prendre une direction différente… Il faut savoir que la plupart des morceaux ont été créés pendant la première année du groupe, des membres n’avaient pas encore commencé la musique par ordinateur. Il y a plein de trucs que j’ai appris à faire depuis. Tout le monde s’est amélioré, tout est beaucoup plus abouti. Mais, on ne va pas changer de style de musique. On a tous une idée plus claire de la direction où on veut aller. On se sent beaucoup plus libres.

Ce premier EP éponyme, est à découvrir sur les plateformes de streaming.



Propos recueillis par Laura Gervois.

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