Felixita : "L’horizon pour rêver tout le temps"

Si la musique apparaît très vite comme une évidence pour Felixita, l'autrice-compositrice et interprète ne nous le rend que trop bien. Avec un premier EP intitulé Esquisses, l'artiste dépeint une dolce vita à la niçoise, où flâneries, aventures et amour de soi sont les maîtres mots. Leçon de vie d'une douceur extrême.


Felixita © Andréa Montano
© Andréa Montano

La musique et toi, c’est une histoire qui débute il y a longtemps. Comment s’est construit ton rapport à la musique, justement ?


Il y a toujours eu de la musique un peu partout à la maison. Quand j’étais petite, je traînais dans l’atelier de couture de ma mère, la radio Nostalgie jouait à bloc. J’ai donc baigné dans la grande famille de la variété française : Dalida, Claude François, Johnny Hallyday… Les grands classiques. C’était une imprégnation super naturelle en fait. Puis, au collège, je me suis mise à écouter du rap. J'apprenais les paroles des chansons à la mode par coeur pour aller parler aux garçons [rires].


Tu es d’ailleurs 100% autodidacte. Tu reproduis et apprends à composer tes premières mélodies sur le “vieux piano familial”…


J’ai appris à écrire mes chansons sur le piano qui est juste là oui [désigne à travers l'écran le piano dans la pièce]. Puis, j’ai appris à composer sur ordinateur, à utiliser les logiciels, en regardant des tutos YouTube à bloc.


Il paraît que ta carrière musicale a commencé à la suite d’un accident. Est-ce que je me trompe ?


Arrivée au lycée, je ne savais pas trop quoi faire. J’avais envie de voir autre chose. Je suis montée à Paris pour prendre des cours de théâtre, mais en fait, je pense que je n’étais vraiment pas bonne [rires]. Je me chantais les textes pour les apprendre, tous les matins, en allant à mon cours sur mon vélo. Tu connais Paris : il y fait froid et gris, tu es toujours en retard… Ce fameux jour, je ne sais pas pourquoi, mais il fallait que je me sente comme Gilles Lellouche. Je répète donc mon texte sur mon vélo, et hop, j’ai un accident ! Je me prends un abribus. Et qui je me prends en pleine tête ? Une affiche de Gilles Lellouche ! J’ai tendance à un peu croire aux signes… Pendant ma convalescence, je me suis dit que je ne pouvais pas être Gilles Lellouche, que je devais apprendre à m’aimer moi. Au lieu d'essayer de jouer le rôle de quelqu’un d’autre, il faut devenir soi-même.


En juillet 2020, tu sors ton tout premier single, “Nunuages”, et son clip. “Nunuages” s’affiche un peu comme une illustration de la dolce vita niçoise, où l’hédonisme, l’amour et la légèreté pré-dominent. À quel point ta région natale est importante pour toi dans la construction de ton univers musical ?


Chez moi, le quotidien est hyper frais, hyper simple. On vit à la minute, on est tous ensemble, on fait un peu ce que l’on veut quand on veut : la sieste, des balades en bateau ou en montagne… Comme, géographiquement, Nice est une ville construite au bord de l’eau, on a l’horizon pour rêver tout le temps. Et puis, avec la pandémie mondiale, je suis revenue à la source et c’était très agréable.



Tu dévoiles ensuite les singles “Belle” et “J’aime les gars”, respectivement en octobre 2020 et en avril 2021. Est-ce que ces chansons sont pour toi un moyen de lutter contre les stéréotypes de genre, notamment contre les diktats de beauté et les normes liées à la masculinité ?


“Belle” aborde cette pression des apparences, tout le temps ! C’est très poussiéreux. L’idée est donc de se donner la possibilité d’être soi-même à 100 %, de s’aimer soi-même et d’aimer les autres. Puis, “J’aime les gars” cherche à jouer avec les codes. Car, j’espère que l’on va pouvoir inventer une nouvelle harmonie ensemble et célébrer les différences de chacun. Ces deux morceaux sont quelque part une ode à cette réunion.


Ces singles se retrouvent sur un même premier EP appelé Esquisses. Est-ce que tu peux nous expliquer les différentes étapes de sa création ?


Comment est-ce que j’écris ? Je me promène, je flâne. Je pense que la flânerie est hyper importante et après, je fais des petits dessins ou j’écris des petits mots. Ça se tisse naturellement en même temps que le processus harmonique, qui se fait au piano. La création se fait de manière très instinctive, très simple. Puis, je chante, j’enregistre avec mon ordinateur, je choisis les textures, les couleurs…


On y décerne des influences variées : la chanson française que tu écoutais petite d’un côté, la scène rap française de l’autre (Maes, Ninho, Aya Nakamura)…


J’écoute beaucoup de choses, comme tout le monde ! Il y a des jours où tu as envie d’écouter quelque chose que tu connais très bien, qui est sécurisant, qui te met du baume au coeur. Parfois, j’écoute ça, un peu par nostalgie. Puis, comme tous les jeunes, j’adore écouter Maes en voiture, ou chanter du Aya Nakamura en soirée avec des copines. Je pense qu’il n’y a pas plus empowerment que ça. C’est vraiment des heures de la journée et des sensations différentes.


Tu réalises toi-même certains de tes clips, dont le magnifique “Nunuages” et celui de “J’aime les gars”. Comment est-ce que te viennent ces idées ?


Pour les clips, c’est comme pour les chansons. Je fais d’abord des petits dessins, qui se transforment ensuite en storyboard… Puis, je vais sur mon ordinateur, je vais sur YouTube pour apprendre à faire des fesses en 3D. Et là, tu décides de ne pas faire un cul, tu en fais mille ! Tu vois ce que je veux dire ?[rires].



Je crois savoir que tu détiens tes inspirations du cinéma des années 60 / 70, notamment de la Nouvelle Vague…


Tous les soirs, on regardait un film différent à la maison - je n’ai jamais eu la télévision, on louait des cassettes à la bibliothèque. On se faisait parfois des rétrospectifs. Le cinéma d’aventure, c'est ce qui me plaît le plus : les couleurs sont flamboyantes, les personnages ont mille problèmes, dont ils arrivent toujours à se dépatouiller, les cascades, etc. Puis, surtout, ils en font toujours un peu trop… J’adore la Nouvelle Vague et tout le cinéma français et italien des années soixante, soixante-dix. Même la musique de ces films (Jacques Demi, Michel Legrand, etc) est majestueuse. On y retrouve cette générosité et cette accessibilité. Tu trouves les morceaux géniaux que tu aies quatre ou quatre-vingt-dix ans.


Le mot de la fin ?


Il faut se kiffer, et kiffer la vie !



Le premier EP de Felixita, Esquisses (Sony Music Publishing France), est disponible sur toutes les plateformes de streaming depuis le 25 juin dernier. Découvrez également son tout dernier clip, "Cabriole", un clip entièrement tourné à la pellicule dans lequel l'artiste réalise elle-même une cascade sur un camion allant à 100km/h.


Propos recueillis par Laura Gervois