EDGE : "Le refrain, c'est ma zone de confort"

Du rap, des mélodies, des joints, du spleen. EDGE a mis un peu de temps à se lancer, mais mieux vaut tard que jamais. Après s'être illustré sur les albums des autres grâce à sa musicalité et son sens de la formule, de The Hop à Bonnie Banane en passant par Deen Burbigo, le comparse de Jazzy Bazz propose une première et solide carte de visite. La mixtape Off est à son image, sobre et élégante, avec ses beats léchés, ses punchlines bien senties et ses singles efficaces. Avec ou sans durag, avec ou sans verres fumés, peu importe. On a rencontré le rappeur aux Buttes Chaumont, au milieu d'une journée trop courte de Décembre post-confinement, pour parler de son récent disque... En attendant le prochain (de disque).


Crédits : @ojoz

On peut entendre beaucoup de choses dans ta musique : du kickage, de la mélodie, de l'expérimentation sonore... Quelles sont tes influences du moment?


Depuis que je fais du son, c'est rare que je saigne vraiment un album, j’ai un peu peur d’être influencé. Je n’ai pas envie de "parasiter" les idées que je peux avoir à un moment donné. Ce truc qui te fait te dire : "Si ça marche chez un autre, il faut faire la même chose". Et j'estime que je ne suis pas du tout installé, que je n’ai pas eu une carrière assez longue pour pouvoir avoir une oreille saine, ne pas être influencé par qui que ce soit. Il faut réussir à garder une certaine authenticité.


Derrière ta mixtape se cache un homme de l'ombre : Johnny Ola, producteur et ingénieur du son...


Il est comme mon frère. Quand je commençais en tant qu’artiste, Johnny Ola était stagiaire au studio Grande-Ville ; on s’est vite très bien entendus. Ensuite, après avoir commencé à faire du son ensemble, on a monté notre label, Goldstein. Je nous vois vraiment comme un duo. Je sais que les sons qu'on fait ensemble, je ne peux pas les faire avec quelqu'un d'autre. Il a cette faculté à m'aider à aller puiser des délires différents dans ma musique, des trucs un peu deep. Je ne vais jamais être mal à l'aise avec lui, j’arrive à m’adapter à son univers.



Ce qui est drôle, c’est que malgré le fait que tu rappes beaucoup sur Off, tu fais souvent les refrains sur les morceaux de tes potes (Jazzy Bazz, Deen Burbigo, etc)...


De base, je kiffe les chansons. J’ai grandi avec le R'n'B des années 2000 : Aaliyah, 112, Jagged Edge... J'étais dans des trucs très cainri. Je valide à fond Nate Dogg : à chaque fois qu'il arrivait avec son refrain, quelque chose se passait. Le refrain, c'est ma zone de confort, c'est le truc que j'arrive à faire le plus instinctivement. Je ne suis pas un kickeur dans l'âme, ce n'est pas le truc avec lequel je suis le plus à l'aise. J'ai grandi avec le rap, mais aussi en écoutant Metronomy, ou plus tard Tame Impala. J'aime tout ce qui est entêtant : un mec comme Kevin Parker [leader de Tame Impala, ndlr] va chanter ses propres mélodies, mais tu vas aussi trouver une autre mélodie incroyable dans la production, dans les instruments. C'est cette musicalité qui m’inspire.


Tu viens du 19ème arrondissement de Paris, comment penses-tu que ta ville et ton quartier ont influencé ta musique ?


Je pense que ça a surtout joué un truc dans ma personnalité : je suis plutôt quelqu'un de réservé, mais j'ai aussi un côté très street. J’ai grandi dans une cité, ça n'a pas toujours été tout rose. Ça m'a forgé un certain caractère.


Tu es très lié à Jazzy Bazz, à quand remonte votre première rencontre ?

On avait un pote en commun qui était en cours au lycée Bergson [dans le 19e arrondissement, ndlr], puis la connexion s'est faite à force de traîner ensemble en studio. On a créé Grande-Ville en 2009-2010. C'était le lieu de création, mais aussi le lieu de récréation (rires). Je ne faisais pas de son à l'époque, j'avais plus un regard extérieur et j'essayais de conseiller, de donner mon avis sur les morceaux des autres. C'est à ce moment que je suis devenu bousillé de son.



Pourquoi ton lancement en tant qu’artiste s’est fait plus tard que tes autres amis musiciens ?


Encore une fois, c'est parce que je suis réservé. Pour moi, ce n’était même pas pensable de me mettre derrière un micro. Il y a aussi eu une période de ma vie où j'étais ultra perdu, puis il s'est passé quelque chose qui m'a fait une sorte d'électrochoc. Un déclic qui m'a fait me dire que la vie est trop courte. Je ne voulais pas avoir de regrets, j'avais besoin d'extérioriser, il me fallait tenter des choses. Jazzy Bazz m'a dit : « Commence à écrire, et vois si ça te plait. Après, on verra. »


Dans Off, tu te confies beaucoup - et sous un angle assez nuancé - sur ton rapport à la fumette et l’alcool…


Cet album est clairement thérapeutique, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il s'appelle Off : je voulais juste mettre tous mes maux en sourdine. « Je détruis mon cerveau, je le mets en off ». Je ne veux pas faire l'apologie de la drogue et l'alcool : c'est une mauvaise thérapie pour moi, j'en ai conscience. Mais c'est aussi ce qui me permet de ne plus me poser de questions. On a tous ce truc où, quand on a bu ou fumé, on se désinhibe. C'est ce qui m'a permis de faire du son.



Est-ce que ton morceau « Obsolète » est une référence au titre de MC Solaar, ou simplement une rime astucieuse ?


Deuxième option. Mais l’histoire derrière le morceau est marrante. Il y a plusieurs années, des potes m’appellent pour me dire de les rejoindre en soirée, mais ça allait être un bourbier pour les retrouver. Vers quatre heures du matin, je me décide à prendre le Noctilien en bas de chez moi pour aller à la soirée. Ça allait me permettre de sortir et de me confronter aux gens, parce que le Noctilien, c'est vraiment "le monde". Dans le bus, un pote m'envoie un message en me disant qu'il est super tard, qu’ils se cassent et que j'abuse de venir aussi tard. Je suis saoulé, je sors du bus et je me dis que je vais rentrer à pied. Je commence à marcher, avec la production de Johnny Ola dans les oreilles, je lève la tête, je vois la lune et je me dis : « Il faut que je rentre, que je fume un joint et que j’écrive ». En arrivant chez moi, j’ai trouvé cette première phase : "J’tire quelques lattes avant que l’aube se lève/Avant qu’ma nuit ne devienne obsolète ".


En pleine crise sanitaire, comment prépares-tu la suite ?


Je travaille sur un nouveau projet. L’avantage avec le confinement, c’est que ça m'a permis de faire encore plus de son. Au mois de mars, on est parti pendant deux mois avec Johnny Ola loin de Paname, et on a fait les titres que tu trouves sur l’EP Interlude 1.9. [sorti en octobre 2020, ndlr] . Chronologiquement, on a donc fait Interlude après Off, mais ce n’est vraiment pas le même genre de projet. Off est très particulier pour moi, j’avais besoin de le sortir. Interlude, c'était du kiff. Off, c'était du coeur.


Propos recueillis par Elie Chanteclair

L'album Off de EDGE est disponible sur toutes les plateformes de streaming.


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