David Numwami : “Je me suis déjà fait jeter en plein concert !”

Son troisième single, “Thema”, sortait ce mercredi 20 janvier. Enfant terrible de la pop belge, David Numwami fait partie de nos espoirs pour l'année 2021, avec, si tout va bien, un premier EP à paraître au printemps. À l'occasion d'une soirée dans un petit hôtel du IXème arrondissement, on en a profité pour lui soutirer des informations sur son rapport à la scène, à la guitare et ses anecdotes de concert les plus catastrophiques. Rencontre.


© Tamina Manganas

Salut David Numwami. En 2020, tu disais sur France Inter que ton projet s’appellerait Blue


Après l’émission, Philippe Katerine m’a dit : “Tu es sûr pour Blue ?” Je lui ai répondu que je n’étais pas sûr, mais que j’aimais bien le titre. Il m’a dit que ce n’était franchement pas terrible… Puis il continuait, en mentionnant l’album de Joni Mitchell qui s’appelle Blue. Il en rajoutait : “En plus c’est déjà pris, quoi…” avant de demander à tout le monde dans le studio ce qu’ils en pensaient… Alors… C’est sûr que je vais l’appeler Blue !


Sans parler de Les Poèmes Bleus de Georges Perros…


[Rires] Oui ! Enfin… Ça n’a aucun lien, je ne l’ai jamais lu. En réalité, j’adore l’idée d’associer une couleur à une oeuvre. Quand je fais des morceaux, et que je les classe sur mon ordinateur, il peuvent être bleus, rouges… Surtout pas vert car je n’aime pas du tout le vert. Si un morceau est vert, c’est très mauvais signe. Ça doit être lié aux sons, aux instruments. Le piano serait bleu, la guitare plutôt rouge, et puis certains sons de synthétiseurs sont jaunes.


Blue, pour le piano… Mais attends, tu es guitariste ! Tu n’en as pas marre de jouer du piano pour tout le monde ?


Je n’irai pas jusqu’à dire que j’en ai marre car c’est un instrument génial. Mais je suis un peu gêné parfois que l’on me propose de jouer d’un instrument où je ne suis pas le plus compétent. Alors qu’en tant que guitariste, je suis plutôt stylé !

Tu dis faire de la “musique de papa”. C’est juste parce que tu as trop traîné avec Nicolas Godin ça.


[Rires] Avec tout l’amour, toute l’admiration et tout le respect que j’ai pour lui, c’est vraiment la musique de papa ultime. Et j’étais trop heureux de pouvoir la jouer avec lui. Moon Safari, Talkie Walkie, c’est toute mon adolescence. Mais en réalité, je ne sais pas exactement ce que signifie ce terme de “musique de papa”. Probablement quelque chose de calme, voire un peu chiant. C’est ce qui m’a construit, même si j’en écoute de moins en moins. Aujourd’hui j’écoute toujours de la musique chiante, mais moins de papa, comme “No Butterflies, No Nothing”, le dernier morceau de Erika de Casier.



Ça fait un moment que tu évolues dans le milieu de la musique, et tu lances seulement maintenant ton tout premier projet solo. Pourquoi avoir autant attendu ?


C’est une bonne question car justement : je ne sais pas. Peut-être que j’avais peur… Mais je ne crois pas. J’étais trop persuadé que personne n’allait m’écouter, donc ça ne peut pas être de la peur. En fait, tant que je ne suis pas content de ce que je produis, je n’ai pas envie de le sortir. Je ne suis pas dans une course frénétique. Ça fait longtemps que je suis dans la musique, et j’ai déjà eu tout ce que j’espérais. J’ai rencontré des gens qui sont devenus mes amis, je suis tombé amoureux, j’ai pu voyager, jouer avec des gens que j’avais écoutés toute mon adolescence… Finalement, sortir un disque ne m’apparaissait pas nécessaire.

Qu’est-ce qui a été le déclic, alors ?


Le confinement. Je me suis retrouvé tout seul face à ces fichiers sur mon ordinateur, et je me suis dit qu’il valait peut-être mieux qu’ils sortent. La frustration a pris le dessus. J’avais fait tous ces morceaux, alors autant en faire quelque chose ! C’est presque une responsabilité par rapport aux morceaux, qui m’ont pris beaucoup de temps et d’énergie. Maintenant ils existent. Je les vois un peu comme des petits bébés qui demandent à sortir. Au bout d’un moment, il faut mettre bas et laisser les bébés sortir.


Tu n’es pas frustré de ne pas pouvoir le défendre en concert ?


Je dois avouer quelque chose qui peut sonner mal ou bien comme un manque d’empathie, mais j’aime bien faire de la musique dans ce contexte de pandémie. Ça me convient mieux. Je suis très casanier ou peut-être un peu mal à l’aise. Pour moi, c’est génial de pouvoir tout faire à la maison. “Beats!”, ça raconte exactement ça.



Mais tu as l’air de te faire plaisir en concert !


Je m’amuse bien en concert… mais je m’amuse mieux chez moi. [Rires] Les soirées par exemple, c’est un contexte où je suis vraiment mal à l’aise. Quand je rentre chez moi, je repense à tout ce que j’ai dit, j’ai honte, ou peur de ne pas avoir dit ce qu’il fallait dire… Une partie de moi est donc très séduite à l’idée de faire de la musique et de ne rencontrer personne !

Pourtant tu as toujours travaillé entouré, entre Charlotte Gainsbourg, Sébastien Tellier…


Ah oui ! Je pensais plutôt aux gens qui écoutent ma musique, et qui ont bien aimé. Quand ils m’envoient des messages, ça me fait toujours énormément plaisir, et surtout, je suis content de ne pas les décevoir par la rencontre.



Pourquoi, on t’a déjà envoyé un message après un concert pour t’insulter ?


C’est surtout moi qui me fait des films… Parfois, après des concerts, j’ai peur d’avoir été trop prétentieux. En fait, il y a quelque chose de très bizarre dans le fait de monter sur scène. Boum, la lumière est sur toi !


Comme si tu jouais un personnage ?


Il y a en effet une ambiguïté, mais qui n’est pas claire comme au cinéma. Il reste une partie de toi, que tu exagères. Je me souviens d’une fois où j’avais un truc un peu énervé, je criais… Alors qu’en vrai, je ne crie jamais !


© Tamina Manganas

La scène te permet de faire ce que tu n’oserais pas faire dans la vraie vie.


Exactement. Sauf qu’ensuite, il faut assumer devant le regard d’autrui. C’est ça qui est bizarre. Je pense qu’il est déjà plus facile d’accompagner quelqu’un sur scène comme je l’ai fait.

Tu es le même à ton propre concert, et à un concert de Charlotte Gainsbourg ?


Non ! Mais je fais quand même beaucoup le kéké. Parfois on avait des scènes, notamment en festival, où tu as une plateforme qui avance vers le public, comme un couloir. T’inquiète, j’y allais ! Mais encore : je jouais le guitariste. Et c’était drôle ! Ce n’est pas tous les jours que tu as l’occasion de le faire, alors autant y aller. Même si je trouve ça toujours un peu ridicule. J’ai l’impression d’être un grand gamin. Je dois un peu me mentir à moi-même, car finalement, je dis que je n’aime pas la lumière, mais dès qu’il y a moyen de gratter un peu de lumière, j’y vais.

C’est un sacrifice qui t’arrange bien.


C’est ça. Quand le concert se passe bien, c’est dingue. Malheureusement, je me souviens surtout des concerts qui se passent mal. Certains car le public n’est pas trop dedans, ou que toi tu joues mal, ce qui arrive souvent. Avec Le Colisée, mon premier groupe, un organisateur un peu ivre était venu nous dire qu’il doutait sincèrement de l’intégrité artistique de notre proposition, et nous a demandé de partir, en plein concert ! Il m’est arrivé de me faire jeter de scène, que le public parte, ou encore de me faire embrouiller après un concert… Avec Charlotte Gainsbourg en Pologne, le décor nous est tombé sur la gueule !

Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là ?


On s’est tous marrés. Le plus drôle c’est qu’il est tombé, mais très lentement. On voyait les miroirs motorisés descendre par petits à-coups. À un moment, les miroirs remontent, et mon pied de micro était accroché, il remontait avec le décor ! Un mec est arrivé en courant pour le rattraper. Le public était mort de rire.


Propos recueillis par Lolita Mang