Clio : “Je ne me lasse pas d’explorer les histoires de sentiments"

Le 23 avril dernier, Clio dévoilait son troisième album, L’amour hélas. Un dix titres, à mi-chemin entre chanson française et électro-pop, qui est venu égayer notre quotidien avec sa chaleureuse tendresse, son optimisme et sa légère touche d’ironie. De Paris (en juin) à Berlin, en passant par la rue de Prague, L’amour hélas nous fait l’effet de l’évasion qu’on n’attendait plus. Direction : un monde de sentiments et de souvenirs, touchant mais pas fleur bleue. Rencontre.


© Mélanie Elbaz
© Mélanie Elbaz

Salut Clio ! Tu es aujourd’hui autrice-compositrice-interprète mais tu te destinais à la base à une carrière de professeure des écoles, comme tes parents…


Pas du tout ! J’ai suivi ces études pour être sûre de ne pas me retrouver dans une situation trop compliquée. C’est super confortable de savoir que l’on a quelque chose sous la main, au cas où les projets un peu foireux comme l’écriture ou la musique ne fonctionnent pas. Mais je n’avais vraiment pas envie de suivre cette voie, j’ai toujours voulu écrire.


Tu es maintenant la seule de ta famille à faire de la musique, n’est-ce pas ?


Mon petit frère travaille dans un label de musique, donc finalement on est quand même deux sur quatre à avoir emprunté ces chemins-là. En tout cas, je suis la seule à ne pas avoir fait de musique petite, et la seule à en faire maintenant.


Quel est ton rapport à la musique dans tout ça ?


La musique, c’est vraiment quelque chose que j’ai découvert toute seule et que je n’ai pas du tout appris. Toujours pas aujourd’hui. Je tâtonne, je fais tout à l’oreille. J’ai un petit savoir-faire qui me permet de bricoler mes compositions. Maintenant, à force de jouer du piano, même si je joue comme un manche (rires), je finis quand même par savoir faire des trucs. Mais, au départ, je n’avais aucun bagage, j’ai vraiment un rapport intuitif.


Tu sors un premier album éponyme en 2016, sur lequel figure le single “Éric Rohmer est mort” en duo avec Fabrice Luchini. On y découvre un côté chanson française qui rappelle Vincent Delorme, Barbara ou encore Alain Souchon. Puis, sort en 2019 Déjà Venise, un second opus aux sonorités électro-pop. Comment est-ce que tes influences évoluent entre chaque album ?


Mes influences n’ont pas changé : il y a aussi William Sheller, Étienne Daho… J’adore la chanson ! Ce qui me fait aimer une chanson, ce sont au départ une mélodie, une voix, des mots. Les arrangements viennent en supplément. Barbara et Alain Souchon sont ceux pour lesquels j’ai le plus d’admiration dans ce domaine-là. Sur le premier album, j’ai enregistré mes chansons fidèlement, par rapport à ce que je faisais sur scène. Il s’agissait vraiment des chansons de mes débuts, des petites scènes guitare-voix. Sur les deux derniers albums, j’ai eu envie d’explorer la partie arrangements, ce que je n’avais pas du tout fait sur le premier.


Si on se concentrait à présent sur l’écriture… Je crois savoir que c’est une des choses que tu préfères faire. Tes chansons racontent des histoires de sentiments, d’amour, de rupture parfois. Qu’est-ce qui t’inspire autant dans ces thèmes ?


Je crois que j’ai du mal à écrire sur autre chose. Je n’essaye pas vraiment ou bien je fais semblant d’écrire sur autre chose. Mais en fait, je ne me lasse pas d’explorer les histoires de sentiments - pas que les histoires de couples. Ce sont des sentiments à l’égard de plein de choses : les gens, les lieux, le passé… Mon écriture est très axée là-dessus. C’est exactement le propos de la chanson (L’amour hélas, ndlr), que ça serait peut-être bien de parler d’autre chose, mais je ne le fais pas (rires) ! J’aime l’idée d’évoquer un sentiment qui peut parler à plein de gens.


© Mélanie Elbaz
© Mélanie Elbaz

Tu dévoiles à présent ton troisième album, intitulé L’amour hélas (inclus la chanson du même nom). On est d’abord confronté à un message un peu négatif avec ce titre, comme “l’amour, cette chose vouée à l’échec”. Pourtant, tes chansons sont toujours teintées d’un certain optimisme, sans être dénuées d’ironie…


Pour moi, ces choses-là ne sont pas toutes noires. Je crois que je ne fais jamais de chansons qui vont dans un seul sens, vers le sombre. Ce n’est pas du tout comme ça que je ressens les choses, j’essaye toujours de garder le plus de légèreté possible. J’aime bien le titre de ce disque. Mais c'est vrai que le mot “hélas” est connoté, comme si on déplorait quelque chose… Il y aussi beaucoup d’ironie, oui. Quand on écoute la chanson, on se rend compte que je fais semblant de m’excuser de parler d’amour, en fait. Ce ton-là, cet aspect-là de l’écriture, c’est un peu celui que j’ai depuis le début, même sur le premier disque.


Il y a une chanson qui a attiré mon attention, c’est “La belle affaire”. Ce qui m’interesse particulièrement, c’est l’aspect un peu empowering de ce personnage qui s’affirme, qui est “super bien dans ses pompes” et qui “cause plus fort que tout l'monde” après une rupture. Alors bien sûr, il y a toujours une pointe d’ironie… mais est-ce qu’une volonté particulière se cache derrière cette chanson ?


Il y a un peu de cette idée, oui, dans mes personnages. C’est quelqu’un qui se permet de faire ce qu’elle ne se permet pas de faire habituellement. C’est quelqu’un qui garde la tête haute, qui ne se laisse pas faire. Pour moi aussi, ces idées-là sont très importantes…


Sur ce disque, on découvre également “L’appartement” en duo avec le mythique chanteur et compositeur américain Iggy Pop. Comment s’est passée cette collaboration ?


En écrivant cette chanson, j’imaginais toujours une voix dont la tonalité était au plus haut de ce que je pouvais faire. Et j’imaginais toujours la voix du garçon très loin de l’autre côté. Je ne sais pas très bien pourquoi, mais je l’imaginais très grave avec un accent anglais. C’est mon manager qui m’a dit “on n’a qu’à demander à Iggy Pop”. On a tous rigolé, on n’y croyait pas une seconde ! Puis j’ai réécouté son disque en français, qui est magnifique, et je me suis mise à en rêver. Ça correspondait exactement à ce que j’imaginais pour cette chanson. C’était la voix de mes rêves, vraiment ! On a tenté le coup et il a dit oui. C’était incroyable comme nouvelle et c’était encore plus incroyable d’entendre la voix d’Iggy Pop qui chantait avec la mienne !



Des projets pour la suite ?


La scène qui devrait revenir un jour ou l’autre, on ne sait pas bien quand… Avec notamment un concert à la Cigale le 15 novembre prochain. Puis, j’écris toujours, beaucoup. C’est déjà pas mal !



L'amour hélas (Un Plan Simple) est à découvrir et redécouvrir sur toutes les plateformes de streaming.


Propos recueillis par Laura Gervois