Brook Line : un Focus dark et introspectif

Ne vous est-il jamais arrivé de déborder d’inspiration une fois la nuit venue ?


Le premier à approuver serait certainement Brook Line. Après la sortie de quelques titres ces derniers mois, l’artiste rouennais Brook Line nous dévoile l’album Focus, une expédition nocturne au cœur d’une ville désertée. Retour sur Focus, le premier album de Brook Line, sorti le 19 février dernier chez Mouton Noir Records.


© Alex Crk


Hugo ou plutôt Brook Line a grandi dans une famille très marquée par la musique. Alors qu’il est adolescent, sa grande sœur lui fait découvrir le monde électro et techno parisien, marquant ses début en production musicale. Quelques années plus tard, il arrête ses études pour se consacrer pleinement à sa musique et publie ses deux premiers EPs, Paradoxe (2016) et Run Away (2018). Son travail plait, ce qui lui vaut une sélection pour les Inouïs du Printemps de Bourges et sa première grande scène aux Rencontres Trans Musicales de Rennes.


Brook Line s'est beaucoup inspiré de Justice, notamment du titre « Phantom ». Avec une telle influence, Brook Line s’exprime en travaillant les textures musicales, qui accordent une atmosphère sombre et brute à ses titres.



Focus, c’est un album introspectif aux yeux de l’artiste, l’incitant à faire une mise au point sur son avenir. Hybridation entre « dark electro » et « bass music », sa musique se prête presque à la science-fiction, comme l’avait fait Daft Punk avec le fameux « Derrezzed » pour le film Tron : L’Héritage (2010). Tous deux utilisent des « glitchs sonores », c’est-à-dire des petites distorsions musicales qui couplées aux synthés et basses, donnent un effet digital et futuriste à ses compositions.



Il y a l’intrigant « To the Dawn » qui est le track le plus personnel de l’album. Avec une base percussive surmontée de notes de synthés, Brook Line aborde les rêves et les idées persistantes : une approche aussi douce que brutale. C’est le photographe et vidéaste Alex Crk qui s’est chargé de lui confectionner un clip où défilent les falaises brutes près d’Etretat. Entre vitesse et sensations, la musique accompagne un motard à la poursuite d’un rêve, d’une illusion.



Le visuel n’est pas ce qui manque à cet album, puisque « Focus » et « Night Curves » ont aussi leur clip. Dans le titre qui a donné son nom à l’album, une cheerleader pleine d’assurance occupe l’espace d’un stade vide. Au fil du morceau à l’atmosphère sombre, elle flâne dans la ville, vers un lieu peut-être plein de vie… La seule ombre au tableau serait peut-être le clip de « Night Curves » dont la représentation « objet » de la femme autour du rappeur Emcee Agora n’apporte pas beaucoup à l’identité visuelle de l’album.



D’autre part, « Audace » et « Border of Lake » jouent avec le tempo et les textures. L'intensité de la mélodie et l'aspect texturé et crunchy des morceaux, dotent cet album d’une dimension plus aérienne, sans pour autant se détacher du beat puissant qui nous ramène sur terre.


Jolie touche finale pour un album complexe par ses structures musicales, Focus s’achève sur l’outro « Pledge », qui élève l’album vers un registre plus deep mais tout aussi puissant. Brook Line a su travailler les lignes percussives accordées à des synthés vintage, évoquant alors des sonorités trap voire une dubstep assez minimale. L’album Focus est comme une ode à la nuit, qui ne manque pas de mélodies lumineuses, à écouter sans limite lors d’une escapade nocturne …


Clara Jouaux-Savinien


Focus est disponible sur toutes les plateformes de streaming :