BEST OF B.O #3 – Année 2020

Mis à jour : févr. 8

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie.


Cette année aura été difficile pour le cinéma : sorties salle décallées, voire annulées ... Mais quelques films sont néanmoins arrivés à passer entre les gouttes. C'est ainsi que B.O.BINES te prend la main et t'invite à plonger au coeur de ce qui a fait l'actualité ciné-musique de cette année à travers notre BEST OF des B.O de l'année 2020, avant d'attaquer le cru 2021, qui, on l'espère, sera plus abondant.

#1 - La nuit venue de Frédéric Farrucci - B.O de Rone


© La Nuit Venue / Jour2Fête

Une musique lancinante, des virées au volant d’une berline noire quadrillant un Paris en clair-obscur, la rencontre entre deux personnages solitaires… La Nuit Venue, premier long métrage de Frédéric Farrucci sorti cet été nous emmène avec lui dans un Paris pré-covid, nocturne et électrique.


L’histoire suit Jin, Chinois immigré clandestin à Paris, ex-DJ à Pékin devenu chauffeur de VTC de nuit pour un groupe de mafieux chinois. Prisonnier de la dette qu’il doit rembourser à ses supérieurs, il est contraint de conduire inlassablement jusqu’au jour où il pourra se libérer de cette emprise. Un soir il rencontre Naomi, mystérieuse call girl coincée, elle aussi, dans une vie qu’elle aimerait fuir, prisonnière de sa précarité tout comme Jin. La rencontre de ces deux âmes en peine, timide au départ, va très vite venir bouleverser leur vie et précipiter leur passage l’action : fini la solitude et l’astreinte, place à l’amour et à l’espoir.


© La Nuit Venue / Jour2Fête

Univers nocturne s’acoquine ici avec une musique électronique omniprésente composée par le musicien autodidacte Rone, dont c’est le sixième film mais premier long métrage de fiction. Sa musique électrisante et grisante met en exergue la solitude commune aux deux personnages, très vite connectés par leurs goûts musicaux. Le film arrange une place de premier plan à la musique, et notamment à la musique électronique : en tant que soundtrack d’une part et même au-delà. Elle apparait en effet en filigrane lors des courses de Jin à Paris : on aperçoit Rone sur des affiches placardées au mur et même à un concert auquel Jin invite Naomi. La musique est jouée presque en continu dans la voiture de Jin et dans son casque … Une musique taiseuse qui semble ne jamais s’arrêter et nous emporte dans l’univers du film sombre, presque mystique. N’oublions pas que Camélia Jordana, qui joue la mélancolique Naomi, est elle-même chanteuse et a d’ailleurs écrit une chanson spécialement pour le film qui n’apparait pas à l’écran mais uniquement dans la bande originale.


La Nuit Venue est un polar puissant, nominé notamment au Champs Elysées Film Festival, qui introduit des problématiques sociales. A travers une histoire d’amour désespérée, il couvre les sujets de précarité sociale à Paris : immigration, uberisation, qui laisse miroiter une liberté qui n’en est rien. Paris est finalement le troisième grand personnage de ce film : belle et lumineuse à première vue, mais pour les marginaux l’obscurité et la solitude urbaine recouvrent le tout d'une chape de plomb.


La Nuit Venue de Frédéric Farrucci, sorti en salle le 15 juillet 2020, est disponible en VOD notamment sur MyCanal.


La bande originale est disponible sur les plateformes de streaming.


Par Emma de Bouchony



#2 - Poissonssexe de Olivier Babinet – B.O de Jean-Benoît Dunckel


© Poissonsexe / O'Brother Film Distribution

Et si les poissons finissaient par disparaitre de la Terre ? C’est à partir de ce scénario dystopique pas si absurde que débute le troisième long métrage d’Olivier Babinet Poissonsexe, comédie romantique loufoque sur fond d’urgence écologique.


Dans le petit village de bord de mer, sorti tout droit de l’imagination du réalisateur, Bellerose, vit Daniel, scientifique qui travaille sur la reproduction des poissons alors que ces derniers sont en voie d’extinction et que la dernière baleine Miranda est suivie par le monde entier. Daniel lui-même est un homme en mal d’enfant. Il désire par-dessus-tout devenir père mais avec qui, puisque seules 3 femmes sont en âge de procréer dans son village ?


Arrive sur son chemin Lucie, jouée par l’excellente India Hair, avec ses cheveux roses, sa voix lunaire et sa douceur naturelle. Elle aussi panse des blessures, des douleurs profondes. Le jour de leur rencontre marque aussi la découverte d’un poisson inespéré, plutôt amphibien, échoué sur la plage, signe d’espoir lumineux pour Daniel.


© Poissonsexe / O'Brother Film Distribution

Ce film alterne entre réalité écologique et burlesque, où on se laisse bercer par la douce folie et la mélancolie des personnages. Daniel maladroit et nostalgique de la vie qu’il a failli avoir en Californie et Lucie, marquée par des blessures passées.


La bande originale est composée par Jean-Benoît Dunckel, moitié du duo français de pop planante Air, et déjà auteur de la musique du premier film de Olivier Badinet Swagger. Dans Poissonsexe, elle accompagne le film tout en sobriété, sans jamais voler la vedette aux personnages ou à l’histoire. On retrouve la patte musicale du groupe à travers des sonorités électriques presque SF, qui correspondent bien à la part de surréalisme du film. Cette musique sonne néanmoins en demie teinte avec une atmosphère nostalgique, que l’on retrouve chez les personnages que ce soit Daniel ou Lucie, tous deux ayant mis de côté des rêves, notamment d’enfants. Quelques notes folk renvoient à la Californie, là où Daniel a failli faire sa vie. Petit clin d’œil avec l’apparition brève mais remarquée de Bonnie Banane à la télévision, avec deux chansons de sa composition "Champs Elysées" et "L’appétit". A la fois chanteuse et personnage, ovni de la scène musicale française, son apparition rapide souligne un peu plus le farfelu du film.


Comédie romantique indéniable, Poissonsexe demeure inclassable. Voyage progressif vers l’inattendu, on est vite enveloppé d'un univers pastel et surréaliste. Mais dans ce film, l'absurde se mélange insidieusement au réel et le village imaginaire subit un phénomène écologique pourtant bien réaliste alertant ainsi sur un futur très crédible.


Poissonsexe de Olivier Badinet, sorti en salle le 9 septembre 2020, est disponible en VOD notamment sur Arte. La bande originale de Jean-Benoît Dunckel est disponible sur les plateformes de streaming.


Par Emma de Bouchony




#3 - Dark Waters de Todd Haynes – B.O de Marcelo Zarvos


Dark Waters © Participant & Killer Films

Dark Waters retrace l’histoire vraie de Robert Bilott, avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques qui va mener un combat sans fin contre le téflon et révéler les pratiques toxiques de la société américaine Dupont de Nemours.

Todd Haynes nous livre un thriller proche du documentaire, tant moderne que poignant, et choisit judicieusement de faire appel à Marcelo Zarvos pour la bande originale. Le compositeur et pianiste brésilien sublime en effet l’incroyable mise en accusation de ce lanceur d’alerte (interprété par Mark Ruffalo) par sa musique qui émeut autant qu’elle ne fait frissonner. D’après le compositeur lui-même, Todd Haynes souhaitait « une partition électronique, un accompagnement de cordes et quelques éléments de piano » (Sources : Filmélodie et Gold Derby). Des indications simples et pourtant un résultat plus que surprenant. Le spectateur est inconsciemment porté par la musique : sa volonté de justice grandit et obéit minutieusement à la progression musicale du film.


Dark Waters © TOBIS Film GmbH

Un thème au piano d’une durée de neuf minutes « Teflon Connection » structure le film et vient mettre en lumière une des séquences les plus déterminantes du film de manière osée et ambitieuse. Cet avocat qui pourrait sembler véreux va finalement aller à l’encontre même des intérêts de son employeur, essayant d’ouvrir les yeux de la population face à une situation aux conséquences écologiques et sanitaires terrifiantes.


La BO évolue donc avec l’investigation, concorde avec l’engagement progressif de Robert Bilott dans cette lutte acharnée contre le géant de l'industrie chimique. La bande son fait de ce film dramatique un véritable « thriller écologique » : l’angoisse atteint le spectateur et fait de ce réquisitoire une aventure captivante, bouleversante et révoltante.


L’œuvre de Marcelo Zarvos est présente à chaque étape de l’enquête et marque la noirceur des découvertes faites. Des aires mélancoliques, des notes laissant place à l’amertume voire à l’absence d’espoir, Marcelo Zarvos ouvre la voie de la dénonciation, seul contre tous certes, mais avec une volonté des plus impressionnantes. Cette bande sonore joue le rôle d’un véritable outil au service de ce thriller justicier, dont la cause est évidente et pourtant la bataille longue et fastidieuse.


Dark Waters de Todd Haynes est sorti en salle le 26 février 2020, il est disponible sur UniversCiné et la bande originale sur les plateformes de streaming.


Par Adèle Hurier





#4 - L'incroyable histoire de l'Île de la Rose de Sydney Sibilia – B.O de Michele Braga


L'incroyable histoire de l'Île de la Rose © Netflix

S’il y a une chose dont nous avons tous eu besoin d’une façon ou d’une autre au long de cette année 2020, c’est de s’évader. L’incroyable histoire de l’Île de la Rose de Sydney Sibilia satisfait ce besoin à la fois par son sujet que par son contexte, en passant naturellement par sa bande son.


Rendez-vous Rimini, petite ville côtière du nord-est de l’Italie, en 1968. Alors qu’à Paris les étudiants sont dans la rue, Giorgio Rosa, jeune ingénieur italien fraîchement diplômé et incompris par la société qui l'entoure, a une idée pour se détacher une bonne fois pour toute de l'intégralité des règles qui lui sont imposées par l’ordre établi. Avec l’aide de son ami Maurizio, il décide de construire son propre état indépendant, une île à quelques kilomètres au large de Rimini, en dehors des eaux territoriales italiennes. Tirée d’une histoire vraie, cette véritable quête de liberté leur attirera la rage du pouvoir italien, particulièrement lorsque Rosa fera appel au Conseil européen pour défendre la reconnaissance internationale de son état, l’Île de la Rose.


L'incroyable histoire de l'Île de la Rose © Netflix

La bande son du film est construite sur un mélange harmonieux entre une musique originale de Michele Braga, une série de tubes de la période yéyé, et des titres issus de librairies musicales. Au programme : la reprise de California Dreamin’ en italien par Dik Dik, des icônes de la musique italienne des années 60 comme Rita Pavone, Nico Fidenco et Caterina Caselli mais également le rock psyché de Shocking Blue et The Human Beinz en passant par Jimi Hendrix et Barry McGuire avec son emblématique Eve of Destruction.


La musique originale de Michele Braga, compositeur italien déjà connu pour son travail sur Dogman de Matteo Garrone en 2018 (qui avait été en lice pour la Palme d’Or à Cannes) se marie à cette ambiance très 60s en y ajoutant de la modernité. Alors que les tubes yéyés illuminent principalement les moments gais du récit, la partition de Michele Braga traverse les émotions. En effet, le compositeur passe de morceaux doux et suaves comme Car Journey ou University, à la frénésie de Maurizio Drowning, sans oublier les cinématiques Back To Rimini et They’re Shooting It Down. C’est cette diversité de sensations qui, étoffée par des titres yéyés reconnaissables, fait la force de la musique de ce film à la fois touchant, drôle et inspirant.


L’incroyable histoire de l’Île de la Rose de Sydney Sibilia est sorti directement sur Netflix le 9 décembre 2020. La bande originale de Michele Braga est disponible sur les plateformes de streaming.


Par Dimitri Sinitzki





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