BEST OF B.O #1 - Rentrée 2020

Mis à jour : oct. 29

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie.


Tu as raté les dernières sorties ? Un peu à la ramasse sur les B.O qui ont marqué la rentrée ?

B.O.BINES te prend la main et t'invite à plonger au coeur de ce qui a fait l'actualité ciné-musique de ces derniers temps à travers notre BEST OF des B.O de la rentrée.


#1 DRUNK de Thomas Vinterberg


Le 14 Octobre dernier, Haut et Court nous faisait le grand plaisir de sortir Drunk en France. Ce long-métrage fait le choix d'un synopsis surprenant : quatre collègues professeurs d’un lycée décident d’expérimenter la théorie selon laquelle « il manquerait à l’homme 0,5 g d’alcool par litre de sang » (source : Bande annonce Allociné). Dans la lignée de La Chasse, Thomas Vinterberg fait le choix d’une caméra qui ne dicte pas l’action mais qui vient suivre les scènes portées par une BO ambitieuse et originale.


Drunk © Henrik Ohsten

La bande annonce, elle, permettait déjà de découvrir le morceau phare de cette BO. Il s’agit de "What a life" de Scarlet Pleasure. Ce trio danois en pleine émergence propose un titre électro-pop aux sonorités funk, soul, et aux influences R&B des années 1990. Il accompagne notamment de manière osée et loufoque la dernière scène du film. Ce choix de morceau n’est pas anodin puisqu’il raconte l’histoire d’un individu à la recherche constante de ce qu’on pourrait appeler « la belle vie ». La musique accompagne le processus de transformation de Martin (interprété par Mads Mikkelsen) dont la vie semble au début du film morose et ennuyeuse pour progressivement se détacher des conventions. La complexité de son personnage atteindra son paroxysme avec l’énergie grandissante de "What a life".


La BO contribue à un tournant majeur dans ce film avec le titre incontournable "Cissy Strut" de The Meters. Ce tube est profondément enraciné dans la tradition musicale funk des années 1960/1970 de la Nouvelle-Orléans. Après Jackie Brown, chef d’œuvre de Quentin Tarantino, il trouve un souffle nouveau dans Drunk via une scène où les quatre amis sombrent dans l’ivresse dans une forme de perdition.


Si ces deux titres semblent battre la mesure du film, on pourrait diviser la bande originale en trois atmosphères musicales différentes. D'abord une lignée funk, pop et dansante avec les deux chansons précédemment mentionnées. Mais on note également un emprunt au répertoire scandinave traditionnel dont l’hymne national civil du Danemark, et des morceaux danois et suédois. Enfin, l'apparition de morceaux classiques constitue une troisième ambiance : Tchaïkovski, Schubert ou encore Scarlatti.


C’est finalement ce contraste qui rend cette bande originale si atypique et audacieuse et le film à la fois drôle, dramatique et touchant.

Par Adèle Hurier



#2 Kajillionaire de Miranda July - B.O d'Emile Mosseri


Regarder un film de Miranda July, c’est se plonger dans un univers défiant la normalité du monde. Dans Kajillionaire, sorti en salles le 30 septembre, la réalisatrice américaine peint la vie d’une famille inclassable. Un père et une mère n’ont éduqué leur fille unique Old Dolio (interprétée par Evan Rachel Wood) qu’en lui apprenant à escroquer, arnaquer et voler dès que possible. N’ayant jamais connu ni affection, ni tendresse, la jeune femme est bouleversée par l’arrivée d’une inconnue dans sa vie lors d’un des cambriolages loufoques que Old Dolio conçoit avec ses parents.


Kajillionaire © Focus Features

On comprend tout au long du film que c’est de l’amour et de l’évasion qu’il manque à la vie de Old Dolio, coincée dans cette famille étrange et son incapacité d’aimer. Le compositeur Emile Mosseri accompagne ce manque par plusieurs thèmes musicaux récurrents, dont le "Love Theme", qui vient guider le récit avec sa mélodie mélancolique, ses variations et son lyrisme infiniment romantique. Ces notes initialement jouées au piano évoluent vers les nappes électroniques de "Strangers", se perdent, se retrouvent, et illustrent la métamorphose du personnage de Old Dolio tout au long du film. Les différentes reprises du thème culminent vers "Infinite Love", une version chantée par la voix sublime de la soprano Theodosia Roussos dans une effervescence de sensations qui rappellent certains des passages les plus tendres de la "Rhapsody in Blue" de Gershwin.

La musique de Kajillionaire fonctionne en symbiose avec l’esprit d’expérimentation de Miranda July, permettant des morceaux tels que "Rile Me Up" ou "Darker Than This" qui viennent briser le chagrin du thème principal pour y introduire un espoir, une certaine folie habillée par le compositeur à l’aide de guitares fuzz et de synthés tranchants.

On retrouve également une collaboration avec Angel Olsen qui vient embellir cette bande originale d’une reprise de "Mr. Lonely" de Bobby Vinten. La délicatesse de la voix d’Olsen placée sur l’arrangement planant et intimiste d’Emile Mosseri illustre la fragilité de Old Dolio. Une autre participation, celle de la compositrice Summer Mastous sur le titre "Melusine" apporte un air de piano tout aussi surréaliste (comparé au reste de la musique) que la scène du film qu’il accompagne.

Tel un long poème chanté, cette musique d’Emile Mosseri apporte une sensibilité en parfaite harmonie avec l’écriture de Miranda July.

Par Dimitri Sinitzki



#3 Ema de Pablo Larrain - B.O de Nicolas Jaar, Estado Unido et Tomasa del Real


Sorti en salle en septembre dernier, Ema est un ovni tout droit venu du Chili. Ce long métrage réalisé par Pablo Larrain, également réalisateur de No, Neruda et Jackie, dresse le portrait d’une danseuse en quête de liberté et rend hommage au reggeaton, genre musical extrêmement populaire au Chili.


Ema © Fabula

L’atmosphère du film, hypnotique, flamboyante, jamais mélancolique, est renforcée par une bande originale expérimentale qui agit sous le coup d'une dynamique double. Tout d'abord, pour une grande majorité des sons, une musique électronique, minimaliste, très instrumentale sort des manettes de Nicolas Jaar. Il laisse la place à deux autres artistes lorsqu'apparaissent les premiers rythmes de reggaeton. Estado Unido d'une part, mystérieux artiste dont certains soupçonnent qu’il s’agit simplement de Monsieur Jaar lui-même, marque l'esprit du spectateur avec deux sons : "Real" (musique de la bande annonce) et "Destino". Rythmes reggaeton et sonorités électroniques s'entremêlent aux voix robotiques. Tomasa del Real d'autre part, chanteuse chilienne connue comme la pionnière d'un sous genre du reggaeton, le neoperreo qu'elle qualifie elle-même de "croisement entre l'ère numérique et l'influence des artistes reggaeton" (source : Billboard) : esthétiques plus sombre, plus punk, mais également plus "technologique" avec de l'autotune et un esthétisme provenant d'Instagram, Tumblr... Ce sous-genre défend avant tout une ferme inclusivité.


Des sons donc globalement très dansants et presque effrayants dans leur puissance. Ils évoluent parallèlement à l'escalade du film et à l’émancipation d’Ema. Ils communiquent toute la sensualité et le caractère viscéral du reggaeton, mais avant tout la liberté qu'Ema porte en étendard en revendiquant le droit de danser comme elle le souhaite.


Le film pousse le spectateur à s’intéresser de plus près à la culture reggaeton qui apparait ici comme bien plus qu’un simple genre musical commercial. C’est une musique qui sert l’émancipation de la jeunesse chilienne face à un société conservatrice. À l’image des danseurs du film : « lorsqu’[ils] veulent agir politiquement, ils jouent du reggaeton » nous raconte son réalisateur Pablo Larrain. (Source : Mubi)


Par Emma de Bouchony




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