BabySolo33 : “Faire du rap est devenu aussi banal que regarder une série sur Netflix”

Le 18 avril devait être une soirée mémorable au Pop Up du Label. Puis, celle-ci a été reportée au 29 mai. En raison du contexte international, la quatrième édition d’Inseine a été définitivement annulée. Nous devions y retrouver, entre autres, la cloud de Babysolo33, 37melo, Shaga ou encore Marty de Lutèce. Afin de faire vivre cette soirée sur le net, Tourtoisie met à l’honneur les artistes de sa programmation tout au long de la semaine. Celle-ci prend fin avec Babysolo33 pour une discussion sur l’adolescence, Tinder et les appels téléphoniques au coeur de la nuit.



Hello ! Pourrais-tu présenter BabySolo33 en quelques mots ?

C’est le journal intime d'une fille un peu banale qui raconte ses peines de coeur. J’essaie d'être le plus sincère possible, de dire ce que j'ai sur le coeur pour me vider l'esprit. Au début c’était plutôt pour rigoler, j'ai mis un auto-tune, j'ai kiffé et j'ai continué ! Chanteuse n'était pas du tout mon objectif de vie…


De quels métiers rêvais-tu petite ?


Toute petite j’ai rêvé d'être chanteuse, oui ! Mais je voulais aussi ouvrir un restaurant, être actrice, ou conseillère conjugale… J'ai voulu faire plein de trucs, des films aussi… Depuis que je suis petite, je veux montrer ma vie telle qu'elle est, quand je prenais le bus pour aller à l'école par exemple. Dans la musique c’est ce que je fais, mais je pourrais le faire à l’écrit ou à travers la photographie. J’aime bien toucher à tout, mais ce que je raconte tourne toujours autour des gens que je fréquente, de ma vie…

Ce qui marque aussi ton univers, c’est l'esthétique très années 2000.


Oui ! Mais je ne sais pas trop comment ça se fait. J'écoutais de tout à l’époque… Enfin, surtout Priscilla ou Lorie ! J'aime bien le délire de l'adolescence, et c’était des chanteuses que j’écoutais à ce moment-là, avec tout l'univers des skyblogs aussi. Je crois que je suis restée un peu bloquée !



Tenais-tu un journal intime à l’époque ?


J'en avais plein, mais je ne les tenais pas, il y avait des trous d'un an. Sur une page j’écrivais que j'étais amoureuse d’un garçon, puis sur la page suivante c’était déjà un autre… Les traces sont assez bordéliques.


Tu réalises d'ailleurs la plupart de tes clips. As-tu une formation dans laudiovisuel ou pas ?


J'ai fait un an dans une école audiovisuelle à Bordeaux. J’ai appris à utiliser Premiere. Mais même avant ça, j’avais habitude de tourner des films avec mes copines que je montais sur iMovie avec l’ordinateur de mon père. Et puis j’ai arrêté après un an seulement. J'étais passionnée par l’écriture de scénario, le montage, mais les aspects plus techniques comme la lumière, ce n’était pas pour moi – je suis trop bordélique ! Si quelqu’un vient regarder comment je monte mes films, il n’y comprendra rien !


Pourquoi avoir claqué la porte de l'école ?


Je n'arrivais pas à me réveiller. J'ai un problème, je n'entends pas le réveil… Comme l'école était payante, ça m'embêtait de faire payer mes parents. Mes professeurs aimaient beaucoup mes projets et trouvaient que c’était mieux que j’arrête. Ensuite, l’année où j’ai commencé à faire de la musique, c'est en fait une année où j'ai passé beaucoup de temps à écrire des scénarios. Je devais participer à des concours, ou démarcher des boites de production pour faire des films. Finalement, j'ai commencé à faire de la musique à côté, ce qui a mieux marché. Et puis bon, j’avoue, je n’ai jamais été très scolaire !


Quel regard poses-tu sur les relations amoureuses à l'ère du digital ?


Tous les morceaux que j'ai sorti ont été écrits sur des relations amoureuses que je vivais… Enfin, avec de gros guillemets ! Parfois je n'avais pas de réponse, ou bien on ne parlait que par textos et je ne comprenais pas ce que la personne voulait me dire. J'avais impression que l'amour n'était plus possible … Aujourd'hui, on est toujours en contact, alors dès que la personne d'en face nous met un vu, on va se demander pourquoi. Je crois que j'ai trop réfléchi à l'amour, je ne sais même plus ce que c’est. J'écris tellement dessus, je me pose trop de questions et je change toujours d'avis. Des fois, je vois l’amour comme un démon, des fois ça me parait plus cool…



Il paraît que tu t'es servie de Tinder pour promouvoir tes sons…


C’est au tout début, quand je ne voulais pas trop que les gens qui m'entourent écoutent ce que j'avais à dire, car je n’écrivais que sur mes histoires d'amour. Mais j’avais quand même besoin d'un regard extérieur. Comme je parlais de Tinder dans mes textes, je me suis dit que c’était endroit idéal pour promouvoir mes morceaux, en m'adressant à des personnes qui utilisent l'application. Et puis il y a énormément de garçons sur Tinder, cela me faisait rire d'avoir leurs avis ! De mon côté, j'étais masquée : je ne voulais pas que l'on s'intéresse à mon physique, seulement à ma musique. C’était une expérience super marrante, j’ai recueilli des avis de mecs un peu partout en France, et puis j’ai téléchargé la version Gold pour parler à des garçons dans le monde entier. J’ai même eu des retours de DJs américains !


Tu viens de Bordeaux, fief de Alain Juppé et des Républicains, ville du vin et du rugby. Y a-t-il de la place pour une scène rap ?


C’est vrai qu’on en entend très peu parler, mais quelques rappeurs commencent à sortir du lot. Je commence à entrer en connexion avec certains d’entre eux. Évidemment, il y a peu de rappeurs de la rue, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de rap. En terme d’évènements, il n’y en a pas encore énormément… L’Iboat organise une soirée trap tous les jeudis, mais pour ceux qui aiment ça, ça reste un peu mort. C’est précisément pourquoi il faut faire bouger les choses, ce qui n’est pas ma mission à moi toute seule, mais tous ensemble on va essayer de le faire.


Comment as-tu commencé à écouter du rap alors ?


Je sortais avec un garçon qui écoutait un peu de tout, de Al Kapote à PNL, en passant par Hamza. Mais j’ai commencé à aimer plus tard, quand je me suis retrouvée seule. C’est eux qui m’ont donné envie de tester l’auto-tune. Après, toute seule, j'ai découvert un rap plus sensible et romantique… du rap emo en fait. C’est assez drôle, car j’ai commencé à faire de la musique pour mes copines en imitant Aya Nakamura, mais j'étais plutôt inspirée par le cloud.


C’est très récent !


Oui, car c’est du rap que l’on produit dans sa chambre, avec les moyens que l’on a. C’est né avec les ordinateurs, Internet, les tutoriels… Aujourd’hui, quand je parle à des jeunes, les 3/4 font du rap. C’est devenu presque un loisir comme regarder une série Netflix. C’est générationnel.


Tu aimerais rester dans l’univers du cloud ?


En réalité, je ne savais même pas que je faisais du cloud. Des fois j'ai envie de faire de la techno, des fois de la pop… Je ne suis pas bloquée dans un univers, même si je suis plus sensible à certaines instrumentations. En définitif, je ne sais même pas si je fais du rap, de la trap, du cloud ou autre chose. Ce n’est pas la forme qui m’intéresse, c’est plutôt ce que je vais dire. Pour moi, une chanson c’est une histoire. Si ça se trouve, je vais me mettre à faire du metal !



Ton père est italien… Serais-tu tenter de rapper en italien ?


Pas pour l’instant, mais je compte faire une reprise de la chanson préférée de mon papa. J’aimerais la reprendre en italien, avec de l’auto-tune, à la sauce Babysolo. C’est une chanson de Bobby Solo !


Ah ! On arrive au secret de ton pseudonyme…

Un peu oui ! C'était son chanteur préféré, et la chanson en question évoque une larme sur un visage, et je suis souvent triste. Enfin non, mais j’aime bien les larmes ! Il y a des moments où je me complais dans mon malheur. Donc Babysolo me correspond vraiment bien. J’étais toute seule quand j’ai commence à faire de la musique, et puis je n’arrive pas vraiment à grandir…


Dans ton morceaux "Enbas", on t'entend dire : Tous ces fils de / Me prennent de haut / J'les laisse dans leurs certitudes. C’est une situation que tu as déjà rencontré dans l’industrie de la musique ?

Ouais, complètement ! Souvent même. Malheureusement dans ce milieu, les garçons pensent que parce qu’ils sont bien placés, ils sont au-dessus. Moi je suis une petite meuf, j’arrive, je n’y connais rien au rap ! Je fonctionne plutôt à l’instinct. Il y a ce truc de supériorité, de croire qu’ils sont les rois du monde, alors que… pas tant que ça. En plus, en tant que fille qui utilise de l’auto-tune, on me dit que je ne suis pas une chanteuse. Mais je n’ai jamais revendiqué être chanteuse ! Et puis, les gens qui critiquent l’auto-tune, j’ai envie de leur répondre que la guitare électrique, c’est l’auto-tune de la guitare et personne ne leur dit rien à ceux qui en jouent. J’ai déjà demandé à des régisseurs ou à des ingénieurs si mon auto-tune allait marcher avant un concert, et on m’a répondu "T’as qu’à apprendre à chanter sinon". Après je suis énervée pendant un moment, mais ça finit par passer. C’est pour ça qu’il faut enregistrer sur le moment !



Tu as des moments favoris pour enregistrer ?


Disons que je change très vite d’avis ou d’opinion. Quand j’ai commencé à enregistrer mes premiers morceaux, je pouvais y passer la nuit entière, et quand je revenais dessus le lendemain, je ne pensais plus du tout la même chose ! Au départ, je voulais appeler l’EP Schizo.


Tu as déjà travaillé avec plusieurs producteurs, dont Myth Syzer. Y en a-t-il avec qui tu rêves de collaborer ?

Non, pas vraiment… Comme mon projet est celui d'une adolescente dans sa chambre, j’aime bien le fait de recevoir des productions de personnes totalement inconnues sur ma boite mail. J'aime que n'importe qui puisse participer et faire de la musique. Par exemple, la production de Babyphone a été faite par un inconnu, et quand j'ai voulu la poster, celui qui me l'avait envoyé avait disparu ! Il voulait rester anonyme, ce que je trouve très beau.


Tu as donc un numéro que n’importe qui peut appeler…


Oui, j’ai deux téléphones. En ce moment c’est en pause, mais ça va reprendre bientôt. N’importe qui peut m’appeler entre minuit et deux, pour discuter de tout et de n’importe quoi. J’enregistre les conversations parfois… C’est surtout pour être proche des gens. Souvent, des garçons m’appellent parce qu’ils ont des peines de cœur. D’autres ont juste envie de rigoler, de faire des canulars. C’est la cour de récréation !


Propos recueillis par Lolita Mang

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