B.O.BINES #5 : LES CONTES DU COCKATOO, mariage surréaliste entre visuel de Série B et hip hop

Mis à jour : 13 déc. 2020

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand ... et du petit écran (confinement oblige, et oui !). En cette période de fermeture des cinémas, nous partons à la conquête des plateformes de VOD pour vous dénicher les pépites qui s'y cachent.


Les Contes du Cockatoo - extrait du film © Varnish La Piscine


Est-ce un clip de 45 minutes ? Un moyen métrage qui réinvente les codes de la comédie musicale ? Difficile de classer le premier film du rappeur et beatmaker genevois Varnish La Piscine - coréalisé par Rhony Sutriesno - dans une seule case, tellement il emprunte à une variété de genres esthétiques, musicaux et cinématographiques (Série B, horreur, science-fiction, rétro futurisme).


Ce rappeur d’un nouveau genre, décidemment touche à tout, avait déjà créé la surprise avec son album-concept Le regard qui tue sorti en janvier 2019, "film auditif" selon sa propre expression. Les contes du Cockatoo a quant à lui été présenté sur Youtube en mars dernier. On y retrouve Varnish qui se met en scène, accompagné de sa bande de copains artistes / acteurs / rappeurs pendant 45 minutes au sein d'un récit rocambolesque aux personnages haut au couleur. Quatre "contes" issus de l'imaginaire filmique des années 1970 se succèdent : une rivalité qui tourne au règlement de compte, une histoire de sorcière au style SF, un homme en quête de vengeance et un dernier personnage fait prisonnier d'une secte.


Tous les codes du thriller des années 1970 sont là, pourtant on est bien loin d'un quelconque réalisme : esthétique vaporeuse et effet Série B exagérément vintage certes mais le bizarre est de mise et l’imagination est sans limite. Si la femme fatale a la peau bleue, la veuve noire porte quant à elle un maquillage exubérant et une tiare avec des cornes, et les hommes de main ont des coiffes tête d’oiseaux. On n’est plus à une folie près chez Varnish.


Les Contes du Cockatoo - extrait du film © Varnish La Piscine


Au premier plan de ce film, la musique : totalement en phase avec l’univers old school mais surtout hybride du film. A l’image d’une comédie musicale de Jacques Demy, les personnages chantent (rappent) plus qu’ils ne parlent. Chacun d'eux, joués par la clique habituelle de Varnish dont certains de chez Colors Records (Rico TK, Makala, Daejmiy, Mairo ou encore Gracy Hopkins qui a sorti son nouveau projet ENCORE (TIME2020) fin novembre), amène avec lui son univers musical toujours dans une veine hip hop R’n’B avec d'importantes influences old school, mais repimpée à la sauce Varnish : sensualité, synthés futuristes, autotune, disco, funk … Les influences sont multiples et on ressent notamment l’amour que porte Varnish pour celui qu’il considère comme son alter ego musical : Tyler, the Creator et celui qui lui a fait découvrir le rap : Pharell Williams. Un groove si particulier aux multiples synthés qui laisse vite place à un rap très kické et à des beats incisifs comme dans le titre « BOMBE » par exemple, schéma que l’on peut retrouver notamment dans le dernier album de Tyler, IGOR. De son côté, le titre léger « CORTEZZ » nous fait bouncer sur une ode aux chaussures iconiques de Nike, plus chantée que rappée par Varnish. L’esthétique visuelle des 70’s-80's est ici décrite par la musique, comme un hymne à un imaginaire fantasmé.


La musique est totalement en phase avec l’univers old school mais surtout hybride du film. Tout comme le film, inclassable tant il part à la croisée des genres ; il est impossible de coller une étiquette hip hop, bien trop restrictive, à cette soundtrack. Elle opère un renouvellement très rafraichissant aussi bien dans les prod que dans les rythmes. Le rétro futurisme visuel rejoint le style musical qui s’amuse à réinventer les codes du hip hop à l’ancienne : en résulte des sonorités totalement novatrices, imprévisibles et hyper dansantes.


Ce film, programmé par le festival Antigel à Meyrin en Suisse lors d’un ciné-concert, est une expérience visuelle et auditive assez saisissante. Une bonne manière de plonger la tête la première dans l’univers sans limite de Varnish La Piscine, découvrir ses milles références ainsi que le travail innovant de la scène rap suisse qui, après la vague belge, déboule sans prévenir.


LES CONTES DU COCKATOO de Varnish La Piscine est disponible en intégralité et en libre accès sur Youtube depuis le 6 mars 2020.



Par Emma de Bouchony


La bande originale inspirée du film appelée Twist Amazone est disponible sur les plateformes de streaming.


Le nouvel album de Gracy Hopkins ENCORE (TIME2020) est également disponible sur les plateformes de streaming.





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