B.O.BINES #4 : Outdeh - The Youth Of Jamaica, reflet d’une génération en transition


Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand ... et du petit écran (confinement oblige, et oui !). En cette période de fermeture des cinémas, nous partons à la conquête des plateformes de VOD pour vous dénicher les pépites qui s'y cachent.


Outdeh - The Youth Of Jamaica © Louis Amon Josek


Film d’ouverture à la cinquième édition du Paris Surf & Skateboard Film Festival (PSSFF), Outdeh - The Youth Of Jamaica faisait sa première en France le jeudi 24 Septembre 2020 à l’Entrepôt.


Premier film de Louis Amon Josek, jeune réalisateur allemand parti à la rencontre de trois jeunes jamaïcains de Kingston Town, ce documentaire dépeint l’émergence d’une génération en plein essor, revigorante d’énergie et désireuse de changements. Pourtant très peu distribué dans le monde, ce film a cumulé les sélections et prix en festivals : sélection au SBIFF – Santa Barbara International Film Festival, Best Feature Micro Budget au Berlin Independent Film Festival ou encore Meilleur documentaire surf au PSSFF.


Outdeh - The Youth Of Jamaica nous plonge dans le récit d’une jeunesse Jamaïcaine sous un angle original et touchant et nous aide à appréhender et comprendre leur quotidien.

Le documentaire se détache de clichés récurrents sur la Jamaïque et met en lumière l’ambition et les perspectives d’avenir de trois jeunes hommes : Bakersteez, un rappeur originaire de Kingston Town en vogue aux Etats-Unis, Shama, le premier surfeur professionnel de l’île et enfin Romar qui vit dans un quartier défavorisé : Tivoli Gardens. Une jeunesse remplie d’aspirations certes, mais le réalisateur ne dissimule pas pour autant une certaine réalité, parfois dure et injuste. C’est ce que l’on perçoit au travers du quotidien de Romar qui porte de nombreuses responsabilités vis-à-vis de sa communauté.



Le film se concentre donc sur un triptyque : surf, rap et communauté. Bien que les trois jeunes hommes aient des vies totalement opposées, la persévérance les réunit.


L'esthétique du film se rapproche de celui d’un clip.

Geste artistique, bien plus qu’en effet marketing, la musique charpente entièrement le film. Face à un étalonnage osé et original, des plans séquences-ralentis et un montage « coupe franche » - notamment lors des concerts de Bakersteez - s’harmonise un mixage affirmé où la réverbération trouve toute sa place. Si l’image dans certaines séquences suit la cadence musicale à l’instar d’un clip, ce processus n’entache pas la consistance du film et son message. De magnifiques séquences de surf, des plans en immersion totale dans la cité de Tivoli Gardens et une invitation dans les studios d’enregistrement de Bakersteez sur une bande originale on ne peut plus entraînante et variée.


Le réalisateur fait le choix d’une playlist dans laquelle le reggae, le ska et le rocksteady se fondent avec le rap et le hip hop émergents sur l'île. Le rap a une place plus que significative dans ce documentaire. Le film met en abime son expansion sur un territoire où traditionnellement le reggae prédomine. Les morceaux de Bakersteez vont évidemment structurer le film, et ce, notamment avec des sons de l'album Soundboy, sorti en 2018 : « Ba Bye » aux sonorités reggae, dub, ou encore « Diamonds », « Trip to Seychelles » et « Drip Show ». Tout au long du documentaire, on va suivre l’évolution de carrière du jeune rappeur à travers ses enregistrements et tournées dans le monde entier.

Bakersteez remplit un rôle d’exemple pour toute cette génération jamaïcaine et devient même un des chefs de file de la "Jamaican Trap". Une voix grave et quelques peu gutturale, des sonorités rap, hip-hop, dancehall et des empreintes au reggae, et au dub. Il se démarque donc par ses influences musicales jamaïcaines et du rap US. C’est d’ailleurs ce qu’il aborde dans certains de ses morceaux : les similitudes entre la culture jamaïcaine et américaine. Il fait alors la transition avec les nouveaux et talentueux artistes jamaïcains s’emparant du RnB et du rap. La BO reflète les sons dominants dancehall et hip-hop du moment, notamment aux Etats-Unis. En effet, on y découvre des morceaux d’artistes émergents comme Popcaan avec « Inviolable » et « Everything Nice » mais aussi Sizzla, qui collabore d’ailleurs avec Bakersteez sur le featuring « Plastic Smile ».



Outdeh - The Youth Of Jamaica © Louis Amon Josek


La bande originale accompagne donc parfaitement le sujet du film à savoir une culture riche qui se diversifie à la vitesse des changements sociaux en Jamaïque.

On a le plaisir d’écouter des morceaux légendaires du reggae et du dub avec « Jail House Dub » de Mad Professor, pionnier du dub anglais (dès le début des années 1980). Mais aussi Augustus Pablo et son mélodica avec le morceau « Cassava Piece (’79 Style) ». La playlist est également composée de « Guiding Shield » de Cali P sur une prod de Teka ou encore de l’empreinte de la jeune et talentueuse Mikayla Simpson alias Koffee, avec son titre emblématique « Burning ».

« Si un titre illustre vraiment bien la popularité de Koffee, sa volonté de défendre les racines de la musique Jamaïcaine, la culture musicale de son pays, sous la forme d’un reggae à la fois traditionnel et moderne, c’est « Burning ». (Source : France Inter)

Dotée d’une énergie incroyable et d’une une voix singulièrement mature, Koffee fusionne des sonorités reggae et rap de manière plus que maîtrisée. « Burning » déborde de fraicheur et trouve toute sa place sur de magnifiques plans de Shama surfant les plus beaux beach breaks de l’île.


Tout en mettant en lumière la détermination d’une génération en pleine transition et en nous donnant les clés de compréhension d’une culture trop peu connue, Outdeh - The Youth Of Jamaica nous invite aussi à croire en nos propres rêves.


Le film est actuellement disponible sur le site de Red Bull.


Par Adèle Hurier




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