B.O.BINES #28 : Burning Casablanca, une fusée trempée dans le miel

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque semaine, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand ... et du petit écran .


Burning Casablanca (Zanka Contact) © UFO Distribution

Une fusée trempée dans le miel, c’est la voix de la chanteuse sahraouie Mariam Hassen telle qu’elle est décrite dans Burning Casablanca (Zanka Contact) d’Ismaël El Iraki. C’est aussi une image fidèle à l’intensité sensuelle de ce premier film du réalisateur marocain, présenté à la Mostra de Venise en 2020 et disponible actuellement en salles.


De retour dans sa ville natale de Casablanca, Larsen Snake, rock star déchue, rencontre par la force du destin une jeune femme nommée Rajae, ou Nisrine, cela dépend. Alors qu’elle l’entraîne dans son univers de la nuit et de l’underground casablancais, les passés des deux personnages refont progressivement surface et les rapprochent passionnément l’un de l’autre. Les circonstances brutales du quotidien de Rajae, assujettie par un contexte sociétal misogyne, tout comme les démons qui rongent Larsen de l’intérieur, servent de point d’ancrage à leur relation. Une prudente osmose se crée alors entre eux, leur permettant petit à petit de se libérer mutuellement du monde et d’eux mêmes.


Burning Casablanca (Zanka Contact) © UFO Distribution

Rock dans le sens le plus expressif du terme, la musique originale du film composée par Alexandre Tartière et Neyl Nejjai contribue en grande partie à la profondeur des deux protagonistes. A défaut d’être un personnage à part entière, ce sont les personnages qui sont musique. L’explosif Full-Contact Love, morceau que l’on pourrait confondre avec un titre oublié des Guns N’ Roses, constitue le leitmotiv de Larsen et le symbole de sa gloire perdue. Le psychédélisme de ce dernier est également incarné par le morceau Larsen’s Castles, faisant écho aux châteaux de sable d’un autre guitariste de légende. Enfin, c’est dans la puissance de la voix de Rajae, entremêlée à la guitare de Larsen dans le thème éponyme Zanka Contact que l’union passionnelle et émancipatrice des protagonistes est spirituellement consommée. Enregistrées en direct pendant le tournage, c’est à travers ces notes jouées en unisson que Rajae découvre Larsen Snake et se laisse découvrir, apprivoise et se laisse apprivoiser. Ils sont alors maîtres de l'instant, ne serait-ce que le temps d’une chanson.


A l’origine du film, il y a une playlist, indique Ismaël El Iraki lors d’une projection parisienne. Parmi les morceaux préexistants constituant la bande son de Burning Casablanca (Zanka Contact), on retrouve l'incontournable Oum Kalthoum, ainsi que des hommages à la musique marocaine avec des artistes tels que Nass El Ghiwane, Fadoul et Les Variations. Des titres comme I’ll Take Care Of You de Bobby Bland ou Id Chad de Mariam Hassen sont au premier plan des scènes qu’ils illustrent et témoignent à leur tour du rôle primordial de la musique dans ce film.


Faisant poésie de la réalité, Burning Casablanca (Zanka Contact) se plonge dans un réalisme social troublant tout en incorporant une fantaisie émotive pleinement assumée, accomplie par la créativité de son scénario, la sensibilité de ses acteurs et la profondeur de sa musique.


Burning Casablanca (Zanka Contact) d’Ismaël El Iraki est disponible en salles depuis le 3 novembre 2021.


La bande originale d’Alexandre Tartière et Neyl Nejjai, ainsi que tous les morceaux présents dans le film sont disponibles sur une playlist Spotify créée par le réalisateur.


Par Dimitri Sinitzki-Richard