B.O.BINES #25 : Titane, Palme d'or trash et percutante

Mis à jour : il y a 5 jours

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand ... et du petit écran .


Titane © Diaphana

La réalisatrice française Julia Ducournau a remporté samedi dernier la Palme d'or du 74ème Festival de Cannes, devenant ainsi la deuxième femme à gagner ce prix (la première étant Jane Campion). Celle qui nous avait déjà secoués avec son premier long métrage cannibale Grave, propose avec Titane un mélange des genres intense et brutal. De la violence sublimée, des plans-séquences hypnotisants, une manière de filmer la matière : feu, métal, peau, sang... Regorgeant d’idées de mise en scène, Julia Ducournau s’impose définitivement comme une réalisatrice singulière et fascinante.


Alexia (Agathe Rousselle) est mystérieuse, peu loquace, ultra violente. Obligée de fuir le sud de la France car recherchée par la police, elle décide de prendre une nouvelle identité et se fait passer pour Adrien, un garçon disparu il y a plus de 15 ans. Cheveux rasés, nez cassé, cernes noirs, Alexia/Adrien retrouve son "père", joué par Vincent Lindon, que l'on n’avait jamais vu dans un tel rôle. Sapeur-pompier piqué aux hormones, mi-tendre mi-inquiétant, il mène ses hommes d’une main de fer et impose son fils à la brigade. Détruit par la perte de son enfant, ses retrouvailles inespérées avec Adrien pourraient être l'occasion de créer enfin un lien père-fils. Or, Alexia trimballe en elle un lourd secret qui pourrait vite la faire démasquer... On retrouve dans Titane les obsessions de la réalisatrice que l’on sentait déjà dans Grave, notamment une passion pour le corps humain, ses transformations, ses mutations constantes. Néanmoins, le film trouve sa singularité en accordant une importance centrale à l'amour et à sa construction. Julia Ducournau puise dans ses références revendiquées au cinéma d’horreur avec notamment Crash ou La Mouche de David Cronenberg. À l'opposé, certains passages plus pop font parfois penser à David Lynch, notamment dans un plan séquence virtuose au tout début du film, ou encore à Xavier Dolan dans Les Amours Imaginaires, dans une scène de danse entre pompiers hyper stylisée. Le film oscille ainsi avec des scènes assez insoutenables au départ, puis évolue peu à peu vers un drame familial, pour finir en apothéose avec une scène finale éprouvante et incroyablement maîtrisée.



La bande originale est composée par Jim Williams, qui avait déjà travaillé avec la réalisatrice pour son premier film Grave, mais aussi plus récemment sur Possessor réalisé par le fils de David Cronenberg... coïncidence ? Plusieurs synchronisations sont ajoutées, permettant des changements d’ambiance marqués. On retrouve par exemple du rock (Doing it do Death, The Kills ou She’s not there, Rod Argent), de la pop (Lighthouse, Future Islands) ou de la musique sacrée (La Passion de Saint Matthieu, J-S. Bach). Cette croisée des genres musicaux entre en résonnance avec la multitude des genres explorés dans le film, sur le plan humain (homme ou femme, les deux en même temps ?) et cinématographique (drame, horreur, fantastique, les trois à la fois ?).


Titane © Diaphana

Titane est finalement une double affirmation : celle de la présence d'une nouvelle vague française de cinéma de genre, mais surtout celle d'une réalisatrice ultra puissante. Palme d'or inattendue tant elle tranche avec les habituels lauréats du Festival, elle montre que l'audace et la radicalité peuvent se voir récompensés du prix cinématographique le plus précieux.


Titane de Julia Ducournau est actuellement au cinéma.


La bande originale composée par Jim Williams est disponible sur les plateformes de streaming.



Par Lucie Blanc-Jouvan