B.O.BINES #24 : Teddy, un loup-garou est parmi nous

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand ... et du petit écran .


Teddy © Les Bookmakers / The Jokers

Mayday, mayday, une vague de films de genre français déferle sur la ville ! Après l’angoissant film de sauterelles La Nuée de Just Philippot (dont on vous parle dans le best B.O du mois de juin), voici Teddy, film d'épouvante des frères Boukherma, issu de leur court métrage La naissance du monstre. On suit ici les crimes d’un mystérieux loup dans un petit village français, qui sèment le doute autour d’un des villageois en marge, Teddy …


Teddy, excellent Anthony Bajon, est un ado à la voix nasillarde, un peu déclassé dans son village tradi franchouillard. Il passe ses journées entre sa copine Rebecca, une lycéenne jouée par Christine Gauthier (également actrice sur le court-métrage qui a inspiré Teddy, et co-réalisatrice du précédent film des réalisateurs Willy 1er) et le salon de massage « Les doigts de Gislène » où il travaille. Mais depuis quelque temps des faits étranges se produisent : plusieurs moutons se font attaquer par ce qui semble être un loup. Rapidement, les villageois le prennent pour cible. Un jour, après être parti à la quête de l'animal, Teddy revient blessé, mordu par la bête. C’est alors que des phénomènes étranges se produisent. Teddy n’est plus vraiment lui-même : des poils poussent et il développe un goût particulier pour le sang. Qu’arrive-t-il à Teddy ?


Teddy © Les Bookmakers / The Jokers

Teddy joue à fond les codes du film de loup-garou, tout en injectant une dose d’humour et de décalage. Mais finalement ce décalage fait lui-même parti des codes du film d’horreur, genre qui n’hésite jamais à égrener des touches de second degré dans ses films (Scream, La Cabane dans les bois, ou même Les Dents de la mer). Dans Teddy, la charge comique est bien présente. Comme dans le fameux jeu de société, chaque personnage constitue un archétype d’un villageois : le commissaire un peu benêt, le fils du maire prétentieux, la patronne du salon de massage cougar et évidemment … Teddy, jugé sataniste par le reste du village, qui porte des chemises avec des dragons et écoute du métal à fond dans sa voiture. Le parfait coupable des crimes qui se multiplient dans le village. Est-ce donc lui le loup-garou ? Le village se rendort ...



Le décalage est également musical. C’est Amaury Chabauty qui compose l'ensemble de cette B.O, pourtant composée de morceaux très hétéroclites. L'épouvante est évidemment présente avec des titres comme "Cauchemar", aux bruits de coups et cordes grinçantes qui s'accélèrent, morceau angoissant à souhait. Tout comme le thème principal "Teddy", aux notes de piano lentes, qui étoffe le mystère pesant sur le village. La B.O dote le film d'une dimension mystique en invoquant des instruments comme les cloches d'une église, l’orgue notamment utilisée dans le morceau "Transformation" : puissant, presque rock … Le loup garou devient une sorte d'antéchrist.

En décalage et volontairement provocatrice, la musique métal que Teddy écoute comme un geste de rébellion fait partie intégrante de la B.O. La tracklist des morceaux est elle-même truffée de pépites décalées. Par exemple, le titre "Agnus Dei Champi", référence directe, au chant religieux "Agnus Dei" soit agneau de Dieu, passe au moment où les deux ado, Rebecca et Teddy, se défoncent aux champis. Titre qui commence par des cloches d'église, rapidement rattrapées par des guitares électriques, sur lequel est chanté un chant religieux. Bref, une B.O à découvrir pour toutes ses petites perles de provocation rigolotes, 100% en adéquation avec le ton du film lui-même.


Teddy se place dans la lignée des nouveaux films de genre à la française, pour notre plus grand bonheur. Un film qui, par son humour et son audace, expérimente, ose et donne un coup de pied dans le cinéma français. On sent l'attachement très sincère des réalisateurs pour le film de genre, les mêmes qui sont actuellement sur le tournage d'un film de requin... dans le bassin d'Arcachon. Chez B.O.BINES on trépigne d'impatience : qui dit film de genre, dit B.O immanquable.


Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma est en salles de cinéma depuis le 30 juin 2021.


La bande originale composée par Amaury Chabauty est disponible sur les plateformes de streaming.


Par Emma de Bouchony