B.O.BINES #23 : Petite Maman, conte troublant et poétique

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand ... et du petit écran.


Petite Maman © Pyramide Films

Après son magnifique et ambitieux Portrait de la Jeune fille en feu, Céline Sciamma propose un nouveau film, cette fois beaucoup plus minimaliste, Petite Maman. Le récit d'un voyage dans le temps et dans l'intimité d'un relation mère-fille touchante. En seulement 1h10, à travers une économie de dialogues et de personnages, la réalisatrice parvient à transmettre une émotion douce et subtile, teintée de mélancolie.


Nelly a huit ans et vient de perdre sa grand-mère maternelle, dont elle était très proche. Revenant dans la maison de la défunte avec ses parents, elle retrouve également les souvenirs d’enfance de sa mère, ses cahiers, sa chambre et sa cabane dans la forêt. C’est en se promenant dans cette nature automnale qu’elle y fait la rencontre étrange d’une autre petite fille, Marion, qui lui ressemble comme une jumelle. Nelly ne tarde pas à s’apercevoir qu’il s’agit de sa propre mère, au même âge qu’elle. Avec ce voyage dans le temps, sans procédé visuel ou scénaristique surnaturel, le champ des possibles s’ouvre pour les deux enfants. Nelly et Marion créent un lien unique. Est-ce une amitié ? Une nouvelle forme de relation mère-fille ? Pour Nelly, c’est l’occasion ultime de comprendre une maman absente, en proie à une profonde tristesse. Les rôles semblent en effet parfois inversés, tant la petite fille essaie de réconforter ses parents dépassés ou absorbés par leurs priorités. Si la réalisatrice s'était déjà penchée sur le thème de l'enfance avec Tomboy, où elle montrait les interrogations d'une petite fille face à elle-même, Céline Sciamma s'intéresse ici aux liens parents-enfants et à la place de l'enfant au sein de sa cellule familiale. Filmé avec pudeur et délicatesse, il se dégage de Petite Maman une puissante force émotionnelle contrastant avec la rareté des dialogues. Ici, pas de larmes déchirantes, mais des scènes d'une douceur percutante.



La bande originale du film, que l'on entend uniquement lors de la première et de la dernière scène du film, est signée Jean-Baptiste de Laubier, aussi connu sous son pseudonyme de DJ Para One. Collaborateur de longue date de Céline Sciamma, il avait déjà composé les bandes originales de Naissance des Pieuvres, Tomboy ou encore Portrait de la jeune fille en feu. La chanson du film est interprétée par une chorale d’enfants, accompagnée par des synthétiseurs aux sonorités synthétiques 80s. Les paroles font écho au conte filmé : “Le rêve d’être enfant avec toi/Le rêve d’être enfant loin de toi”. Le calme et le minimalisme de Petite Maman se retrouvent ainsi dans le silence des scènes, du bruit du vent, des feuilles et des rires de Nelly et Marion.

Petite Maman © Pyramide Films

Le cinquième film de Céline Sciamma, présenté à la Berlinale, émeut par les thèmes qu'il aborde : le deuil, le lien maternel, la mélancolie, mais aussi par les choix d'une mise en scène épurée. Ici, l'imaginaire et le fantasme augmentent les possibilités de narration et montrent, à hauteur d'enfant, que trouver des réponses peut réinventer une relation.


Petite Maman de Céline Sciamma est actuellement au cinéma.


La bande originale du film par Jean-Baptiste de Laubier est disponible sur les plateformes de streaming.



Par Lucie Blanc-Jouvan