B.O.BINES #2 : A Dark-Dark Man, musique pop sur film noir

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… c’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand écran.


A Dark-Dark Man © Daniar Alshinov


Si au bout d’une heure de visionnage vous vous demandez pour quelle(s) raison(s) A Dark-Dark Man figure dans nos chroniques B.O.BINES, ne perdez pas patience ! Car dans le nouveau film kazako-français de Adilkhan Yerzhanov, c’est bien le silence qui fait la part belle à la bande originale et non l’inverse. La musique, rare mais puissante, accompagne l’évolution du film et des personnages tout au long de leur quête.


Ce film, sorti mercredi dernier, se situe à mi-chemin entre thriller policier et western moderne, dans une société peu hospitalière. Un décor froid et vide, situé dans les steppes kazakhes où un enfant est mort. Bekzat, un policier local, est chargé par des malfrats du coin d’étouffer l’affaire en « s’occupant » du principal suspect. Ici, tout le monde est corrompu et on le comprend dès les premières minutes : policiers, hommes politiques, médecins … c’est la norme. Hommage au genre du film noir, le silence est de mise dans un paysage dépouillé dont les personnages sont plus sombres les uns que les autres. Une journaliste étrangère, Ariana, va cependant venir fourrer son nez dans les affaires louches de cette ville et empêcher Bekzat de mener son « enquête » comme il le souhaiterait.



Le film est calme, l’ambiance feutrée, les personnages apathiques ; le silence est le fruit d’une société taiseuse et brutale. Pas de surenchère musicale donc, excepté quelques musiques qui sortent maladroitement d’une voiture au milieu d’un paysage muet.


Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du film qu’une bande son électronique, hypnotique, vibrante vient briser le silence du film. Le compositeur, et également chanteur, Galymzhan Moldanazar, membre du groupe kazakstanais Moldanazar compose ici pour la première fois pour un film. Sa musique y émerge de manière surprenante alors que le spectateur s’habitue au silence à la fois des paysages montagneux kazakh et des policiers corrompus bourrus et avares de mots. La bande originale minimaliste mais rythmée tranche donc avec cet environnement ouaté et accélère le film. On retrouve des tonalités pop très années 80 avec des synthés appuyés. Le réalisateur dit s’être inspiré de certains films japonais pour sa bande son et a donc choisi pour cela Moldanazar, qu’il considère comme « le roi de la synthpop ». (propros recueillis par ArizonaFilms). Etonnant pour un film noir de proposer une bande originale si pop ? Pas tant que ça.

Film noir certes, mais humour noir avant tout, notamment par la présence de nombreux décalages. Aux personnages de malfrats cruels et sans aucune humanité, qui pour la plupart ont l’air idiots, figurent des personnages naïfs adultes-enfants qui ne feraient pas de mal à une mouche, dont le fameux coupable idéal Pukuar. Aux scènes de forte violence se confrontent des scènes candides où Pukuar joue avec d’autres enfants à colin-maillard ou dessine, tranquille. Et face à l’atmosphère silencieuse, noire, d’une société corrompue et hostile, émerge une musique pop, électronique.


Les dissonances et décalages servent donc la tonalité du film, son humour. En se réappropriant les codes du film noir inquiétant, ce long métrage introduit absurde et surréalisme.

A Dark-Dark Man © Daniar Alshinov


Un grand film policier donc, un grand film tout court, qui sait manier tous les outils, et la musique en particulier, au service d’une atmosphère unique : entre violence, surréalisme, brutalité, candeur et philosophie. Les paysages blancs et secs du Sud du Kazakhstan, dont la blancheur éblouissante contraste avec la noirceur du film, résument à eux seuls tous les jeux de lumière et d’ombre qui s’y déroulent. Un énième décalage dans ce beau film hommage au cinéma de genre, teinté d’une approche philosophique sur la notion de rédemption.


A Dark-Dark Man de Adilkhan Yerzhanov sorti en salle le 14 octobre 2020.

Les autres titres du groupe Moldanazar sont disponibles sur les plateformes.


Par Emma de Bouchony

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