B.O.BINES #18 : The Nightingale, Rape and Revenge au cœur de la Tasmanie

Mis à jour : mai 6

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand... et du petit écran (confinement et fermeture des cinémas obligent, et oui !). En cette période, nous partons à la conquête des plateformes pour vous dénicher les pépites qui s'y cachent.

The Nightingale © Condor Films


Jamais sorti sur les écrans de cinéma en France, The Nightingale (2018) est le deuxième long métrage de la réalisatrice australienne Jennifer Kent. Remarquée pour son Mister Babadook (2014), film d’horreur à l’atmosphère sombre, la réalisatrice se penche ici sur la thématique du "Rape and Revenge" (viol et vengeance), dans le contexte de la colonisation de l’Australie par les Britanniques, au début du 19ème siècle. Un film brutal, dans lequel la révolte est une nécessité de survie.


Clare est une bagnarde irlandaise qui termine de purger sa peine et souhaite désespérément retrouver la liberté auprès de son mari et de son bébé. Mais son officier de tutelle, sadique lieutenant britannique, ne compte pas la laisser partir. Après une altercation, l’officier et deux soldats de la garnison s’introduisent chez Clare. Coups, viol, massacre… La scène d’une violence inouïe est difficilement soutenable. Laissée pour morte, la jeune irlandaise se réveille, animée d'une soif de revanche qui ne sera apaisée que par l'assassinat de ses bourreaux. Il faut s'accrocher pour tenir le premier quart d'heure du film, tant les plans sont crus et la violence montrée sans détours. Ce début douloureux, tant pour le spectateur que pour l'héroïne, marque le point de départ d'une traque à travers les terres vierges de Tasmanie. Pour suivre les traces de ses proies, Clare prend pour guide un aborigène Billy. Méfiants, ils finissent par se rejoindre dans leur haine commune des Anglais. Le personnage de Billy s’étoffe au fur et à mesure que les épreuves s’enchaînent dans cette terre hostile et sauvage. Le sujet du film se décentre donc de Clare pour raconter la barbarie des colons envers les Aborigènes. Billy a vu ses pairs massacrés ou réduits au travail forcé. C’est dans cette souffrance partagée que Clare et Billy parviennent à se soutenir pour arriver au bout de leur quête. Démarrant avec une violence terrible, le film évolue vers une atmosphère plus contemplative et émouvante. Les couleurs du films, en camaïeu de tons bruns, verts et gris, contribuent à créer une ambiance sauvage, inquiétante et mélancolique.



Peu présente, la bande originale du film est signée Jed Kurzel, notamment compositeur pour Alien : The Covenant. La musique est pourtant centrale dans le film mais elle est interprétée par les personnages eux-mêmes. Nightingale, rossignol en français, est en fait le surnom donné à Clare pour sa voix mélodieuse. Dans l'une des premières scènes du film, elle émeut les soldats aux larmes en chantant une chanson du pays. Mais la musique est également créatrice du lien de confiance qui unit Clare à Billy. Après leur première journée à travers la forêt tasmanienne, ils interprètent chacun leurs chants traditionnels au coin du feu, en gaélique pour Clare (Siúil a Rúin) et en palawa pour Billy. C’est la première fois qu’ils parviennent à communiquer sans méfiance ou rejet de l'autre. Toujours a capella, les chansons donnent aux scènes un caractère solennelle et intime.


The Nightingale © Condor Films


Ce deuxième long-métrage prouve la maîtrise de Jennifer Kent. La réalisatrice parvient à créer un film aussi brutal que poignant. The Nightingale est le récit de la convergence de deux luttes, celle des femmes et celle des Aborigènes. Le duo Aisling Franciosi et Baykali Ganambarr marque par sa justesse, personnages brisés se retrouvant dans leur haine d’un ennemi commun.


The Nightingale de Jennifer Kent est disponible en VOD sur FilmoTV, Orange, UniversCiné, Canal VOD et Cinemasalademande.



Par Lucie Blanc-Jouvan