B.O.BINES #19 : La Communion, la notion de pardon en filigrane

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand ... et du petit écran (confinement et fermeture des cinémas obligent, et oui !). En cette période, nous partons à la conquête des plateformes pour vous dénicher les pépites qui s'y cachent.


La Communion © Bodega Films

"Pardonner ne veut pas dire oublier, ce n'est pas faire comme s'il ne s'était rien passé. C'est aimer, aimer quelqu'un malgré sa faute, quelle qu'elle soit". Cette phrase prononcée par le personnage principal synthétise l'idée centrale du dernier long-métrage franco-polonais de Jan Komasa, La Communion. Cette idée est soulevée à chaque strate du récit : à la fois au cœur de l’intrigue, elle devient également une réflexion globale qui s’adresse à tous, et à nous.


Daniel est un jeune de 20 ans qui sort de prison, en liberté semi-surveillée. Il est prévu qu'il rejoigne une menuiserie pour y travailler. En prison Daniel a découvert la foi, il assiste les messes et souhaite lui-même devenir prêtre. Malheureusement il traine avec lui son passé de criminel qui lui interdit d'épouser sa vocation. Contre les interdictions, il décide malgré tout de se faire passer pour prêtre lorsqu'il est accueilli par le curé d'une petite ville, qui le prend en remplacement. Une nouvelle mission que Daniel improvise alors, qui le conduit à proposer aux habitants des méthodes alternatives, et bouleverse les habitudes locales. Il s’intéresse notamment à une affaire qui ronge la communauté : des jeunes du coin sont morts dans un accident de voiture, entrainant également le décès du conducteur d'en face. Alors que la rancœur, la colère et un phénomène d’exclusion sont nés de cet accident, Daniel - qui lui-même s'est vu refuser le pardon qui lui permettrait de revêtir l'habit de prêtre - va tenter de libérer les habitants de cette tristesse en chassant l’aigreur et la haine. Le pardon comme solution pour avancer et s'alléger du passé. Mais c’est son passé à lui qui finit par le rattraper.


La Communion © Bodega Films


Nommé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger, La Communion a de quoi impressionner : des acteurs extrêmement justes, aux plans fixes dotés d'une lumière presque divine, en passant par une écriture subtile sans raccourci. Le tout est un film surprenant où la lenteur du monde spirituel et clérical côtoie la violence des quelques scènes carcérales. Cette dissonance est cohérente, car elle habite Daniel. En effet, bien que profondément croyant et souhaitant devenir prêtre, il reste un jeune de 20 ans qui aime faire la fête, écoute de la techno, se drogue, boit, couche avec des filles… et les différentes musiques qui émergent du film reflètent bien cela. Les scènes de défonce entre ex-taulards qui scandent les paroles du son de rap "Słup" de BIAŁAS & LANEK / Daniel dansant dans son jardin tout en écoutant la techno de Wojtek Urbanski ; tranchent avec la musicalité de l’Eglise, à laquelle Daniel adhère tout autant : les lignes d’orgue récurrentes, la cloche de l’église, les chants religieux. Les frères franco-russe Evgueni et Sacha Galperine (Grâce à Dieu, Sans Amour, la série Baron Noir), jouent de ce contraste à travers leur composition originale : à la fois classique avec des lignes d’orgue, de cordes et de piano ; associée à des sonorités expérimentales et électroniques. Le premier titre "Daniel" semble même coupé d'interférences, retranscrivant l’ébullition et le dilemme intérieur de Daniel : un imposteur de bonne volonté, finissant par croire réellement à son mensonge. La musique souligne le contexte dramatique, celui des habitants du village, et celui de Daniel. Le titre de fin "The Cortege", fait écho au premier titre, une boucle est bouclée.



La Communion était un des premiers films à sortir en salle à la suite du déconfinement en juin dernier. Claque complète, futur chef d’œuvre et surtout révélation de son acteur principal aux yeux translucides, Bartosz Bielenia ; ce film rendait heureux de retourner au cinéma. A voir ou revoir cette semaine en VOD, avant de prendre d'assaut les salles de nouveau.


Le film La Communion de Jan Komasa est disponible en VOD sur Arte, MyCanal et bientôt en SVOD sur Mubi.


La bande originale du film composée par Evgueni et Sacha Galperine est disponible sur les plateformes de streaming.



Par Emma de Bouchony