B.O.BINES #16 : La fête est finie, un combat contre la dépendance loin des stéréotypes

Mis à jour : avr. 29

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand ... et du petit écran (confinement et fermeture des cinémas obligent, et oui !). En cette période, nous partons à la conquête des plateformes pour vous dénicher les pépites qui s'y cachent.


La fête est finie © Pyramide Films

La Fête est finie est le premier long métrage signé Marie Garel-Weiss, autrice des courts métrages L’amour dans les saunas hétérosexuels et La vie de garçon, et également scénariste. Drame bouleversant et très personnel, il explore une amitié à risque, celle de deux jeunes femmes toxicomanes qui tentent par-dessus tout de se sortir de leur mal. On suit la spirale de leur dépendance et l'ambivalence de leur amitié qui peut tout autant les sauver que les détruire.


Ces deux jeunes femmes, c'est Céleste et Sihem, jouées par les très justes Clémence Boisnard et Zita Hanrot. Elles se rencontrent dans un centre de désintoxication et développent très vite une amitié intense, fusionnelle. Bientôt virées du centre, elles n’ont plus que l’une et l’autre pour tenir et ne pas rechuter. En revenant à la vie réelle, c’est le saut dans le vide, rester clean en étant livrée à soi-même. Un scénario assez classique certes, mais deux choses singularisent considérablement ce film. Tout d’abord, la crédibilité du processus : de la dépendance, des centres de désintoxication, de la thérapie, des groupes de paroles, des rechutes … un réalisme possible car il s’agit d’un sujet qui est proche de la réalisatrice, comme elle a pu l'expliquer plusieurs fois à la sortie du film. La deuxième chose est évidemment l’histoire d’amitié très forte autour de laquelle le film évolue et le parallélisme qui est fait entre cette amitié et la drogue, toutes deux sources de dépendance. Amitié qui est donc perçue comme toxique par leur entourage - à quel point peut-on aider les autres quand on ne peut pas s’aider soi-même ? - mais qui demeure très sincère, belle et intime. L'intimité est le point de vue constant du film, que ce soit celle de l'amitié ou de de la dépendance, la caméra s'intéresse de près aux corps, qu'on voit résister, souffrir ... C'est ce que montre notamment la courte scène, très belle, dans laquelle Sihem se fait masser par un kiné pendant sa thérapie, jusqu’au moment où elle ne peut plus et qu’elle arrête brusquement la séance, en larmes.



Pierre Allio et Ferdinand Berville signent la musique originale de ce film. Il s’agit d’un thème électronique qu’on entend finalement que peu de fois sur les 1h30 du film. C’est justement sa rareté qui crée la surprise. Alors que le film est sans musique jusqu’à la 20ème minute, le thème s'impose crescendo lorsque les résidents du centre jouent au volet, font une bataille d’eau … comme une sorte de promesse d’espoir. Ce thème revient à d’autres moments, lors du retour de Sihem et Céleste à la vie normale. Seules, sans repères, la musique se fait plus stressante, soulignant une sorte d’ébullition qui touche le spectateur alors qu’il se demande, au même titre que les personnages : Vont-elles réussir à tenir le cap sans rechuter ? Le film est fait de changement de rythmes, de résiliences et de rechutes, et la musique semble accompagner tout en sobriété ces variations. Le parallèle très fort entre le thème et le scénario n’est pas dû au hasard puisque l’écriture s’est faite de concert avec la B.O « J’imaginais une cavalcade, des sirènes de pompiers… J’ai tout de suite adoré ce thème, il me hantait et il m’a accompagnée pendant presque toute l’écriture du scénario » (Marie Garel-Weiss dans le dossier de presse du film Pyramide Films). Le titre de fin « But Now A Warm Feel Is Running », quant à lui composé par le producteur/chanteur/musicien pop électro français Fhin, marque un nouveau départ.


La fête est finie © Pyramide Films

Ce premier long métrage étonne et émeut par son réalisme, sur un sujet très dur, tout en y apportant beaucoup de douceur et de tendresse à travers cette histoire d’amitié portée par deux actrices bouleversantes. Un film qui montre également le courage de sa réalisatrice, en s’inspirant de son parcours personnel, elle nous livre le portrait d’un véritable combat.


La fête est finie de Marie Garel-Weiss est disponible en libre accès sur la plateforme d'Arte jusqu'au 1er mai 2021.


Par Emma de Bouchony