B.O.BINES #11 : Aquarius, une Bande Originale incarnée par le personnage principal

Chez Tourtoisie, on aime autant danser dans les salles de concert que s’asseoir au fond d’un siège moelleux devant un écran géant. En prêtant toujours une oreille attentive au contenu audio des films, une fière équipe de frondeurs est heureuse de vous présenter B.O.BINES, la branche cinématographique de Tourtoisie. Cinéma indépendant, bandes originales renversantes, compositeurs émergents… C’est avec grand plaisir que chaque mois, nous vous partageons nos coups de cœurs musicaux du grand ... et du petit écran (confinement oblige, et oui !). En cette période de fermeture des cinémas, nous partons à la conquête des plateformes de VOD pour vous dénicher les pépites qui s'y cachent.


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Après son long métrage Les Bruits de Recife en 2012, remarqué lors de sa sortie, Kleber Mendonça Filho nous livre un second long-métrage, très apprécié par la critique et les spectateurs. Aquarius est sorti le 28 septembre 2016 en salles en France et a notamment été sélectionné la même année à Cannes en compétition officielle.


Brésil, Pernambouc, Recife : c’est au cœur de la “ Venise brésilienne ” que se déroule Aquarius. Ce film retrace l’histoire de Clara, allias “Madame Clara”, une femme d’une soixantaine d’années, ancienne critique musicale, qui mène une lutte acharnée contre un promoteur immobilier. Ce dernier souhaite acheter son appartement situé dans un immeuble nommé “l’Aquarius” pour en faire un condomínio, une résidence huppée.


Aquarius traite du caractère universel du combat. L’engagement mené par la protagoniste est à l’origine d’une profonde introspection et ravive les souvenirs de sa vie, de ceux qui l’ont entourée. Le film nous livre le portrait d’une femme dure et attachante à la fois : Clara est une femme de caractère. Mais il détonne aussi par une appréhension originale des enjeux et des questionnements actuels brésiliens : ancrage social fort et reflet des mutations du Brésil sont mis en lumière par cette fiction grisante.


Bande annonce du film (Source : Youtube)


La mise en scène couplée à la bande son invite en permanence le spectateur à la danse : on donnerait tout pour se retrouver dans son salon, choisir un vinyle et apercevoir l’horizon de Recife par la fenêtre. La musique est une composante forte et fondamentale du film : plus qu’un accompagnement, elle est le miroir de la complexité du personnage de Clara et de la diversité des émotions que l’on ressent pendant ce film. La BO est évidemment composée d’un riche catalogue de morceaux brésiliens, notamment des années 1970 : on note l’envoûtant morceau “Hoje” de Taiguara mais aussi “ Sentimental demais” d’Altemar Dutra, doux et romantique titre. On a le plaisir d’écouter le joyeux et dansant hit “Toda Menina Baiana” de Gilberto Gino, ou encore “Pai e Mae”, choisi dans le film par la copine du neveu de Clara lors d’une séquence très émouvante. Ce titre semble parfaitement refléter la situation familiale de Clara, ce qui la touche beaucoup. La famille est l’élément phare de sa vie : cet appartement étant le vestige des ses souvenirs, cette situation met en exergue son attachement au lieu.


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Clara trouve refuge dans la musique, qui lui apporte sécurité, pérennité et une certaine identité. Le Rock psychédélique rencontre le Brega avec respectivement “Dois Navegantes (Ao Vivo)” de Tagore et “Recife, Minha Cidade” de Reginaldo Rossi, communément appelé le Roi du Breg. On se languit sur la musique de Roberto Carlos, chef de file de la MPB - música popular brasileira, genre musical brésilien des années 1960 dans la continuité de la bossa nova - et l’on tremble sur de la samba au rythme d‘Alcione. La composition de Mateus Alves renforce l’atmosphère angoissante et mystérieuse de certaines séquences : bien qu’ayant une position très privilégiée, la vie de Clara est menacée par l’insécurité. La corruption et la méfiance sont les maîtres-mots.


Queen débarque dès la première scène donnant la couleur du film : émotionnellement sans repos, d’une énergie débordante, “Another Ones Bites the Dust” est apprécié par le personnage principal autant que par le spectateur. “Cette séquence, située en début de film, nous en donne un exemple en nous informant que la femme qui met la cassette est probablement un personnage important. Clara est journaliste musicale” selon Kleber Mendonça Filho lui même (source : Première). Le lien avec la musique est donc double : elle structure le film mais fait aussi partie intégrante du récit.


Aquarius est disponible sur UniversCiné et MyCanal et la Bande originale sur les plateformes de streaming.


Par Adèle Hurier