Alex Melville : "Halizéa c’est l’ancien Paris, celui des souvenirs et de la nostalgie"

Mettre en lumière les artistes émergents. Telle est la mission que se donne chaque jour les rédacteurs de Tourtoisie. Alors quand on reçoit un mail qui nous scotche sur notre chaise, impossible de s’esquiver. C’est le cas avec Alex Melville qui vient de sortir son premier projet, Halizéa. Soyons honnêtes : sa musique nous a touché droit au coeur. De quoi nous donner envie de le rencontrer pour en apprendre plus sur le “garçon blond aux cheveux courts”.


Crédit : Mattéo Bognel

Bonjour Alex ! Tu commences ton EP par une présentation avec le titre “Le Garçon”. En quoi ce mot te définit ?


Je voulais plonger l'auditeur dans mon univers, presque de force. Impudique, je me livre dès les premières notes, sans consentement et sans artifices. J’ai voulu faire quelque chose d’honnête et sincère. “Le garçon” est le titre le plus introspectif que j’ai composé.


Dans ce morceau, tu dis : “Il écrit des bouts de phrases qui ne veulent rien dire”. Quel est ton processus d'écriture ? Lequel de “ces bouts de phrase” s'est métamorphosé en morceau de l’EP ?


Cette phrase illustre bien ma façon d’écrire et de composer. J’ai toujours écrit beaucoup et souvent n’importe quoi. Il m’arrive fréquemment de me réveiller la nuit avec des expressions, des angles d’écritures qui me plaisent. Si je ne les note pas quelque part, je n’arrive plus à me rendormir. C’est toujours dans l’urgence que je suis le plus inspiré, c'est toujours quand je n'ai pas le temps d’écrire… que j’écris. Ces “bouts de phrase” se retrouvent dans presque tous les titres, j’articule ma musique autour de ces quelques mots qui m’inspirent.


Raconte-nous un peu ton parcours…


J’ai toujours fait de la musique à l’instinct. J’ai commencé l’écriture quand je n'arrivais pas à m’exprimer autrement, puis j’ai rapidement été intéressé par l’idée de mettre en musique mes brouillons. Presque par hasard, j’ai commencé à jouer dans les bars avec Elior, un copain qui vient de lancer son projet de soutien artistique NAB (New is Always Better). Rapidement j’ai intégré le groupe Atypicals avec lequel j’ai pu chanter devant plus de 1 000 personnes, pour la première fois. Aujourd’hui j’ai décidé de poursuivre seul l’aventure pour pouvoir tout simplement chanter mon histoire et être libre.


“Paris nous a connu” est d’une beauté émouvante, surtout sortie en temps de confinement alors qu’on ne peut plus arpenter la ville ou “danser dans ses ruelles”, qui rappelle les valses. Es-tu né à Paris ? Quelle est ta relation avec cette ville ?


Oui c’est une valse à trois temps ! Je suis boulonnais, mais passe la majorité de mon temps à Paris. Je pense que pour apprécier pleinement les charmes de cette ville, il ne faut pas y habiter. Ma relation avec Paris est compliquée car je l’aime et la déteste à la fois. C’est surtout les histoires que Paris a connu qui me fascinent. Charles Quint disait “Paris est la seule ville qui soit aussi un monde”. Je repense souvent au livre Paris est une fête d’Hemingway, et je me dis que peut être, devant cette terrasse de café, ce coin de rue, une histoire fabuleuse s’est déroulée.


Tu nous refais l'itinéraire d'une bonne balade dans Paris ?


Je sortirais en fin d’après midi par un jour d’automne pour directement me rendre à Abbesses. Il y a tout. Le silence, le bruit, les librairies, les boites de nuits, les cafés et les restaurants. Je m’installerais au Café de la Butte pour admirer le soleil se coucher avant de descendre quelques mètres pour rentrer dans un bar mythique, rempli d’histoire, vêtu d’une devanture jaune, Chez Camille. Dans ce bar, on est collé à son voisin, qui d’ailleurs ne parle pas français car il est anglais, allemand, portugais, espagnol ou encore brésilien. Mais, étrangement, c’est dans ce bar qu’on fait le plus de rencontres. Puis pour faire taire le bruit, je finirai ma nuit sur les pierres des quais de Notre-Dame.


On entend un piano sur tous tes morceaux. As-tu une formation de musicien ?


Aucune ! J’ai toujours joué par curiosité. Petit à petit je me suis rendu compte, à la guitare comme au piano que je jouais des notes, qui formaient des accords qui eux-mêmes correspondaient à des gammes.


Ces temps-ci, nous avons plutôt l’habitude d'entendre des synthés… Le piano apporte tout de suite une connotation “chanson française”. C’est un genre que tu écoutes ?


Le piano permet de rendre justice aux mots. J’ai depuis tout petit, entendu les morceaux de Barbara, Gainsbourg, Trenet dans le salon et c’est peut être par cette culture qu’aujourd’hui j’écoute les musiques de Benjamin Biolay et de Ben Mazué avec admiration. La princesse et le dictateur de Ben Mazué, son dernier disque, révolutionne les synopsis, la façon d’alimenter ses projets d’histoires.


Comment est né ton EP Halizéa ?


Cet album a vu le jour suite à une rupture. Le titre "Gare d’Austerlitz" retrace cette histoire ou plutôt les quelques minutes qui ont suivi cette séparation. Je ne pouvais pas sortir cet EP plus tôt, car il me fallait d’abord vivre les moments qui ont façonné les différents titres. "Le garçon" et "Insomnie" sont des rappels à mon enfance, quand "Gare d’Austerlitz", "Paris nous a connu" et "Contre-nous" font références à mes relations amoureuses.


Dans “Gare d’Austerlitz”, tu évoques les stations de la ligne orange qui traverse Paris de cette gare jusqu’à Boulogne. Quelle est ta station de métro préférée ?


J’aime beaucoup la station “Saint Jacques” sur la ligne 6 car on y trouve un Monsieur, la main sur le coeur avec une voix d’or et un grand sourire. Cette station représente beaucoup de choses pour moi car nous allions répéter juste à côté avec mon groupe Atypicals, dans une salle secrète située derrière l’amphithéâtre de médecine de Descartes.



"Gare d'Austerlitz" et "Insomnie" nous ont rappelé les débuts de FAUVE. La production est bien construite, à la fois aérienne et urgente. Quelle était l’intention de départ ?


J’ai composé toutes les productions ! Alexandre Pages (Farlab) s’est occupé de mixer et masteriser les titres “Gare d’Austerlitz”, “Paris nous a connu” et “Contre nous” et je me suis essayé au métier d'ingénieur du son sur les titres “Le garçon “ et “Insomnie”. Alexandre Marazzani m’a accompagné à la guitare sur le titre "Insomnie" que j’ai eu le plaisir de chanter avec Clémence Le Carre. Avec ces productions, j’ai voulu trouver un juste milieu entre orchestration acoustique et production électronique. C’est peut être dû à mes goûts musicaux qui s’étalent de Gainsbourg à King Krule.


Tu as une façon de chanter qui nous rappelle Le Noiseur, un autre artiste émergent qui vient de sortir son projet. Sachant que chez Tourtoisie, nous sommes des passionnés des artistes émergents, en aurais-tu à nous conseiller ?


Je ne connaissais pas le Noiseur mais j’adore ce qu’il fait ! Il y a quelques artistes émergents que j'écoute en boucle comme Robin Zeller, Tim Dup, Hervé, Foé et dernièrement j’ai découvert Mélodie Lauret que j’adore.


Sur “Contre nous” on perd le piano dans une production plus rock : saturation, batterie, guitare, qui nous ferait penser à un jeune Johnny Hallyday. Pourquoi l'avoir mis en bonus ?

J’ai souhaité mettre ce morceau en bonus car elle ne correspond pas du tout à l'univers initial de cet EP ni au style de musique dans lequel j’aimerai m'immiscer.


Enfin, pourquoi Halizéa ?

Le mot Halizéa n’existe pas, enfin n’existait pas jusqu'à la sortie de l’EP. Pour moi, il évoque à la fois la féminité, la grâce et la force. Halizéa c’est aussi l’ancien Paris, celui des souvenirs et de la nostalgie.


Le premier EP d'Alex Melville "Halizéa" est disponible sur toutes les plateformes


Propos recueillis par Prisci Adam


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