37 Melo : quand le rap exprime "un besoin de poser des mots sur les émotions et sur ce qu’on vit".

Mis à jour : juin 5

Le 18 avril devait être une soirée mémorable au Pop Up du Label. Puis, celle-ci a été reportée au 29 mai. En raison du contexte international, la quatrième édition d’Inseine a été définitivement annulée. Nous devions y retrouver, entre autres, la cloud de Babysolo33, Shaga, Marty de Lutèce ou encore 37 Melo.


Si 37 Melo semble être un projet riche et complexe, c’est parce qu’il regroupe deux rappeurs parisiens, Esno (Noé) et 2T (Thibaut), qui multiplient les initiatives (avec, entre autres, des freestyles, des EPs en duo et en solo, ainsi qu’un projet de média). Leur rap se veut tantôt sensible et planant, tantôt énergique. Ensemble, nous avons pris le temps de discuter d’egotrip, de mélancolie et de l’importance de soutenir la scène émergente française.


37 Melo, Boris Rebufello

Commençons par le commencement… Comment allez-vous en ce début de déconfinement ?


Thibaut : Ça va plutôt bien !


Noé : On est là, on vit comme jamais !


Comment sont nés 37 Melo d’un côté, et vos projets solo respectifs de l’autre, 2T et Esno ?


Thibaut : On se connaît depuis le collège. Noé a commencé à faire du son un peu avant moi. Puis, au lycée, j’ai quitté Paris. On s’est mis à bosser des sons ensemble et c’est comme ça qu’on est venu à sortir un premier projet qui s’appelle Aller Retour (2017).


Noé : J’ai l’impression que 37 Melo s’est vraiment formé à partir de ce moment-là, quand Thibaut est parti à Lille. C’est d’ailleurs pour ça que le premier projet s’appelle comme ça.


T : L’année dernière, on a sorti un projet qui s’appelle R.E.V (2019). Et puis, en parallèle, on a sorti des sons et des clips chacun de notre côté. Noé vient de sortir son projet solo Bleu Magenta (2020).


N : Après R.E.V, on s’était dit qu’on allait développer les projets solo, chose qu’on n’avait pas faite jusqu’à présent. C’était un peu la suite logique. 2T prépare un projet aussi, et après ça, on reviendra fort avec 37 Melo.



Comment est-ce que vous parvenez à concilier les deux, sans vous y perdre ni dans l’un ni dans l’autre et sans tout mélanger ?


N : Au début, on le faisait au feeling. Dans le premier projet, on a vraiment mélangé les sons solo et les sons à deux. C’est pour ça qu’il y avait à la fois 37 Melo et des solo (ndlr : avec des titres comme “00h53 (2T)” et “Reuvé (Esno)” sur leur premier projet commun, Aller Retour).


T : Puis, ça s’est structuré à partir de R.E.V. On s’est dit que l’on se concentrait sur 37 Melo uniquement. Maintenant, ça se fait un peu naturellement. Soit on va écrire des textes de notre côté, puis on va se dire : “j’ai écrit un bête de texte sur une bête de prod, tu veux pas poser un deuxième couplet dessus ?”. Soit on va se poser, chercher des mélodies et des productions pour faire un son ensemble.


N : J’ai l’impression que ça se fait souvent selon les productions. Il y en a certaines qui ne vont pas forcément plaire à 2T, sur lesquelles je vais vouloir partir en solo. Il y a en d’autres qui, je sais, vont bien coller avec 37 Melo. C’est vraiment du feeling musical.


D’ailleurs, d’où vient ce nom “37 Melo” ?


N : Avant, on s’appelait Les Mélomanes. On était 3 dans le groupe mais on s’est dit que le nom faisait un peu trop old school. On voulait trouver un truc plus actuel, toujours dans cet esprit de mélomane.

37 Melo, Boris Rebufello

Entre vos premiers projets dont Aller Retour (2017), l’EP R.E.V sorti en juin 2019 et enfin votre dernier single “Deux Roues” dévoilé dans la foulée, on retrouve aussi bien des sons trap tels que “Backwoods” ou “4z” (2018) que des sons plus calmes et planants comme “Dali” et “Eclipse” (R.E.V, 2019). Est-ce qu’on peut revenir sur l'évolution entre ces différents projets ? Qu’est-ce qui vous influence musicalement parlant ?


T : L’époque d’Aller Retour était un peu une époque transitoire entre une trap énervée et des artistes à la PNL qui émergeaient et mettaient l’autotune en avant. Je pense qu’on a voulu tenter ça aussi. Personnellement, c’était une époque où la direction dans laquelle je souhaitais aller n’était pas assez précise. On a été amenés à faire ce qu’on aimait, et puis à tenter différents types de sons. C’est peut-être ce qui explique la différence bien marquée sur Aller Retour. Sur R.E.V, on a sélectionné des sons un peu trap et des sons plus calmes (Thibault Lauras et Phunka aux prods), pour rester dans une continuité.


N : On a voulu faire des tests. R.E.V correspond un peu à une évolution logique. Je pense aussi qu’on écoute tous les deux plein de musiques. On a plein d’influences, que ce soit au niveau rap ou autres, et on n’a pas non plus envie de s’enfermer dans une case.


Vous y abordez des thèmes que l’on retrouve dans le rap français d’aujourd’hui. Vous parlez souvent d’un certain mal-être, sûrement générationnel, ou encore de relations amoureuses. A l’image de vos productions, c’est tout logiquement que vos textes alternent entre déprimes, mélancolie ("Eclipse", "Dali"...) et egotrips ("Ride en Ville"…) De quoi vous inspirez-vous ?


T : Certains de mes textes sont vachement mélancoliques. J’y parle beaucoup de meufs et de déceptions amoureuses. Ce sont des trucs qui sont pris à gauche à droite, selon ce que je vis ou ce que j’ai pu vivre. Tout dépend du mood dans lequel je suis quand j’écris. Puis, encore une fois, l’instrumental va aussi faire que l’on va partir dans un truc mélancolique. Parfois, il faut que je dise des trucs plus profonds. Et parfois, je suis là pour débiter, il faut que ca cogne ! J’ai l’impression de faire un peu d’egotrip, mais pas énormément.


N : C’est vrai qu’il y a des productions qui se prêtent beaucoup plus à l’égotrip que d’autres. Mais rien n'empêche de mixer les deux. C’est vrai qu’il y a un côté aussi un peu déprimant dans nos titres. C’est une manière d’exprimer ce que je ressens. Ça ne se calcule pas vraiment. C’est un besoin de poser des mots sur les émotions et sur ce qu’on vit.



Que ce soit pour les productions ou pour l’univers visuel de 37 Melo, vous vous entourez énormément des mêmes personnes. On retrouve notamment Thibault Lauras derrière plusieurs de vos clips dont le dernier en date et très réussi “Eclipse”. Comment s’est mise en place cette collaboration ?


T : Que ce soit pour les clips ou pour les sons, 37 Melo est un projet que l’on travaille entre potes. On rigole, on passe des journées à trouver des idées. Je préfère bosser avec des gens avec qui j’ai des affinités. Personnellement, “Eclipse” est mon clip préféré. Thibault (ndlr : Lauras, qui est également beatmaker et a réalisé la production de ce titre) voulait absolument clipper ce son. Il s’est vraiment donné sur ce clip, tant au niveau du décor que des effets ou de la post-production. Le clip colle totalement à ce son très mélancolique. On lui a laissé carte blanche.


N : Oui, c’est lui qui a toutes les idées. Nous, on donne simplement nos avis.


Et puis à côté, vous faites partie d’un média, Tiers Son. Est-ce que vous pouvez me parler de ça en détails ? C’est important pour vous de promouvoir la scène émergente ?


T : Tiers Son est un média qui réunit Thibault Lauras (qui a lancé le concept), Esno, un pote rappeur qui s’appelle Kevin, mon petit frère et moi. Le but, c’est de réaliser des freestyles dans un cadre sympa et de faire venir un nouvel artiste, émergent ou qui mérite d’avoir plus de visibilité. Au début, on a commencé avec les mecs de notre entourage (4Sang, Lasqua, Liksa…). On en est venu à bosser avec des labels et des artistes un peu plus connus comme les Tontons Flingueurs et les Frères Scotch. Encore une fois, on est une équipe de potes. En tant que jeunes artistes, c’est cool de se dire qu’on peut avoir l’appui de médias qui sont tout aussi jeunes et qui essayent de se démarquer.



Le mot de la fin…


T : On a pu expérimenter quelques trucs chacun de notre côté. J'ai vachement approfondi pas mal de choses, je commence à m’affirmer dans un univers qui m’est plus ou moins propre. On va faire un travail encore plus carré.


N : On va continuer à faire du son. On ne pourra pas dire quand, mais il y aura sûrement un autre EP.


Propos recueillis par Laura Gervois

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